AMAURY CORNUT : LA BARBE, DARTY, MOONDOG ET MINISYM

Les mediums livre et conférence n’auront pas suffit à Amaury Cornut pour faire revivre et découvrir l’oeuvre musicale de l’artiste Moondog. Voilà qu’il créé en 2013 un ensemble avec cinq compagnons, Minisym, pour jouer un premier, puis un second et bientôt un 3è programme de l’oeuvre si dense du compositeur. L’autodidacte, tant dans sa pratique de la musique que dans ses autres activités (conférencier, auteur, label-manager ou encore booker), revient sur ce parcours professionnel et de vie, ce virage que Moondog lui a fait prendre, un certain jour de 2010, alors que le destin aurait dû le mener au management d’une unité commerciale…

Photo bandeau : Moondog – Anthony (Tony) Camerano



Ayant cette liaison avec Moondog, pourquoi monter Minisym ?
Ca fait sept ans que je travaille sur l’oeuvre et la vie de Moondog avant de multiples vecteurs pour promouvoir son travail avec dans un 1er temps le site internet, la biographie sur Le mot et le reste sortie en mars 2014 qui est d’ailleurs épuisée et qui va être rééditée au printemps 2017. J’ai par ailleurs accompagné le livre de 40 conférences données un peu partout sur deux ans. L’ensemble Minisym est né de l’accès que j’avais via mes recherches au fonds de partitions. Je me suis dit pourquoi ne pas monter un ensemble pour jouer ces partitions qui ne sont pas diffusées, faire vivre ce patrimoine. Certaines partitions n’ont d’ailleurs jamais été jouées ni enregistrées. J’aime bien l’idée que jouer les morceaux de Moondog rassemble un public, fédère, comme cela a pu se passer au Château des Ducs en 2010.

Comment as-tu « choisi » les musiciens ?
J’ai tout d’abord invité Benjamin Jarry qu’on avait signé sur Drone Sweet Drone pour son disque Splendid isolation, et à cette période il essayait de retranscrire une partition de Moondog. En 2011, le percussionniste Alexis Degrenier, avec qui j’ai monté Drone Sweet Drone par la suite, m’a demandé des partitions de Moondog pour orgue. J’ai ensuite sollicité Charles Henri Beneteau qui joue du théorbe, instrument ancien que j’avais idée d’intégrer au répertoire. Charles Henri a ramené la violoniste Hélène Checco, musicienne géniale. Quant à Gwenola Morin, qui vient de quitter après 3 ans le projet, elle vient du classique. Elle sera remplacée ces prochains jours. Voilà comment le quintet s’est construit sachant que les deux filles ne connaissaient pas du tout Moondog.

 

oratoire-9_7_15Ensemble Minisym – Chapelle de l’Oratoire (Nantes) – Tom Bodlin

 

Le rapport très intime que tu as avec Moondog t’amène à une certaine exigence dans la restitution de son oeuvre ?
Tout s’est passé de manière très fluide dans la mesure où ma posture était claire. Je ne suis pas musicologue, je n’ai pas fait le Conservatoire. Par contre, j’ai une connaissance parfaite de cette musique, de comment elle sonne, à quoi elle peut ressembler. J’ai aussi des connaissances sur les intentions de Moondog, les conditions dans lesquelles tel ou tel morceau s’est construit. Alors, j’ai aiguillé un peu l’Ensemble sans avoir de technique musicale. Pour répondre à ta question, j’ai une exigence, et les musiciens ont une exigence et ce n’est pas la même sauf peut-être le respect de la mélodie. Mais globalement, tout le monde prend du plaisir, trouve que cette musique est géniale, complète, qu’elle ouvre des horizons, qu’elle développe même les compétences de jeu pour certains.

 

« J’ai toujours cette énorme casquette ou casque à corne Moondog,  je n’en suis pas prisonnier mais j’essaie de présenter d’autres artistes émergents ou en développement qu’il me semble intéressant de défendre ».

 

Penses-tu qu’un autre musicien susciterait un réel intérêt chez toi ?
Je me suis aussi beaucoup intéressé à John Jacob Niles, un compositeur folk du 19è siècle qui a influencé la scène folk du 19è, une figure qui m’intéresse beaucoup. J’avais commencé à rédiger sa bio pour Le mot et le reste, mais j’ai laissé tomber, je n’ai plus le temps avec ma nouvelle casquette de tourneur chez Murailles Music. Et puis, je me concentre surtout désormais sur des gens vivants ! Manuel Adnot notamment dont j’ai sorti le premier disque sur mon nouveau label Tropare. J’ai toujours cette énorme casquette ou casque à corne Moondog,  je n’en suis pas prisonnier mais j’essaie de présenter d’autres artistes émergents ou en développement qu’il me semble intéressant de défendre.

 

moondog_021-copieAmaury Cornut et l’Ensemble Minisym – Loll Willems

 

Tu penses un peu moins à Moondog au quotidien ?
Non, j’y pense tout le temps, je continue à donner des conférences sur lui, à jouer avec l’Ensemble, j’ai un projet de BD sur lui, on m’a aussi branché pour un documentaire. Je n’ai pas fait le tour encore.

Le fait d’être un peu référent sur Moondog te donne un crédit pour faire découvrir de nouvelles choses auprès des professionnels ou du grand public ?
C’est vrai que je me présente souvent comme le jeune Nantais qui bosse sur Moondog, en gommant « jeune » maintenant. J’utilise un peu Moondog comme carte de visite, c’est vrai, mais les nouveaux projets sur lesquels je travaille n’ont pas grand chose à voir avec Moondog. J’ai acquis un carnet d’adresses oui, mais je distingue assez bien les choses sans les hiérarchiser. Pour le label, j’ai plein d’envies de collaborations. La 2è référence de Tropare sera un disque de la harpiste Françoise Johannel qui jouera des pièces inédites de Moondog pour harpe, j’aimerais travailler avec The Havels, Richard Robert ou encore Cyril Secq, des choses plutôt intimistes et acoustiques, solo ou duo.

