BIG WOOL : UN BON NUIT ST-GEORGES

Ils aiment les bons vins, les silences qui durent et Slowdive… A quelques jours de l’arrivée de l’été, 5 musiciens angevins créent le buzz en sortant les « grosses laines »

Photo bandeau : Big Wool – DR

 

A l’ origine de Big Wool, il y avait des idées, des intentions bien précises ?
Nicolas
(guitare) : Tout a commencé avec Guillaume Lecahain, le bassiste. Moi j’avais arrêté de jouer au sein de VedeTT et lui avait aussi arrêté avec son précédent groupe, les Coco Grrrls. On a imaginé ensemble un projet un peu shoegaze/dream pop. Ensuite, Maxime est venu poser sa voix sur un morceau, juste histoire de voir ce que ça donnait… Il s’est écoulé alors un peu de temps, puisqu’il était occupé avec son groupe San Carol. Ensuite, sont venus se greffer le batteur, Vincent Lechevallier, et Baptistine Bariller avec son violon. Et ce que l’on entend sur l’album est vraiment le fruit de cette collaboration entre nous cinq. Mais c’est vrai qu’à la base, le projet n’était pas forcément destiné à ressembler à ça.

Maxime, tu as déjà ton projet San Carol, avec un 3eme album en prévision. Pourquoi avoir décidé de t’embarquer dans cette aventure ?
Maxime
: Je n’ai jamais centré ma vie autour de San Carol. C’est mon projet solo, mais j’ai toujours fait des trucs en parallèle. Quand San Carol a commencé, j’avais déjà un autre projet, ensuite il y a eu Deathgazer, maintenant c’est Big Wool… J’aime bien multiplier les expériences, essayer de nouvelles choses, composer régulièrement. Aujourd’hui, Big Wool compte autant à mes yeux que San Carol. Le mixage du prochain disque de San Carol est en cours, mais je me consacre beaucoup plus à Big Wool en ce moment.

Q : Nicolas, tu es un grand amateur, un grand passionné de vins. A quel vin pourrais-tu comparer Big Wool ?
N
 : Un grand Bourgogne, avec ce côté chaud, chaleureux, mais aussi un petit peu sauvage. Un bon Nuit Saint Georges !

 

 

Imaginez que l’on fasse appel à vous pour assurer la première partie d’un groupe assez connu… Quel groupe correspondait le mieux à votre univers ou lequel vous viendrait immédiatement à l’esprit ?
N
: Half Moon Run !
M : Il y en a un paquet qui pourraient faire l’affaire, mais on s’est souvent dit que Yo La Tengo était le groupe qui faisait peut-être le plus l’unanimité entre nous. Il y a quelques influences qui ressortent, même si au final on ne leur ressemble pas beaucoup. Sinon, quand Big Wool a commencé, il y avait quand même une volonté de faire un truc assez shoegaze. Du coup, même si le projet a pas mal évolué depuis, faire la première partie de Slowdive ça nous conviendrait parfaitement !

En imaginant qu’après ce 1er album, un 2è disque de Big Wool devait très rapidement voir le jour, comment verriez-vous l’évolution du son du groupe ?
M
: Déjà, je ne pense pas qu’on soit tous dans l’envie d’expérimenter à tout prix, avec des synthés, des trucs comme ça… Sur ce 1er album, on a essayé d’orchestrer un peu, avec du violon, et personnellement c’est ce côté orchestral que j’aimerais bien développer davantage pour les prochaines productions du groupe. Mais attention, pas l’idée d’une orchestration qui prendrait le pas sur notre musique, juste quelque chose qui pourrait l’illustrer un peu différemment, avec des cuivres, des cordes, des choses dans ce style…

C’est un album qui va à l’essentiel, qui ne bénéficie pas d’une production trop riche, trop étoffée. Et c’est une ses grandes forces, je trouve, cette économie de moyens…
M
: Oui, même si on l’a quand même enregistré dans un vrai studio. On ne l’a pas fait sans moyens du tout, en mode totalement « Lo-fi ». D’accord, c’est un peu Lo-fi quand même dans le sens où on a pris le temps de faire des choses avec assez peu de matériel, le notre essentiellement… En fait, c’est le prochain album qui sera beaucoup plus Lo-fi, si on part du principe qu’on l’enregistre nous-mêmes.
N : Ce 2è album est d’ailleurs déjà en partie composé.
M : Bon, ça peut paraître un peu con de parler du deuxième album alors que le premier vient tout juste de sortir ! Mais c’est vrai que les morceaux de ce premier disque sont déjà des trucs un peu vieux pour nous, composés il y a presque deux ans pour certains.

 

 

Nicolas, tu m’avais confié il y a quelque temps ne surtout pas vouloir donner les deux ou trois premiers concerts du groupe à Angers, où vous êtes tous basés. Pourquoi ?
N : Je trouve que c’est un exercice hyper délicat de jouer dans ta propre ville, où tu connais plein de monde. Tout le monde te scrute, analyse ce que tu fais. Moi personnellement, ça faisait longtemps que je n’avais pas fait de scène, depuis mon départ de VedeTT. Guillaume n’avait pas joué depuis un bon moment aussi… Pour le coup, je trouvais ça important de pouvoir se faire la main devant un public inconnu, de se mettre dans une position de neutralité.

