BREST BREST BREST POUR OBJET DISQUE

Véritable hydre à 3 têtes, Rémy Poncet est à la fois graphiste, éditeur de disques et musicien. Il présente son travail au sein du studio graphique Brest Brest Brest (rien à voir avec la ville) pour son label Objet Disque.

Peux-tu présenter ton label ?

Le label existe depuis le printemps 2014 et vient synthétiser mes deux activités principales : graphiste (en indépendant sous le nom de Brest Brest Brest avec Arnaud Jarsaillon) et musicien (actuellement sous le nom de Chevalrex). L’idée est de développer un travail d’édition autour des disques, dans la lignée de maisons d’éditions littéraires comme les Éditions Cent Pages par exemple, et de construire une identité de label autant visuelle que musicale. C’est le point de départ du projet. De nombreux jalons ont déjà été fixés autour de cette idée dans l’histoire (récente) de la production discographique. À la fin des années 70, il y a eu notamment l’incontournable Peter Saville et ses travaux pour Factory Records, où l’aspect visuel a aussi énormément participé au poids que le label a eu et la force de frappe donnée aux artistes. Aujourd’hui, à part quelques exceptions, la logique d’identité liée aux labels se dissout au profit de l’identité propre à chaque groupe. En terme d’image, les labels tendent à disparaître derrière les artistes, or je crois fondamentalement à l’idée du collectif. Un artiste aura plus de poids individuellement s’il s’inscrit dans une logique collective.

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Comment avez-vous travaillé pour faire des propositions d’artwork à vos groupes ?
Ce qui est intéressant, c’est qu’avec les artistes, on parle plus de musique, de construction des disques, de mixes, d’ordre des morceaux pour un album que d’images… La partie visuelle n’est pas au cœur des débats, mais quand on y arrive, tout se passe pour l’instant assez naturellement. Je suis de près l’évolution des disques, ce qui me permet d’avoir assez rapidement des idées claires sur la direction ou l’idée globale. Les artistes connaissent mes travaux antérieurs et la ligne graphique que défend le label. Tout se passe au final assez simplement et de façon intuitive.

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Est-ce facile de donner à voir la musique ?
Je ne sais pas s’il s’agit de donner à voir la musique, je dirais qu’il s’agit plus de se positionner en échos, de proposer une forme plastique qui complète la forme musicale. Mais tout ça reste de l’ordre de la tentative, de l’intuition. J’aime conceptualiser les choses, les penser, mais à l’origine, tout est histoire de geste et d’impulsion, pas d’analyse. J’essaie de me garder de trop vouloir signifier où de donner à voir. Il m’arrive assez fréquemment d’acheter un disque sur sa pochette, que ce soit une vieille édition d’Elvis qui chante Noël ou une compilation de bizarreries de Radio Centraal (radio anversoise). La satisfaction est déjà totale quand l’objet est réussi. Que la musique suive, c’est un plus mais ça ne gâche en rien la satisfaction initiale de tomber sur un très beau truc. L’idée est de pouvoir satisfaire autant les yeux que les oreilles. Quand les objets sont vraiment réussis, s’y ajoutent le toucher et l’odorat, pour ceux qui aiment l’odeur de l’encre.

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Pourquoi ce choix de vendre vos objets et donner les MP3 ?
Il y a deux directions dans ce choix effectivement, la première est de valoriser de belles éditions à destination de ceux pour qui cela a un sens d’acheter des disques, de les toucher, les voir tourner… (ils sont nombreux encore) et la seconde est de diffuser le plus largement et librement possible, sans contrainte de prix, des musiques auxquelles on croit. À l’échelle de petits labels indépendants, l’économie réelle du digital ne représente vraiment pas grand chose, je préfère qu’on se prive de quelques euros par mois sur les ventes digitales mais que les musiques soient accessibles à tous. Il est d’ailleurs très fréquent que des personnes ayant eu accès à un album complet de façon gratuite en digital se procurent l’album physique et soutiennent, au final, pleinement notre idée autour de l’objet.

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Les artworks dans la musique qui vous influencent ?
Il y a une multitude de choses, je reste très attaché à la culture visuelle autour des fanzines, tout ce qui a pu être lié à un moment donné à la contre-culture, les collages, le travail manuel… mais d’un pur point de vue des disques, ce qui a pu être produit dans les années 50/60 (Capitol/Columbia/Decca/RCA…) a un réel intérêt, l’explosion ‘pop’, la déconstruction des codes classiques avec l’apparition d’une grammaire visuelle nouvelle, de signes nouveaux… On retrouve d’ailleurs le logo des labels sur les pochettes de façon assez systématique. Mais plus récemment, en terme de ligne graphique et de symbiose parfaite avec la musique, les disques que j’aime le plus sont ceux de Broadcast. Globalement le label Warp défend de très belles choses. En France, on a souvent parlé de Lithium, de son catalogue qui a redéfinit un peu les contours de la musique indé, mais on parle assez peu de leur ligne graphique qui m’a très probablement marqué, ayant été ado dans les années 90 et ayant écouté à peu près toutes leurs sorties à l’âge où l’on se constitue son paysage sensible… Je trouve leurs pochettes assez remarquables, à la fois singulières et cohérentes dans leur globalité. Je pense notamment au monolithe de « #3 » de Diabologum ou « Remué » de Dominique A. J’ai dernièrement aussi vraiment adoré la collection All Stars designée par les graphistes Element-s, c’est du très beau recyclage des codes fifties je trouve.

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Votre actualité ?
On vient de sortir coup sur coup deux disques, le premier LP de Rémi Parson et le coffret 4 CD Anthologie Souterraine, compilation des quatre disques parus en 2014 en digital sur le site www.souterraine.biz. La première édition est d’ailleurs épuisée et je suis occupé à faire fabriquer une seconde édition. Je travaille autour du label en collaboration avec Benjamin Caschera et Laurent Bajon de La Souterraine. Sinon, à venir, une réédition en vinyl de Big Yum Yum, projet assez génial de Fabio Viscogliosi. Nous allons aussi sortir son prochain disque solo et puis le nouveau LP de Chevalrex. Il y a encore pas mal d’autres choses en gestation, tout se passera sur notre site.

La site de BREST BREST BREST Le site d’OBJET DISQUE

Aux confins des générations X et Y, j'ai orienté ma formation très tôt vers le journalisme. Pour exercer aujourd'hui le métier de chargé de communication dans le spectacle vivant & les musiques actuelles. En veille permanente, je travaille évidemment avec les outils numériques mais aussi, toujours, avec le bon vieux papier. Avec un intérêt grandissant pour le design et les nouvelles formes de communication sociale & intuitive.

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