BROME – GRAND BOIS

Plutôt que d’arpenter des étiquettes musicales bien bornées et conventionnelles, Brome préfère définir ses contours avec ce qui l’entoure : l’eau, le bois, les champs, les villes et les usines, l’intimité des relations, le bonheur, l’étrangeté des sentiments et la langue française. Voilà qui donne la couleur, celle bigarrée d’un homme qui continue à se chercher, à s’aventurer, à inventer, à mélanger. Celui qui naît dans une contrée viticole, grandit en Afrique, pratique et diffuse intensément la musique en terre nantaise, avance depuis plusieurs années à Berlin (il y a enregistré cet album, à la fois chez lui et au studio de Einstürzende Neubauten), ne se passe pas d’un aller-retour régulier pour Chicago et Louisville (il y a d’ailleurs mixé l’album), s’exhibe au travers de Grand Bois à la fois comme poète, compositeur, reporter et naturaliste. Ce 3è recueil s’apparente à un fabuleux carnet de voyages, celui d’un migrateur quadragénaire qui esquisse un récit très intime, puissant, souvent mystique, aussi touchant qu’enchanteur par ses mots, par ses ambiances variées, à la fois brutes et délicates. Timothée Demoury garde comme garde-fous ses éternelles inspirations rock, qu’elles soient françaises ou américaines, qu’elles soient pop, folk ou post-rock. Couleur dominante du nuancier de Brome, le rock se retrouve constamment dilué, que ce soit via des inspirations africaines, caribéennes ou nord-américaines, (steel drum, percussions, kalimba, marimbaphone, banjo, clarinette, contrebasse, vibraphone…) ou des inspirations nordiques (field recording, claviers…). Les instruments précités en disent long sur l’instrumentarium, aussi étoffé qu’éclatant composé de neuf musiciens dont trois, et ce sont trois femmes, prêtent leurs voix. Au-delà des jolies sonorités de ces sources acoustiques ou électriques, ce sont les ambiances et les mots qui marquent au fer rouge cet album. On pense parfois aux spectres des poètes vibrants que sont Michel Cloup ou Pascal Bouaziz (Le brasier des parcelles, Kin la belle, Taurus makasi), on songe aussi aux spectres plus éthérées et féériques incarnés par Mùm ou encore Mice Parade (Endors mes peurs, Ce soir particulier, Bleu lagon). Entre ces spectres, un grand écart, et Brome se complait dans cet écart, entre noirceur et lumière. Pourvu d’une véritable fragilité et d’une réelle sensibilité vocale, Brome donne encore davantage de relief à cet écart horizontal. À propos d’horizontal, c’est un point d’horizon, un point cardinal qui vient clore l’album. Vers le Sud, l’ultime page du carnet, magnifique ode à la guitare, est subtilement introduite et conclue par des bruits de nature et des chants d’oiseaux. Les regards si saisissants du magnifique cliché de Nicola Lo Calzo illustrant le disque résument parfaitement le contenu. Un hymne à la nature, un hymne à l’homme, un hymne à la vie, des quêtes de quelque chose… Grand Bois nous donne un horizon et de l’élan…

Photo bandeau : Brome – Rosa Merk

Concert privé à Nantes le 14/11

 

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Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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