A LA LUMIERE DE THOMAS ET SON GROUPE ELECTROGENE

Lumière indéfinie jaillissant d’une lucarne mystérieuse pour une musique sans genre et sans case. Elle n’en a pas besoin car elle se range où elle veut en traçant le chemin qui sera le sien et pas un autre.

Lumière indéfinie née de l’ambiance tamisée du Chat Noir pour mon premier souvenir musical que je garde de Thomas Canonne, sans son groupe ce soir-là : une silhouette dégingandée au naturel fascinant, un ilot esseulé s’enracinant sur la scène libre du café-concert. Derrière lui, quelques musiciens anonymes improvisent une funk mélancolique. Il laisse alors tomber sa voix dans le micro en écartant les bras comme pour mieux lancer ses cordes vocales à l’assaut du public et plantant toute sa tessiture de graves rocailleux sur un poème de sa facture, le café-concert se met au rythme des vers abandonnés ça et la.

Lumière indéfinie de nouveau, six mois plus tard, sous un ciel gris nantais, lors de notre rencontre au cours de laquelle je devais apprendre que le poème déclamé de façon si saisissante était en fait le texte d’une chanson, « Le vélo ivre », présent sur le premier album sortir le 12 juin sur BandCamp. Les paroles de cette composition, hommage à Alfred Jarry, m’accompagnaient encore au moment de me trouver en face de l’artiste : la même silhouette au regard toujours en partance et la même rocaille profonde allant jusqu’à contaminer son rire. Prestance théâtrale il y a six mois et présence théâtrale le jour de notre entretien pour un personnage aux vies multiples: machiniste dans le bestiaire fantastique de l’Ile de Nantes, créateur de pièce de théâtre pour le Théâtre des Cerises et chanteur-musicien-performer. Ayant l’écriture comme réflexe et comme seconde nature, il est entré dans la vie artistique par les lettres avant d’y attacher progressivement les notes : la guitare « mais ça n’a pas marché », la batterie « mais ça n’a pas marché », le piano « c’était mieux même si c’était un peu tard ». Est venue ensuite la scie musicale!

Dans l’univers du premier album de Thomas et son groupe électrogène, ce sont les mots qui président et les mélodies qui les soutiennent viennent en épouser les contours, quelques soit la géométrie qui en résulte. Le chanteur apporte les textes et Hervé Launay au saxophone, Youenn Migaud à la guitare, Ronan Drougard à la basse, Nicolas Mayer à la batterie (maintenant remplacé par Kevin Hill), se chargent de bâtir l’édifice sonore à partir du support écrit. Géométrie imprévisible donc pour une architecture musicale fortes des formes et des difformités inhérentes aux mots-rois. La prédominance de ces têtes couronnés donnent ainsi naissance à des compositions originales et singulières, chapeautées par les aires vocaux qui martèlent ou caressent en fonction de l’orientation textuelle et musicale. Les variations possibles sont nombreuses pour un groupe navigant entre jazz, swing, valse rock et ballade folk. Elles le sont d’autant plus quand la signature vocale est similaire à ce que pourrait être un Bashung et un Gainsbourg avalés et resservis par Arno, lui-même électrifié par l’énergie dramatique d’Yves Jamait. Avant d’être chanté, le mot semble dévorer par Thomas et se cogner contre l’oesophage avec la sensibilité fine d’un ogre enroué faisant bombance tout en lisant de la poésie. Même si l’accointance vocale avec Arno semble établie, ce dernier n’est pourtant pas pour le chanteur une connaissance de longue date contrairement à Gainsbourg dont il se délecte depuis longtemps. On le sent dans le jazz du groupe, mêlé de rythmique reggae, idéale pour permettre à Thomas de laisser libre cours à son flot guttural qui draine une poésie humoristique, sombre et décalée. A chaque chanson une histoire et pour le chanteur, un personnage à interpréter. La langueur noire, merveille mélodique d’une ballade comme « Lindenberg », lui fait endosser le rôle d’un baron à la grandeur décadente. L’apparition tardive des percussions fait décoller la trame mélodique vers le solo de sax. Ce dernier est précisément à l’honneur sur la conclusion spectaculaire de « Tatane ». Fine, la basse façonne la fausse tranquillité de l’album et maintient le seuil de graves distribués par le chant. Plus qu’une section rythmique, les percussions donnent une couleur particulière à l’album sur un spectre s’étendant du rock trans et primitif à la nonchalance jazzy. A la guitare, un jeu élégant qui s’aventure sur un large panel de styles et de rythmiques tout en se ménageant des solos très mélodiques de la quiétude folk aux délires électriques. L’équipe de Thomas et son groupe électrogène signe un album varié aux thèmes diversifiés: l’étrange amour de « Rita » et de « Catarina », le désamour des « Nems » alternent avec les complaintes du « pendu », du « vélo ivre », une chanson humoristique sur « Claude François » ou encore, une valse singulièrement joyeuse sur « le Cancer » que le chanteur a composée lui-même au piano et que ses musiciens ont adaptée pour leurs instruments.

En live, les intermèdes sont aussi soignés que les chansons car le chanteur-performer, en homme de théâtre, met un point d’honneur à réaliser un spectacle totale dont le public est un élément à part entière.

Rendez-vous est pris pour le 12 juin, date à laquelle le groupe s’invite dès 20h30 à Pol’N (11 rue des Olivettes, Nantes) pour la sortie de leur album.

 

POCHETTE-THOMAS-ELECTROGENE

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Fan de zic, de ciné et de tout ce qui peut se découvrir et s'apprendre, il aime blablater, partager et s'éclater. Rêve d'inventer des gâteaux qui font maigrir ou, à défaut, un sport qui ne fatigue pas. Est très fier d'avoir réussi à avaler, presque sans grimacer, un flamby recouvert de mayonnaise...mais ne conseille cette expérience gustativo-risquée à personne.

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