A. J. ALBANY : LOW DOWN

On va pas se mentir, je ne connaissais pas le pedigree du pianiste de jazz Joe Albany. Mais on s’en fout un peu tant ce récit (ni une biographie, ni un livre sur le jazz) écrit par sa fille Amy Joe Albany nous plonge au coeur de la vie – de merde – de ce musicien finalement peu connu.

Car oui, il a bien eu une vie de merde. Sans le sou (alors qu’il joue très tôt avec Charlie Parker, Louis Armstrong, Miles Davis, Charles Mingus, Lester Young…), Joe Albany vit de motel sordide en motel sordide, galère pour cachetonner, boit verre sur verre, s’enfile speed sur héroïne, se fait plaquer, part en cure… Au milieu de ce climat peu reluisant vit sa fille Amy Joe (qui parle ici de son point de vue d’enfant), observatrice mais en aucun cas victime. C’est ce qui est beau dans ce Low Down, cette lucidité sur le monde des adultes, sur la ville (le Los Angeles des années 60, 70), l’amour, la haine, la dope, beaucoup de dope. Et un peu la musique, en filigrane, en transparence. Ce pourrait être déprimant mais il n’en est rien. C’est juste, sincère. On tient ici un vrai livre d’amour d’une fille pour son père.

Joe Albany est mort en 1988. Low Down a été adapté au cinéma en 2014 par Jeff Preiss avec John Hawkes et Elle Fanning dans les rôles principaux (ainsi que Glenn Close). Et produit notamment par Anthony Kiedis, chanteur des Red Hot Chili Peppers.

Extrait


« Petite fille, j’essayais d’adhérer à la philosophie simple partagée par de nombreux enfants. Je faisais de mon mieux pour trouver l’amour, quelle que soit sa forme, même lorsqu’il paraissait absent, et j’essayais de rechercher la beauté, bien qu’elle ne soit pas très présente au sens traditionnel du terme. Je découvris que mieux valait garder toujours mes idées pour moi et m’efforcer d’éviter les conflits potentiels. Ce dernier credo se révéla particulièrement ambitieux. Il n’était jamais avisé de provoquer ou même d’engager la conversation avec mon père après un de ses fix. Si on lui fichait la paix et qu’on mettait le nez dans un bouquin, il vivait sa défonce avec à peine quelques crises aléatoires dont il était généralement l’unique objet. Souvent ses divagations prenaient la forme d’une bataille unilatérale avec un ennemi invisible que j’avais toujours pris pour le Diable. « Tu n’es pas Dieu – je sais qui tu es », hurlait-il, le doigt braqué en l’air devant lui. Mon livre commençait à glisser de mes mains tant je transpirais en imaginant la possibilité que Satan soit avec nous dans la pièce. Alors, il se dirigeait vers le piano et faisait quelques accords dissonants et répétés, s’arrêtant parfois pour me dire combien il détestait ce putain de monde cruel. »

Couv-Low-Down-RVBLow Down, jazz, came, et autres contes de la princesse be-bop d’A. J. Albany
Le Nouvel Attila
Traduit de l’américain par Clélia Laventure
La très belle illustration de couverture est signée Sylvain Lamy du trio 3 oeil.
978-2-37100-016-2 – 208 pages – 19€

 

Aux confins des générations X et Y, j'ai orienté ma formation très tôt vers le journalisme. Pour exercer aujourd'hui le métier de chargé de communication dans le spectacle vivant & les musiques actuelles. En veille permanente, je travaille évidemment avec les outils numériques mais aussi, toujours, avec le bon vieux papier. Avec un intérêt grandissant pour le design et les nouvelles formes de communication sociale & intuitive.

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