A CORDES & ACCORDEON : AU CROISEMENT DES GENRES

Deux amis, deux « pas nés de la dernière pluie », deux musiciens réunis pour un disque imaginé comme celui de la collaboration, un disque avec des musiciens talentueux, un disque qui fait valser les étiquettes, la musique traditionnelle, le jazz, la musique classique ou contemporaine, une musique métissée qu’un quatuor à cordes et un accordéon portent très haut. Ronan Robert et Simon Mary, portés par leur amitié réciproque et une forte créativité, ont consacré trois ans de travail sur cet album magnifique intitulé « A cordes & accordéon ». Rencontre avec les deux compères.

Photo bandeau – A cordes & accordéon © Isabelle Jouvante Le Canal Théâtre – Redon

Simon, Ronan, quel sont vos parcours respectifs, comment arrivez-vous dans la musique ?
Simon : je commence la guitare en autodidacte à 14 ans, en jouant avec des potes et en étant fan de la musique des années 70. Rapidement, je me mets à la basse électrique qui me conduira à la contrebasse que je commence à 20 ans. Alors je découvre le jazz et commence des études classiques. Suivront les musiques du monde, la chanson, toujours le jazz et les multiples rencontres.
Ronan : mon père jouait de la cornemuse écossaise et j’ai commencé par jouer de la bombarde avec lui à l’âge de 10 ans. Ensuite j’ai découvert l’accordéon diatonique à 16 ans et j’ai appris en écoutant des accordéonistes, car à l’époque, cet instrument n’était pas enseigné.

Pourquoi la contrebasse ? L’accordéon ?
S : c’est l’instrument qui me convient naturellement car il me permet de jouer dans beaucoup de styles de musique, de rencontrer des musiciens, des univers. J’aime particulièrement le grave, les fondations de la musique et le côté organique et sensuel de la contrebasse.
R : petit, je détestais l’accordéon, mes parents m’emmenaient dans des kermesses où il y avait des accordéonistes qui massacraient la musique ! Puis j’ai entendu Marc Perrone jouer et je suis tombé amoureux de cet instrument. D’ailleurs j’ai ensuite fait des stages avec Marc, il m’a beaucoup aidé et nous sommes devenus amis.

Vous avez lu « La contrebasse » de Patrick Süskind ?
S : oui je l’ai lu il y a très longtemps. A l’époque j’ai aimé ce livre mais j’aurai du mal à en parler précisément aujourd’hui.
R : j’en ai entendu parler, je crois que Jacques Villeret l’a joué au théâtre. Je n’ai pas lu le livre mais il n’est jamais trop tard.

 

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Simon Mary & Ronan Robert © Isabelle Jouvante Le Canal Théâtre – Redon

 

Simon, tu es musicien, compositeur, arrangeur, formateur . Ronan, plutôt musicien et compositeur. Comment voyez-vous ces différentes fonctions, et si vous ne deviez garder qu’une quelle serait-elle ?
S : j’aime être le musicien (l’instrumentiste), accompagner les autres, me mettre au service de leur musique en leur apportant une part de ma personnalité musicale. J’aime aussi faire partager mon expérience en tant que formateur. Mais ce que je préfère c’est composer, arranger, produire de la musique pour mes propres projets ou des collaborations comme celle-ci.
R : je compose depuis longtemps et depuis quelques années je joue principalement mes compositions. Je ne suis pas arrangeur c’est la raison pour laquelle j’ai demandé à Simon de faire les arrangements. Je lui ai envoyé la mélodie avec des grilles d’accords et il a fait sa cuisine avec ça. C’est un super cuisinier ! Ma fonction préférée c’est de composer, c’est le moment que je préfère même si j’éprouve du plaisir à me retrouver sur scène ou animer des stages.

Musique traditionnelle, jazz, chanson. Une préférence ?
S: franchement ça fait un peu démago de dire ça mais j’aime tellement de musiques… Je crois que tout simplement j’aime la musique et elle m’accompagne du matin au soir.
R : pas de préférence, l’essentiel c’est que ça soit bien fait.

Vous collaborez avec moults artistes dans des registres très différents. Quelle est ou quelles sont les plus belle expérience(s) ? En termes de musique, de folie, de surprise et de plaisir.
S : le plaisir je l’ai à chaque fois que je suis sur scène, que se soit dans un club, un théâtre ou un festival. Par contre le grain de folie, le truc qui te fait chavirer, oublier le temps, c’est plus rare. En fait, j’aime beaucoup les rencontres « one-shot » qui me sortent de ma « zone de confort » et qui laissent la porte grande ouverte à l’inconnu. Paradoxalement je me sens aussi dans mon élément dans un projet sur le long terme, où l’on est en totale osmose et confiance avec les autres musiciens et qui permettent d’emmener la musique encore plus loin. Je pense que le travail poussé, la recherche de la perfection (qu’on n’atteindra bien sûr jamais), offrent une très grande liberté. Dans se sens, j’ai d’énormes souvenirs avec Mukta.
R : chaque expérience est différente, j’ai joué pendant des années en Fest-Noz, et partager la soirée avec des danseurs, c’est génial. Le rapport avec un public assis est différent mais j’adore, je fais aussi des spectacle de rue avec une compagnie de danse, c’est super ça aussi. Les quelques moins bonnes expériences que j’ai vécues tiennent plutôt au caractère des gens avec lesquels je travaillais. Maintenant, je ne travaille plus qu’avec des gens gentils !, ça fait partie des critères dans le choix des musiciens qui m’accompagnent sur mes projets.

