2PAC : AU SERVICE DE

Patrice Guillerme, aka 2Pac (prononcez Toupak), fait partie de ces gens dont on parle peu : les techniciens. Travailleurs de l’ombre si essentiels, ces « premiers levés et derniers couchés » participent activement à la diffusion de la musique tant dans sa forme enregistrée que vivante, tant dans la mise en son que lumière. L’envie d’en faire causer un nous a conduit à choisir 2Pac. Rencontre avec un altruiste humble, toujours content et passionné du haut de ses 36 ans.

Photo bandeau 2Pac – Studio Corner Box (Rocheservière) © DR

Comment es tu arrivé à ce métier ?
Comme beaucoup, j’ai commencé à faire de la musique, mais je me suis intéressé très vite au côté technique, en continuant la musique à côté. J’ai enregistré mon tout premier disque avec Jean Houssais au Théâtre Boris Vian à Couëron, un disque de Sinister Pigs, enregistré avec un 4 pistes. Je ne jouais plus dans le groupe à ce moment-là. Un super souvenir, une belle rencontre avec Jean qui m’a conforté dans l’envie de travailler dans ce secteur. J’ai joué dans Cesium aussi. J’ai toujours pensé qu’il fallait distinguer les deux, le musicien et le technicien. Je me mets au service du groupe, donc qu’il est préférable de ne pas jouer dedans. Sinon, j’ai un DEUG de LEA Anglais/japonais à la base, et durant ma 2è année je me suis proposé comme bénévole à la Barakason, j’y ai rencontré Gérald Lebreton, belle rencontre, qui fut mon premier maître de stage. Il m’a appris la base, respecter les règles et notamment l’électricité et l’électronique et privilégier l’accueil, le côté humain de la chose. J’ai ensuite suivi la formation à STAFF, j’ai eu le concours d’entrée au bout de deux tentatives. Je n’ai pas eu l’examen, je l’ai validé un an plus tard. J’ai fait beaucoup de road à la suite de çà en boîte de presta, et quelques salles dont la Barakason.

Tu es rentré dans un réseau ?
Oui, c’est avant tout une affaire de rencontre. Pour les salles comme pour les tournées. J’ai rencontré Gaëtan alors qu’il était en 1ère année de Beaux-Arts, et j’ai intégré Pony Pony Run Run. Pareil pour C2C ou Papier Tigre, ce sont des gens que je connais depuis très longtemps.

Cette expérience avec Pony Pony a dû être formatrice ?
Oui bien sûr, on a tourné pendant deux ans en France et à l’étranger. Mais formateur aussi parce que le groupe est monté très vite, juste après les Victoires de la Musique et qu’il n’était pas prêt à avoir ce genre d’aura. C’est un métier de terrain, plus on a de l’expérience, mieux c’est.

Quelles approches as-tu du son live et du studio ? Comment vois-tu leur rapport ? Y en a-t-il que tu préfères ?
Non, j’aime les deux, ce sont des approches complémentaires. Il y a des choses du live que je réintègre dans le studio et inversement. Le live est une mission plus courte, où il faut être réactif, efficace, rapide. Le studio est plus long. La réactivité demandée lors d’un concert m’a aidé parfois en studio, trouver rapidement une panne par exemple. Mais finalement, c’est la même chose. J’essaie avant tout de servir le propos musical du groupe que ce soit sur scène ou en studio. Le live, je remplis un job technique, çà doit marcher à l’heure prévue de début, je respecte ce qui se passe sur scène. Je travaille beaucoup avec des gens qui savent ce qu’ils veulent, et je préfère çà. Les choses sont claires. Pour le studio, je vais apporter davantage d’idées peut-être avec une couleur. Je dirai aussi que ce sont avant tout mes contrats spectacle qui me permettent de faire du studio, car le studio ne te fait absolument pas manger. On y passe trop de temps, si je calculais le taux horaire, on serait effaré.

 

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2Pac – Zenith (Nantes) © DR

 

Tu peux lister tous les projets pour lesquels tu as travaillé ?
Pour ce qui est du concert, j’ai bossé avec Pony Pony Run Run, La Colonie de vacances, Papier Tigre, C2C, The Patriotic Sunday, Tonus, Watertank. Pour ce qui est du studio, j’ai fait les mixs du 2è album de Pony Pony. J’ai enregistré dernièrement Watertank, Classe Mannequin, The Patriotic Sunday, et Papier Tigre, ces trois derniers au studio Corner Box, un studio qu’on adore avec Eric Pasquereau (NDLR, leader de The Patriotic Sunday et membre de Papier Tigre et La Colonie de Vacances). On va peut-être travailler sur des nouveaux morceaux avec La Colonie. Au total, j’ai une quinzaine d’enregistrements. Mais ce n’est pas mon activité principale, je ne peux pas me le permettre et les groupes non plus d’ailleurs. Et puis maintenant, les groupes peuvent s’enregistrer tous seuls.

