BERTRAND BELIN – LITTORAL

Toujours est-il qu’il s’agit bien d’un roman de Bertrand Belin !
Le deuxième, après Requins, son premier texte publié en 2015. Alors qu’on l’attend plus au rayon musique (six albums dans les bacs), le Morbihannais, originaire de Quiberon, presqu’île de la côte Sauvage où il a grandi entre alcool et violence, revient avec un texte court, brut, d’une rare densité, dans lequel on retrouve le monde marin qui a bercé ses premières années et l’art de l’ellipse qui caractérise la majorité de ses écrits, qu’ils soient faits pour être entendus ou lus.
L’histoire est surprenante et poétique : trois marins pêcheurs, le patron, sobrement appelé « l’autre », un premier employé, nommé « le troisième homme », et un jeune, « le plus jeune », relèvent leur filet et y découvrent un cormoran mort. Un oiseau dans un filet de poisson. Malédiction ? Mauvais présage qui suscite la honte et remet en cause leurs places sur ce pont ? On croit que l’important c’est ce cormoran, pourtant « l’incident » a déjà eu lieu… le matin même : l’autre a tué un soldat de « l’armée d’un pays ». « Tout le monde est au courant, lui disent-ils. »
Au delà de ces événements, le conteur décrit les personnalités de ces hommes érodés par le sel marin, leurs relations parfois houleuses, les gestes quotidiens de ces pêcheurs à la peau burinée. Les phrases sont courtes, le vocabulaire précis, cru et recherché à la fois. Les répétitions sont parfois inexactes mais toujours bienvenues, et les métaphores simples et tranchantes. Au fil du texte, le temps s’étire, s’entortille autour d’un axe que seul l’auteur connaît. « Si l’exercice, nouveau pour moi, qui consiste à écrire à dessein d’être lu et non écouté me conduit au même usage profane de l’ellipse que je fais dans mes chansons, nous sommes promis à de jolies tâches d’huiles et à d’inévitables sorties de route », avoue-t-il, lucide.
Dans Littoral, Bertrand Belin nous offre un enchaînement de mots terriens et ventés, nourri de rythmes subtils. Pour nous raconter ce qu’il a vécu, la pêche de ce funeste cormoran, ce qu’il a imaginé, l’occupation par l’armée d’un pays, et ce qu’il a peut-être fantasmé, la révolte de l’autre. Une façon pour lui de trouver de l’énergie pour ne pas être rattrapé par le désenchantement général.
Littoral, histoire d’une pêche incongrue et autres poésies…

Photo bandeau : Bertrand Belin, lecture, discussion, dédicace librairie Vents d’Ouest (Nantes) 8/11/2016 © Merwann Abboud

 

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Né en France, Merwann a ensuite roulé sa bosse pendant plus de quinze ans au Liban, en Egypte, à Dubaï et au Maroc, avant de finalement revenir se poser en France, à Nantes. Réalisateur de formation mais également journaliste et écrivain, il s’intéresse à la musique, à la littérature, à la photographie, aux arts en général.

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