AU COEUR DE LA FOLLE JOURNÉE 2016

La nature est un défi pour la musique : offrir en sonorités « l’alternance des saisons, la diversité des paysages ou le déchaînement des éléments » (René Martin, directeur artistique) a inspiré les compositeurs et artistes de tous les temps.

Vivaldi et ses Quatre Saisons enchantent aussi bien les oreilles averties qu’amatrices depuis des siècles. C’est donc par là que je choisis d’entamer mon expérience musicale à la Folle Journée. La violoniste, Sayaka Shoji, accompagnée par le Polish Chamber Orchestra, fait salle comble dès le jeudi en début d’après-midi et emporte petits et grands dans le tumulte et les variations du caprice des saisons. On y découvre la puissance de la Folle Journée, qui initie dès le plus jeune âge à la beauté de la musique classique. Le violon et le clavecin s’accordent à merveille et sont rapidement rejoints par les autres cordes pour faire entendre le grondement du tonnerre. La soliste élève le regard vers le ciel. Concentration et communion avec le public pour mieux révéler la nature.

J’ajoute à ce pilier de la musique classique la découverte du Sacre du Printemps de Stravinsky, transposé pour piano à quatre mains et interprété par Adam Laloum et David Kadouch avec une telle légèreté que les quatre mains ne semblent faire qu’effleurer le clavier. Non loin, Le Lac des Cygnes de Tchaïkovsky est joué avec une puissance remarquable par l’Orchestre Philharmonique de l’Oural, dirigé par Dmitri Liss. S’y mêlent la danse effrénée du chef d’orchestre et celle des archets qui s’animent à l’unisson.

Folle journée de Nantes 2016 , cette année le thème est la nature. Ici Sayaka Shoji et le Polish Chamber Orchestra. Photo : Marc ROGER Mention obligatoire
Sayaka Shoji

Mais la Folle Journée ne présente pas seulement les chefs-d’œuvre que l’on associe depuis des siècles à des hommages à la nature. Comme l’affirme le directeur artistique René Martin, « il y a 40 concerts que les gens connaissent très bien, les autres font toute la richesse du festival ». Ce sont ces expériences artistiques, ces créations et ces découvertes que je souhaite partager. La 22e édition de la Folle Journée est le théâtre de l’ouverture aux musiques traditionnelles et aux musiques actuelles, qui nous emmènent en odyssée à travers le monde. Preuve en est la prestation des maîtres tambours du Burundi. Représentants d’une tradition séculaire, ces artistes nous transportent au cœur de leur village africain et de ses fêtes rituelles. La musique et l’hommage rendu à la nature se muent en une danse endiablée dans laquelle les tambourinaires entrent en transe. Ils nous proposent ainsi une expérience rythmée à travers leur chorégraphie souple et bondissante. Autre proposition autour des percussions nous venant de l’autre côté du globe : Eitetsu Hayashi Ensemble, premier percussionniste professionnel au Japon. Le mélange des différents tambours apparaît comme une transcription des mouvements de la mer et de la force de la nature dans l’archipel japonais. On y dénote des références discrètes à la tradition nippone, lorsque les artistes saluent avec les baguettes. Le voyage continue avec l’Orchestre andalou de Jérusalem, qui nous invite à découvrir la poésie des sables d’Asie et du Sahara, bercés par les harmonies mélodieuses du kamanche et les voix enchanteresses de Neta Elkayam et Mark Eliyahu. Revenons à présent en Europe, et plus précisément en Autriche. Le compositeur et chef d’orchestre Werner Steinmetz propose pour la première fois au monde son œuvre Le Glacier, dans laquelle il utilise autant d’instruments que possible pour tenter de rendre l’incroyable diversité sonore de la nature. Dans un autre registre, le groupe de jeunes artistes allemands Spark nous plonge dans un ensemble décalé, entre la précision et la virtuosité d’un ensemble classique et la prestance scénique d’un groupe de rock.

Folle journée de Nantes 2016 , cette année le thème est la nature. Ici Eitetsu Hayashi Ensemble. Photo : Marc ROGER Mention obligatoire
Eitetsu Hayashi

 

Mais La Folle Journée ne se contente pas du cadre musical. Elle le dépasse en nous offrant des expériences artistiques complètes, intégrant à la création musicale des propositions visuelles et des jeux scéniques étonnants. L’astrophysicien Hubert Reeves se fait conteur de la genèse de l’univers, accompagné par un répertoire poétique et instrumental dense et par une sélection d’images astrologiques soigneusement choisie. A leur tour, Ezra et Francesco Tristano mélangent les formes d’art pour créer une ambiance qui transporte la salle hors du temps : le beatbox, les trois claviers de Tristano, les jeux de lumière et la vidéo nous font imaginer un rideau de pluie au fond de la scène ou nous perdent dans les tréfonds d’une forêt infinie. Le corps d’Ezra, habité par la musique, complète la scénographie et nous plonge dans une expérience inédite. Enfin, les Chanteurs d’oiseaux, Johnny Rasse et Jean Boucault, suscitent le rire du public avec leur danse nuptiale, leur chant des mouettes ou encore leur imitation de la poule.

Folle journée de Nantes 2016 , cette année le thème est la nature. Hubert Reeves et l'ensemble Calliopée presentent cosmophonies. Photo : Marc ROGER Mention obligatoire
Hubert Reeves et l’Ensemble Calliopée

Le festival s’achève, il est temps de boucler la boucle. Quelle meilleure façon de le faire qu’avec un retour aux Quatre Saisons ? Nemanja Radulovic et l’Ensemble Double Sens nous transportent une dernière fois de la fraîcheur d’une journée printanière à la tempête d’une nuit d’hiver. De l’autre côté de la Cité des congrès, Richard Galliano nous propose une version plus intimiste, où l’accordéon se mêle à un quintette à cordes, laissant les spectateurs quitter Nantes des étoiles plein les yeux et les oreilles encore bercées par les mélodies et la passion qui ont animé la ville cinq jours durant.

Toutes photos © Marc Roger

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