BANTAM LYONS : DROITS DANS LEURS BOTTES !

Melatonin Spree ! Voilà un curieux titre d’album. S’il renvoie à la notion de sommeil et de fête, il envoie tout court. A deux jours de sa sortie, ce vendredi 1er avril, Loïc vient confesser les contours de ce disque, le pourquoi du comment, l’importance des amis, du plaisir à communiquer avec les autres qu’ils soient musiciens ou public, le jour le jour. Musique et amitié : même combat !

Tu aimes répondre aux interviews ?
Ca dépend vraiment de comment c’est fait. Quand c’est informel, c’est plus sympa. Quand il s’agit d’une liste de questions un peu abruptes qui n’ont pas forcément de rapport les unes avec les autres, et que l’intervieweur ne rebondit pas trop sur ce qu’on dit, ça ressemble plus à un interrogatoire qu’à une vraie discussion, et il n’en ressort pas vraiment de choses intéressantes. On le ressent et on se demande un peu pourquoi on le fait. Mais généralement, ça se passe plutôt bien, on trouve même l’exercice assez marrant à faire.

Comment s’est monté le groupe et aviez-vous en tête déjà de jouer une musique particulière ?
A la base, c’est Maëlan le bassiste et moi même qui avons commencé à jouer ensemble pour une bande originale d’un film qui ne s’est finalement pas fait à l’époque. On n’avait pas de ligne directrice précise, juste l’envie de jouer sur des images. Au final, pas mal d’idées nous sont venues au fur et à mesure, et on s’est dit que c’était pas super de rester à deux à jouer dans une chambre, on avait envie d’un vrai groupe. On a convié des amis, tout s’est fait de façon spontanée, sans avoir un style musical en tête. Notre style est apparu avec nos morceaux, ce n’est pas réfléchi. On a quelques références communes évidemment, mais chacun a ses marottes personnelles, et c’est le mélange de tout ça qui est intéressant.

Vous avez démarré sur Brest ?
Oui. Mais très vite, on a commencé à répéter à Rennes, deux des membres du groupe habitaient Rennes, un à Nantes. On est venus sur Nantes dans la foulée pour simplifier les choses.

Qu’est ce qui vous a amené à Nantes ?
C’était plus simple pour nous de répéter ici, vu que Sam habitait et travaillait à Nantes. On n’aurait pas forcément franchit le pas s’il avait vécu et travaillé à Montbéliard ou Mulhouse. Et puis, on était assez attirés par cette ville.

BANTAM-LYONS-3Bantam Lyons © DR

On lit souvent dans votre biographie ou sur les médias cette appartenance brestoise, la Bretagne… Vous y êtes attachés ?
On n’est pas du tout vindicatif sur nos origines, mais on adore cette région de Brest. J’avoue qu’on force un peu le trait sur cette étiquette qu’on nous colle, on en joue, ça nous fait rire, mais on n’a aucune fibre identitaire, même si l’on revendique que c’est là d’où on vient.

Vous évoluez vite dans le sens où vous êtes Découverte du Printemps de Bourges en 2014, vous avez un tourneur qui a pignon sur rue, vous trouvez un label, vous sortez un album. Comment vous vivez tout ça ?
On ne se pose pas trop de questions, on vit les choses comme elles viennent. C’est tout simplement de plus en plus cool de faire ce qu’on fait, de la musique, de moins en moins dur de trouver des dates. C’est juste ça qui change. On a un tourneur, mais on n’a pas beaucoup tourné ces derniers temps, on a un label mais l’album a pris du temps, les choses sont espacées dans le temps, et ça ne révolutionne pas la vie de tous les jours. Rien n’est bouleversant, c’est une évolution qui va dans le bon sens pour nous. Si un jour on en vit, tant mieux. Si on doit continuer à être épiciers ou manutentionnaires, on continuera.

Vous avez publié deux ep et un album, est-ce que d’un disque à l’autre vous repartez à zéro ou avez-vous l’impression de construire un truc global musicalement ?
Pour les deux premiers ep, les morceaux étaient anciens et on les avait beaucoup répétés et joués sur scène avant de les enregistrer. Pour l’album, on n’avait pas tous les morceaux deux mois avant de les enregistrer. La temporalité des compositions a donc été différente, les deux premiers ep’s couvrent une période très longue, il y a moins de cohérence entre les morceaux sur un même disque et moins de cohérence entre les deux maxis. Alors que l’album me semble être l’instantané de quelques mois qui précèdent l’enregistrement, l’évolution est là. L’autre grande évolution se trouve dans le son, on joue beaucoup plus avec deux guitares, avec l’arrivée de Benoît qui a remplacé Nicolas, parti vivre avec son amie à Lyon. Benoit a une approche plus cérébrale dans ce qu’il fait. Il varie beaucoup son jeu, il nous a permis de varier nos morceaux et de sortir d’un schéma classique qu’on avait avant. Mais d’un enregistrement à l’autre, il n’y a pas l’idée de construire globalement. L’évolution réside sans doute aussi dans les mélodies et les arrangements, j’ai le sentiment qu’ils sont plus élaborés qu’avant. On joue aussi de plus en plus, on créé des automatismes musicaux entre nous qui font que c’est plus simple d’aller dans telle ou telle direction même si tout cela reste spontané. Un morceau part d’une idée de base sans savoir ce qu’il va devenir à la fin. On a changé dans la manière de composer au fil des disques. On s’est moins cantonnés à des formats pop de 3minutes30 maximum.

Qui compose ?
Surtout moi, je maquette des trucs que je laisse hyper basiques, parce que je suis pas doué avec l’informatique et ça m’ennuie. A la base, il y a une mélodie de voix, un riff, une basse, une ligne de synthé. A quatre, on essaie de trouver un sens à ça, parfois ça marche parfois pas du tout.