Pourquoi ce studio Cornerbox ?
C’est un espace intéressant, grand, assez biscornu, il y a plusieurs cabines, il est bien pensé, extrêmement bien équipé avec du matériel simple et efficace, de très bons micros et pré-amplis. Et puis un accueil irréprochable, un gars super.

Ton meilleur souvenir de concert et de studio ?
En concert, La Colonie de Vacances ! Toute la tournée d’avril et celle de juin dernier, un concert particulièrement réussi le 6 juillet dernier à Genève, en extérieur, devant L’Usine, à 17h, où ils ont emporté les gens qui passaient par hasard. Ajoutée à cela la sympathie des membres de chaque groupe, je suis aux anges à chaque fois. En studio, c’est avec Antonin de Tonus, un projet assez électro. On travaille beaucoup à deux, il vient avec des idées de compo, on les met à plat ensemble, je travaille les rythmiques.

En termes de gestion du temps, du calendrier, çà va ?
C’est horrible. Je ne fais pas une seule année de la même façon depuis 15 ans que je fais ce métier. Mes employeurs ont changé, mis à part DBAM, un prestataire. Ca change tout le temps, des groupes qui se font, qui se défond. Le souci, c’est que je dis oui quasiment tout le temps. Je ne juge pas un truc avant d’avoir travaillé avec. Mais j’aime travailler avec des gens différents, dans des lieux différents, j’apprends tout le temps. J’ai une vision sur un mois à l’avance. Après, c’est compliqué en termes d’horaires de travail, de temps de sommeil, d’hygiène de vie. Je fais attention à mon hygiène de vie, je ne bois pas, je conduis tout le temps, j’ai toujours des trucs à faire le lendemain. J’aime bien.

 

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2Pac – studio Corner Box (Rocheservière) © DR

 

Tu dis que tu conduits tout le temps, tu te considères un peu comme babby-sitter pour les groupes quand tu es en tournée ?
Forcément, c’est avant tout à cause de l’entourage (fans, manager, label). Il y a plein de musiciens qui n’ont pas le permis. Et puis j’aime me charger de la logistique, du matériel, du transport, de l’hôtel, j’ai les cartes en main, j’aime bien avoir le contrôle. Je gère la technique du groupe, mais savoir tout çà et le suivre de près me permet d’être pro, d’arriver à l’heure, de savoir où on va etc.

Tu es parfois dans la confidence avec des musiciens ?
Bien sûr, tu sais à quel point ce métier est intimement lié à l’affect. Après, je garde aussi mes distances, il le faut. Je crois que j’ai trouvé la bonne distance, il faut se protéger, avoir aussi une vie privée.

Tu es aussi formateur, notamment pour Trempo, comment çà se passe, tu affectionnes çà ?
C’est très enrichissant ! J’ai travaillé avec Jumo et HHH sur des problématiques de techniques du son, faire en sorte que tout soit bien étalonné et esthétique pour passer en live, çà le va parfaitement, on s’est bien entendu avec les musiciens et les salles et leurs équipes en l’occurrence le Fuzz’Yon et le VIP qui nous ont accueilli. J’ai aussi travaillé avec le CFPM, avec le Batiskaf et le Ferrailleur.

Comment tu vois évoluer le métier ?
Ce qui évolue vraiment et là je parle du studio, c’est l’accès à la technique pour les musiciens, il y a beaucoup d’outils accessibles. Les studios, notamment les grands studios parisiens sont amenés à disparaître, les loyers sont chers, la demande est de moins en moins forte. Si je veux perdre de l’argent, je monte un studio. Tout coûte cher, les loyers, la maintenance. En faisant un peu de concert à côté, çà peut fonctionner, mais il faut maîtriser le projet du studio. Pour ce qui est de la scène, le métier évolue, les outils évoluent, le stéréotype du technicien change en bien. On sort de la technique du son ou de la lumière en y intégrant maintenant les réseaux, l’informatique donc, sans perdre le côté musical. Dans quelques temps, une enceinte nécessitera juste une prise électrique et une entrée réseau.

 

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2Pac – Studio Le Garage Hermétique (Nantes) © DR

 

Tu parviens à te former aussi de ton côté ?
Je n’ai pas le choix, je lis pas mal de revues étrangères, il y a beaucoup de trucs sur le net. Et puis, tu manipules beaucoup de matériel quand tu travailles en boîtes de presta, c’est enrichissant et formateur.

Tu écoutes quoi en ce moment ?
Thee Oh Sees, les disques et quelques lives que j’ai enregistrés.

Ce n’est pas trop douloureux de réécouter ce que l’on a fait ?
Bien évidemment. Y a toujours des choses qu’on regrette d’avoir fait ou de ne pas avoir fait. Mais c’est pour moi une façon de me corriger et d’avancer. J’apprécie toujours la musique, je me remémore les moments où çà s’est fait, et çà se fait toujours sereinement et dans la bonne humer, alors je suis content. Et passionné !

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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