Maxime, c’est toi qui écrit les textes. Il y a une thématique dans cet album, un fil rouge ?
M : Un fil rouge, non… Mais sur ce disque la musique et les paroles sont étroitement liées entre elles. Il y a certains morceaux, « I Fall » notamment, où il y a très peu de texte, mais où les mots font totalement corps avec la musique. Mais il faut bien prendre en compte que c’est un premier album, et je me cherche encore un peu en ce qui concerne le style des textes. Je n’écris pas du tout pareil pour San Carol. San Carol, ce sont des choses beaucoup plus frontales, plus directes. Et ce ne sont pas du tout les mêmes thèmes non plus, ce sont des choses plus universelles, un peu plus politiques aussi sur le prochain album. Avec Big Wool, on est beaucoup plus dans les sentiments, l’introspection. Mais pour être honnête, sur ce premier disque, il n’y a pas forcément que des textes que j’adore… Le texte de Vanishing Point, par exemple, je ne le renie pas du tout, je ne le trouve pas mauvais, mais ça ne me satisfait pas complètement non plus. Je suis beaucoup plus convaincu par les textes des nouveaux morceaux, destinés au prochain disque, et que l’on joue déjà en concert pour certains. Franchement, j’en suis même très fier ! Ils sont beaucoup plus riches, plus étoffés, et j’ai fait en sorte qu’ils soient porteurs de beaucoup plus de sens. Ce que je reproche à beaucoup d’artistes, c’est d’être trop vagues dans leurs textes. On peut aussi appeler ça de l’ambigüité, mais ça ne veut rien dire les ¾ du temps ! Moi, ce que j’essaie de faire dans les nouveaux morceaux, c’est d’écrire des choses que tu peux interpréter directement, avec un vrai sens premier, mais tout en restant aussi un peu ouvert. C’est un exercice du coup assez difficile. Et puis quand j’écris des textes, je pense désormais plus en terme de récit que de chanson pure, même si je continue quand même à me calquer un peu sur la musique.

 

 

Selon vous, quel morceau de l’album pourrait le mieux résumer la musique, l’esprit de Big Wool ?
N
: The Fall. C’est un morceau qui prend vraiment son temps. Et c’est cet esprit là qui me tenait justement à cœur quand j’ai démarré ce projet. Aujourd’hui, tout va trop vite dans tellement de domaines. On veut aller tout de suite à l’essentiel, on ose plus étirer les morceaux et on veut standardiser au maximum pour les formats radio par exemple… Nous on est pas du tout là dedans. On a pas envie de prendre en compte la durée de nos morceaux. Et The Fall, c’est aussi un morceau que j’aime particulièrement jouer sur scène. Il a un côté un peu folk au début, puis on part vers quelque chose de plus « lyrique », avec une envolée plus « rock’n’roll » vers la fin. Je trouve que c’est une bonne synthèse des différents styles que l’on essaie d’intégrer à Big Wool.
M : Je dirais The Fall également, et pour les mêmes raisons ! Et puis c’est vrai que dans Big Wool, il y a quand même une grosse part de folk, même s’il n’y a pas forcément besoin de guitare acoustique pour ça. Ce que l’on fait ce n’est clairement pas du post-rock, même s’il y a quelques morceaux qui s’en rapprochent. En fait c’est un mélange de post-rock et de folk, avec une petite touche pop aussi.
N : pour revenir sur la question de l’étirement des morceaux, moi je suis hyper fan d’un groupe new-yorkais, Calla, qui n’existe plus aujourd’hui mais qui a sorti un album majeur Televised. Il est clairement dans mon Top 5 de tous les temps ! J’adore leurs silences sur scène, assez longs et en même temps très évocateurs. C’est tellement beau !
M : Oui, Calla c’est le groupe que Nico nous a tous fait écouter quand on a commencé à jouer dans Big Wool. Et c’est vrai que notre groupe fonctionne aussi beaucoup sur le partage des influences et des disques que chacun écoute. On n’est pas ensemble pour faire des concerts à tout prix, ni pour faire partie d’une scène musicale. On est avant tout là pour partager. On passe pas mal de temps ensemble à boire du pinard en se faisant écouter des disques les uns les autres. Dernièrement, moi, j’ai fait écouter à Nico Songs Ohia, un groupe plutôt folk. En fait, je trouve que c’est à ça que l’on reconnait un vrai groupe : c’est quand on se créée une identité qui va au-delà de ce que l’on fait musicalement. On a notre propre bibliothèque sonore, qui ne correspond pas toujours à ce que fait Big Wool.

 

 

Je vous au demandé de citer un morceau, et en même temps il est difficile d’en isoler un en particulier sur ce disque. Tous forment un ensemble cohérent, s’imbriquant étroitement les uns avec les autres…
N
: Oui, j’ai l’impression que ce disque t’emmène tout doucement d’un endroit à un autre. C’était presque inconscient de notre part quand on l’a enregistré.
M : On a eu quelques hésitations mais globalement l’ordre d’apparition des morceaux n’a pas été trop compliqué à définir. Le début de l’album joue pas mal sur les tensions, avant de basculer vers des choses plus mélancoliques, puis s’achève sur un truc un peu plus nonchalant, désinvolte. Et moi j’aime bien l’idée de terminer sur ce morceau, Supertrigger, qui clôture aussi d’ailleurs les concerts. C’est sans doute le morceau qui dénote le plus sur le disque, mais du coup il agit comme une ouverture vers le futur, vers autre chose…

 

Facebook BIG WOOL

Soyez le premier à commenter