Qu’est ce que tu n’as pas encore fait que tu aimerais faire ?
S : composer pour le cinéma. J’aime la relation très intime entre les images et l’émotion que procure la musique.
R : j’écris des chansons et malheureusement je n’ai pas réussi à écrire un texte qui me satisfasse. Je continu malgré tout, j’ai peut-être tort ?

 

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A cordes & accordéon © Eric Legret / Musikan

 

Ce projet « A cordes accordéon », d’où vient-il ? Comment vous rencontrez vous ?
S : on se connaît avec Ronan depuis près de 25 ans. J’ai eu le plaisir de jouer dans plusieurs des projets qu’il a initié mais je dois dire que ce projet est celui sur lequel je me suis le plus investi et qui me semble le plus abouti musicalement. Ronan m’a envoyé un tas de mélodie et m’a laissé carte blanche pour arranger et mettre en forme ses compositions. Je pense qu’il s’agit d’une réelle collaboration puisque nous avons mis le meilleur de nous même. Tout en gardant l’esprit des mélodies qui sont à la base de cette musique, j’ai essayé d’emmener la musique dans des contextes différents. La bonne idée est aussi d’avoir choisi rapidement les excellents musiciens qui font partie du projet et donc d’avoir pu imaginer, organiser et arranger la musique en fonction de leurs personnalités.
R : ça faisait trente ans que je rêvais de faire un projet avec un quatuor à cordes autour de mes compositions, il a fallu attendre la maturité pour le faire et rencontrer les bonnes personnes. J’adore le travail de Simon, il ne m’est pas venu à l’idée un seul instant de demander à quelqu’un d’autre. Ce qu’il y a de super avec lui c’est qu’il comprend tout de suite les univers vers lesquels j’ai envie d’aller, je n’ai pas besoin de lui expliquer pendant des heures, il pige tout de suite et met mes petites mélodies en valeur. Et puis je voulais des musiciens qui sachent faire sonner un quatuor, qui s’approprie aussi ma musique et qui improvise, j’ai trouvé les bonnes personnes.

Quel(s) rapport voyez-vous entre les musiques bretonnes et de l’Est, ce que vous réussissez parfaitement à allier sur le disque ?
S : en fait, ce projet a été un « luxe » puisque nous avons pris notre temps. Il s’est passé plus de 3 ans entre le premier morceau que Ronan m’a envoyé et la création du répertoire pour la scène puis l’enregistrement du disque. Je crois que si tu ressens un mariage réussi entre les cultures bretonnes et de l’Est c’est qu’il y a des univers qui se fondent, qui se croisent sans s’entrechoquer. La Bretagne est très présente dans ce disque, car c’est la culture de Ronan, renforcée par la couleur si particulière de l’accordéon diatonique. Mais je n‘ai pas l’impression qu’il s’agit d’un disque de musique bretonne orchestrée avec des cordes mais d’une musique métissée qui tantôt nous fait voyager en Bretagne, tantôt vers l’Est, puis vers la musique classique, même vers le jazz, sans que tout cela soit prémédité ou calculé. Avec un peu de recul, j’ai le sentiment qu’il existe une grande cohérence dans tout ce répertoire.
R : je ne me rends pas compte des univers qui se dégagent des mélodies que je compose, je ne cherche pas à donner une couleur particulière, je fais ce qui me passe par la tête et ça donne parfois des influences Bretonne ou de l’Est mais c’est involontaire de ma part.

Ça fait plus de 25 ans, près de 30 même je crois, que tu es musicien. Comment vois-tu évoluer ce métier ? Comment tu te vois évoluer toi très personnellement ?
S : je pense que ce métier a beaucoup changé et va continuer à changer mais ce qu’il faut garder à l’esprit c’est la passion. Et ne surtout pas jouer les « c’était mieux avant », en restant dans ses habitudes, ses vieux schémas. Et dans cette évolution il y a pleins de points positifs comme pouvoir écouter en « un click » de la musique de partout, découvrir des musiciens, ou bien encore d’avoir à disposition des outils informatiques délirants qui nous permettent de pousser la créativité encore plus loin. L’évolution la plus flagrante c’est bien sûr le disque, tel qu’on l’a connu, qui disparaît. C’est très spécial, on vit dans un monde qui se dématérialise mais dès qu’on est face au public, dans un concert, les gens on besoin de ramener chez eux un souvenir du moment partagé avec les musiciens donc là le disque « physique » a toujours une place importante.
R : quand j’ai fait ma première création il y a trente ans, les musiciens classiques ou de jazz ne voyaient pas la musique traditionnelle comme aujourd’hui. J’avais réussi pourtant à réunir des musiciens de ces trois univers (dont Simon d’ailleurs) et c’était assez nouveau. Depuis plusieurs années, ce genre de rencontre se fait beaucoup plus et le regard des musiciens venus d’univers différents est bienveillant en général. Ça a évolué dans le bon sens, il y a de moins en moins de clivages. Il faut dire que le niveau musical des musiciens traditionnels a énormément évolué. J’entends régulièrement des jeunes musiciens qui me laissent béat d’admiration. J’ai aussi pas mal voyagé grâce à mon accordéon, j’ai travaillé avec des musiciens traditionnels au Vietnam, au Cambodge, au Niger, en Argentine et un peu partout en Europe, je pense que toutes ces rencontrent on forgé mon style. J’espère ne jamais perdre l’inspiration et continuer à jouer avec des musiciens aussi supers.

 

 

Site de RONAN ROBERT

Site de SIMON MARY

A cordes & accordéon, Cepazz 2015
CD disponible sur le site de Ronan Robert et sur I-Tunes (https://itunes.apple.com/fr/album/a-cordes-accordeon/id1038522658)

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Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d’info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d’autres choses.

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