Atelier du Dahu : Lieu d’arts en devenir

Le Dahu, animal légendaire, mythe propagé par les montagnards pour se jouer avec humour des citadins, de ceux qui habitent plus bas dans la vallée, et pour qui les cimes sont synonymes de territoire magique. Qui n’est pas tombé dans l’entourloupe… En ce qui concerne l’Atelier du Dahu, situé sur les bords de Loire sous le boulevard de Chantenay, c’est effectivement la magie du lieu que nous découvrons de prime abord. Les locaux – loués par l’association à Quentin du Chantier de l’Esclain – ont été investis par l’équipe du Dahu dès septembre 2014 pour créer un espace culturel, mais dont l’institution est remarquable par son absence. L’association Courts-CirCuits, qui réalise de la récup’ alimentaire en lien avec les agriculteurs et les maraîchers du coin, y participe également par deux de ses membres. Le lieu s’établit comme une friche re-construite où les désirs d’arts naissent de la volonté des participants. Ils sont dix-sept à donner de leur temps, de leur sueur, et de leurs habiletés manuelles. Ils créent l’émulsion et bâtissent l’espace où se jouera potentiellement une interface artistique incontournable de la cité Nantaise. À l’image de Pol’N et de Bitchecentres des cultures underground, des musiques locales et des désirs festifs, le Dahu semble vouloir miser sur les soirées comme sur des espaces-temps de re-création, liens humains et sensations réelles.

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Ce samedi soir, un 17 janvier 2015, c’est Bal Trad’ en mode Folk-Noz au Dahu. Scène ouverte, et piste de danse propice à accueillir le pas des férus de son que le froid hivernal n’effraie pas. La grande salle où se situe la scène est couverte par une verrière haut perchée, et se coupe de l’extérieur par une toile immense, noire et rouge, fixée par un système de tissage ‘maison’ aux encadrements du hall. Lumières et décorum boisé-burlesque parsèment l’espace aérien, un escalier monte sur la gauche pour atteindre le premier étage, lieu même des ateliers. Il est 22h30, les personnes arrivent de plus en plus nombreuses ; Le bar associatif situé dans la pièce adjacente ne désemplit pas, contrairement à la vasque de vin chaud préparée spécialement pour l’occasion, tandis que les danseurs s’amassent du coté du son. Et ça commence à s’élancer joyeusement, sur le rythme des accordéons et de la derbouka, auxquels s’ajoutera plus tard une flûte traversière. Les couples s’élancent et valsent, éclairés par les lampions multicolores, l’ambiance est aux sourires et à la décontraction. L’atmosphère décalée du bal – immergeant les festoyants dans une époque lointaine – s’accorde clairement avec le désir de joie et de légèreté qui se lit sur les visages. Ça guinche, ça tournoie, et ça Fest-Noz… Danses traditionnelles celtiques et énergie bon enfant perceptible, suivant le tempo qui ne ralentit pas.

La soirée est une réussite. L’équipe du bar tourne, afin que chaque bénévole et acteur de l’équipe puisse profiter du moment. De l’arrière-salle, le chaudron de soupe et les tartes préparées par Courts-CirCuits permettent aux participants de se restaurer à moindre coût, le prix est libre, tout comme l’accès à la soirée. Le système du ‘chapeau’ et de la libre participation marque les esprits autant que les vibrations sonores. Les gens se parlent, s’interpellent sans se connaître de prime abord, s’invitent à danser, t’embarquent dans leur ronde, s’accrochent à la musique, qui les connectent entre eux. « What else ? » Pourrait laisser traîner un Georges Clooney en hologramme… Eh bien Georges, il semble effectivement qu’il n’y ait pas besoin de grand-chose de plus pour passer une soirée à la fois festive, amusante et riche en sensations sonores.

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L’atelier du Dahu se prête complètement à cette perspective, moins dans l’aménagement de l’espace en lui-même que par l’intention de l’équipe qui l’a érigé ces derniers mois. Majoritairement intermittents du spectacle, photographes, peintres, métallurgistes, sculpteurs, sérigraphistes, et musiciens… Créateurs au sens large : ils – et elles – ont décidé de prendre les choses en mains, les leurs, afin de faire vivre une certaine culture (celle avec un petit « c ») grâce aux moyens du bord, dons et talents dénichés au fur et à mesure des rencontres et des discussions. Ils ont installé leurs ateliers dans la perspective future de partager leurs travaux au regard des nantais curieux et avides de nouvelles découvertes artistiques. Avec pour point d’orgue un désir de créer de l’échange humain, en évinçant le plus possible l’aspect financier. La niche nantaise où peut éclore ce genre de volontés est donnée, la diversité des projets de l’Atelier du Dahu donne envie de voir cette dynamique perdurer. Bal Trad’ le premier mardi de chaque mois, projections, expositions, studio de musique… Le programme fait rêver au Dahu, affaire à suivre…

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Le prochaine soirée est organisée par les Loubards Pédés samedi 7 février, toutes les infos ici

Rédactrice, amatrice de musiques électroniques et d'arts interactifs, je me passionne pour les pratiques culturelles émergentes de la société contemporaine.

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