BANTAM-LYONS-1Bantam Lyons © DR

Sur le studio, l’enregistrement au Black Box, comment vous avez vécu ça ?
On sent un passif dans ce lieu, rien de lourd mais un truc présent. L’endroit est spécial, la campagne environnante aussi, c’est vraiment très beau. C’est le paradis pour un musicien, il y a tout le matos dont on peut rêver, c’est un lieu chapeauté par des gens adorables, on a été reçus comme des rois. On a enregistré vite, en 5 jours, mais c’était suffisant, on se serait perdus si on avait eu plus. Peter Deimel nous a beaucoup aidé, conseillé, il a très vite capté ce qu’on faisait, ce qu’on voulait, il nous a orienté à trouver par nous même. Il ne nous a jamais poussé dans une direction, il nous a poussé à réfléchir à une direction, c’est assez rare dans le milieu de la musique. Il a suffisamment d’expérience pour ne pas franchir la limite, il n’a jamais outrepassé son rôle. Sa façon de travailler est saine.

Vous avez fait des coupes franches pour l’album ?
Il y en a quelques-uns qui ont été maquettés et répétés mais qu’on n’a pas enregistré parce qu’on les considère pas assez bons. Pour le live, on se cantonne à un set de 40, 45 minutes, on évite de s’encombrer de morceaux qui nous intéressent qu’à moitié en fait. Soit ils sonnent dès le début et c’est bon. Soit c’est pas nous, et ça ne sert à rien de les garder. On n’est pas très collectionneurs de ce point de vue là.

Le titre de l’album ?
On peut le traduire de deux manières, soit la fête de la mélatonine, soit une période pendant laquelle beaucoup de mélatonine va être libérée. La mélatonine est une substance secrétée par le cerveau et qui en l’absence de lumière va réguler le sommeil. C’est la juxtaposition des deux mots que j’avais écrite pour un morceau qui n’est pas sur l’album mais que j’ai gardé. C’est quelque chose d’assez mystérieux, parce que ce n’est pas traduisible littéralement en français, et qui n’a pas l’air très anglais de prime abord. Ca colle bien aux morceaux , à ce qu’ils racontent.

A ce propos, qu’est ce que tu écris et racontes ?
C’est un mélange de choses très personnelles et de choses qui ne me sont pas arrivé personnellement. Ca part d’une phrase et j’évoque des ambiances, des souvenirs autour de ça. Je joue sur ces deux tableaux pour brouiller le sens des mots tels que les gens les entendent et peuvent les comprendre.

21582_956378171064244_1891137933657501357_nBantam Lyons © Vincent Arbelet

Pour en revenir aux gens qui travaillent avec vous, que ce soit Radical Productions ou Kshantu, comment les avez-vous rencontrés et qu’est ce qui fait que vous avez eu envie de travailler ensemble ?
Pour Radical, c’est simple, ils nous ont contacté avant même de nous avoir vu sur scène, on s’est vu, ils nous ont présentée leur manière de faire, ils nous ont vu ensuite en concert. Ce qui nous a plus, c’est que c’était le premier tourneur qui ne nous promettait pas monts et merveilles. Il nous ont bien dit le début qu’ils ne nous feraient pas tourner tout de suite, qu’il fallait un an ou deux, qu’il fallait un disque. pas comme ceux qui disent « dans 3/4 mois les gars, vous êtes intermittents » ! Ils ne nous ont pas vendu de rêves, pas de promesses louches comme certains, on a aimé cette franchise, et ça nous a rassuré. Pour Kshantu, c’est la même chose, ils sont venus vers nous, on s’est bien entendu, bien marrés.

Vous faites partie d’un collectif, Granada ? Vous en êtes où ?
En fait, le collectif s’appelle Telgruc désormais, c’est le nom d’un groupe composé de membres de Bantam Lyons et des Slow Sliders. C’est la fusion de notre asso Granada et des Glisseurs Tranquilles, asso des Slow Sliders. Ca regroupe énormément de musiciens (des Bantam, Slow sliders, Baston, Djokovic, Woodrow…), des dessinateurs, comédiens. On organise des concerts, on porte des projets à droite à gauche. On en est au début, on établit les objectifs du collectif.

Vous allez participer à un ciné-concert avec d’autres musiciens Les Yeux dans les Bleus dans le cadre du festival L’Ere de Rien, vous aimez ce genre de collaborations ? Ce serait quoi le rêve le plus fou en termes de collaboration ?
Il faudrait surtout que ce soit fun. Ca dépendrait de comment et avec qui ce serait fait. On pourrait nous proposer le concert le plus « champagne » du monde, si ce n’est pas marrant à faire, ça ne nous intéresse pas. Le plaisir dans ce projet-là, c’est de le faire avec des potes. Ca ne sera pas simple, il faut produire 1h30 de musique, on joue tous dans des groupes différents, faut trouver les moments où tout le monde est dispo. Mais on sait qu’on va rigoler, on fonctionne à ça en fait, à la rencontre. De voir des gens partager ce qu’on fait, que ce soit dans une salle, dans un bar, ça renforce dans l’idée que tu es peut-être en train de faire quelque chose qui te tient vraiment. Ces plaisirs partagés, ces rencontres et réflexions autour de la musique démontrent que c’est profond et pas superficiel.

Y-a-t-il un lieu où tu rêverais de jouer ?
La Route du Rock, c’est un festival que j’adore. Ou alors, juste prendre l’avion pour aller faire un concert, peu importe où.

 

En concert le 16 avril, Mélomane (Nantes)

 

Site BANTAM LYONS

 

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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