LA BELLE YOTANKA

8 avril 2016, il est environ 20h, il s’est arrêté de pleuvoir, le soleil est rasant et incandescent, nous fêtons gaiement l’anniversaire d’un ami à quelques mètres de Stereolux. Le temps passe trop vite, suffisamment pour nous mettre à la bourre, car oui, c’est pas tout ça mais on a une soirée organisée par le label Yotanka qui nous attend. Fraîchement débarqué à Nantes, le label ex-angevin en a profité pour présenter une partie de ses poulains d’excellence.
Il est pile 21h lorsqu’on pénètre dans la salle Micro alors que le duo multi-instrumental mixte et fraternel Ropoporose est déjà en place, et on m’informe que c’est la première partie et que je n’ai loupé que quelques minutes, soulagement. Le rock hybride et enchanteur émanant d’une alchimie palpable, d’un duo en mouvement perpétuel, nous transporte quasi-instantanément malgré le retard. Une jolie claque intempestive, sans préavis, le dernier album du duo de Vendôme, Elephant Love, est partiellement et brillamment retranscrit, frère et sœur, face à face, s’affrontent harmonieusement et nous savourons.
Le public déjà relativement dense, est hétéroclite et serein, les sourires sont de sortie, l’atmosphère est détendue, les mots échangés sont aussi sérieux que dérisoires, un peu à l’image de Yotanka. Et Samba de la Muerte se positionnerait sur le flanc optimiste, pop et résolument dansant du label, peut-être un peu trop dansant, dans le sens « discothèque » de la chose, avec un bonhomme qui lève les bras, harangue une foule naturellement perplexe. Toutefois on se surprendra à se dandiner sur des rythmiques technoïdes chaloupées, dont on finit par percevoir le gros boulot de composition en amont. A réécouter à tête reposée sur disque.
Robert Le Magnifique, accompagné d’un batteur, ne tardera pas à pointer le bout de ses machines et instruments, pour enflammer un auditoire cette fois chaud bouillant, disposé assez correctement pour remplir les lieux. L’expérience et la maestria du monsieur nous captent et nous malaxent profondément jusqu’à épuisement, exposant au passage l’efficacité des titres de son pertinemment nommé nouvel album, Fuck The Hell Yeah, sorti le 1er avril. Loin d’être une farce, la tambouille rock, hip-hop expérimental du Magnifique parasite nos systèmes nerveux avec une cohérence folle, et ne relâchera son emprise qu’à la fin d’un set dont on aura du mal à estimer la durée. Un trip sensoriel et scénique rodé depuis 1999, enrichi de quelques collaborations avec Psykick Lyrikah, Thomas Poli et Laetitia Shériff (aussi hébergée par Yotanka) notamment, ici supervisé par David Gauchard (Cie l’Unijambiste) sur les lumières et la scénographie, d’une grâce hypnotique.
On passera sur le DJ Set de Von Pariahs, très enthousiastes mais pas forcément inspirés dans leur sélection. La seule véritable déception de la soirée, on aurait préféré voir le groupe au complet et sur scène, exécuter son indie-(pop)rock charmeur et travaillé. Maigre consolation, néanmoins masquée par toutes les bonnes ondes diffusées lors de cette soirée, qui en appelle d’autres.

 Photo bandeau : Ropoporose © Les Hommes Verts / Awnaud Ph

30 ans, cinglé de musique avant tout, scribouilleur depuis septembre 2011 pour le webzine Metalorgie.com et depuis octobre 2012 pour le magazine (désormais numérique) TohuBohu, mes intentions écrites visent à partager/exposer mes découvertes, informer un brin sur la richesse musicale insoupçonnée qui s'agite dans nos sous-sols.

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