 

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Amaury Cornut – conférence/dédicace Trempolino – DR

 

Quelle est selon toi la meilleure façon de parler de Moondog pour toi ? Le format conférence ou le format concert ?
Les deux mon capitaine ! On a d’ailleurs souvent proposé les deux, et c’est complémentaire. Ce sont deux manières différentes. D’un côté, je raconte sa vie et son oeuvre. De l’autre, je joue son oeuvre en évoquant sa vie en filigrane. Ses morceaux retracent de toute manière sa vie, il a consacré sa vie à sa musique, mais le compositeur est tellement atypique que raconter sa vie est un spectacle en soit. Je présente la conférence depuis pas mal de temps, j’y insère des images, des vidéos, des sons, c’est très vivant. Alors, je donne autant d’énergie dans l’un que dans l’autre, d’autant que depuis début 2016, je joue dans Minisym. La conférence suscite plus de questions et d’interactions.

Comment as-tu opéré le choix des morceaux que vous jouez avec Minisym ?
C’est le 2è programme que nous jouons. Au tout début, on jouait quelques morceaux sous l’intitulé From US to you avec une idée de partage la musique de Moondog au public et de jouer avec ses deux existences, sa vie aux Etats-Unis et sa vie en Europe. C’était un panel de sa musique composée entre 1949 et 1994, panel assez riche donc. Le nouveau programme appelé New sound est basé sur l’album New sound of an old instrument paru en 1979, l’album préféré d’Alexis, Hélène et moi-même, un album pour orgue. On a repris la set-list originelle. Un disque sortira au printemps d’ailleurs sur un label suisse qui s’appelle Bongo Joe. À l’avenir, on aimerait continuer à dresser des ponts entre la musique de Moondog et la musique médiévale.

 

moondog_009-copie-copieAmaury Cornut et l’Ensemble Minisym – Loll Willems

 

Toi qui es musicien, conférencier, booker, label manager, quelle est l’activité qui te rapproche le plus d’un plaisir musical ?
Toutes ces activités sont liées à l’idée de partager, diffuser, ou de promouvoir, et tout cela concerne aussi Moondog puisque je développe au sein de ces activités des rapports avec Moondog. Je n’ai appris aucun de ces « métiers ». Pour ce qui est du plaisir, je ne peux pas hiérarchiser, mais ce qui est factuel c’est que la conférence reste le truc où je me sens le plus à l’aise. Je raconte plus spontanément l’histoire de Moondog que je ne joue sa musique. Le booking est un travail difficile. Sans être une sinécure, je m’éclate moins, même si je prends du plaisir, à contacter des programmateurs qu’à raconter comment Moondog traverse l’Atlantique en 1974. Quant au label, je suis gangrené à l’idée d’éditer des choses qui me plaisent, que j’ai envie de pouvoir écouter en disque chez moi et de partager. C’est aussi un monde difficile, une économie précaire, je mets beaucoup d’argent perso sur le label.

 

« … j’aurai pu travailler chez Darty si j’avais voulu, mais je me suis laissé pousser la barbe et ce n’était pas compatible ».

 

Si tu n’as appris aucun de ces métiers, quelle est ta formation originale alors ?
J’ai appris tout ça sur le tas, par la force des choses. Mais jadis, j’ai fait « management d’unité commerciale », j’aurai pu travailler chez Darty si j’avais voulu, mais je me suis laissé pousser la barbe et ce n’était pas compatible. BTS management d’unité commerciale, j’étais un élève très moyen, puis info comm à la fac de Nantes, licence 3 puis master, et le projet d’étude fut le concert au Château des Ducs en mai 2010, projet qui a largement dépassé le cadre scolaire. Tout est parti de là, Mathias Delplanque m’a proposé de travailler avec lui, puis le Lieu Unique pour faire de la production. Alors, écrire un bouquin, proposer une conférence sans avoir de filière littéraire, ça intrigue. Mais déjà, j’écrivais dans le journal du lycée, j’avais écrit un article sur Syd Barrett je me souviens, j’avais aussi un blog musical. Je suis entré à info comm en montrant les articles que j’avais écrit et en parlant de jazz aux profs. C’est un parcours à la marge. Mais c’est vraiment ce concert au Château qui a été un déclic : 600 personnes dans le public, des partenariats avec la Ville de Nantes, le Conseil Général à l’époque, le Pannonica, les relais presse (Prun’, Ouest-France et Presse-Océan), la billetterie chez Mélomane, tout cela monté sans aucune expérience. On était trois gars, avec Antoine et Jonathan, motivés comme personne. Des gens se rappellent encore de ce concert et m’en parlent encore. Après ce genre d’expérience, tu n’as pas envie de faire autre chose, j’avais des profs vraiment cool, mais je te laisse imaginer combien les années de M1 et M2 ont été très dures pour moi…

 

Concert de l’Ensemble Minisym, mardi 22/11 – Maison des Arts (Saint-Herblain), 20h, entrée gratuite.

 

Site ENSEMBLE MINISYM



NH#12 // MOONDOG PAR L’ENSEMBLE MINISYM // 11/12/2014 // MONTEVIDEO // MARSEILLE from GRIM on Vimeo.

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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