CABADZI X BLIER : CLAP, CLAP, CLAP

Sorte d’avant-première proposée au festival Premiers Plans d’Angers, dans la salle du Chabada, ce nouveau live Cabadzi X Blier présenté ce 24 janvier était pour le moins attendu. Il faut dire que les mises en appétit des teasers propulsés ces dernières semaines y étaient pour quelque chose. Pas simple toutefois d’adapter sur scène les dialogues du réalisateur de grands moments de la culture cinématographique française : Les Valseuses, Buffet Froid, Tenue de soirée… Mais Cabadzi y parvient, ne faisant ni du Cabadzi, ni du Blier, mais quelque chose d’hybride.

La scène vide donne quelques indices quant à la suite. Quatre toiles ou rideaux formant une sorte de boîte, quatre cloisons mobiles disposées sur scène, enfermant des machines, des éléments de batterie, et deux bonhommes. Ces deux bonhommes, Lulu et Vikto, font Cabadzi. Réduit désormais au duo, le projet que l’on connaît, a pris un sacré virage, un virage à 180°, des tangentes résolument électroniques plutôt lourdes et denses. Si Lulu reste le maître de cérémonie, Vikto s’y colle un peu plus, et si Vikto mène la danse musicale, Lulu s’acoquine de temps à autre avec une MPC. Les rôles sont répartis et échangés, et la mise en scène, la scénographie viennent densifier encore davantage toute la dimension de spectacle.

Profondément noires, lourdes, parfois cliniques, où il est question de violence et d’amour, de société qui va mal, d’hommes et de femmes que tout rattrape, de la Terre en surchauffe, les ambiances que fait naître Cabadzi sont chargées, urgentes, brutes et brutales, regard d’une société dans ses plus tristes retranchements. De ce point de vue, Cabadzi ne fait que continuer à appuyer où ça fait mal, le parti pris depuis ses débuts ne change pas. Le groupe n’est pas vraiment sur scène pour faire rêver, mais plutôt pour dénoncer une époque, un système, une société, une humanité. Les nouveaux versants musicaux très électroniques de la MPC et autres machines, du beatboxing et des percussions font écho à ce que Lulu raconte et scande, avec la poésie et la colère qu’il incarne. Alors, oui, ce spectacle résonne avec les œuvres cinématographiques de Blier, ses ambiances, ses personnages, le lien est bien là.

Au-delà de la dimension musicale et du live des deux artistes, où l’équilibre organique/machines est bien ajusté, on ne pourra que saluer une scénographie soignée, ces toiles qui, dans leurs placements divers, forment des décors différents et évitent à Lulu et Vikto un cadre trop rigide et enfermant, donnent des perspectives visuelles variées. Avec un mapping mettant en exergue un fabuleux travail graphique, tant sur les dessins que sur les typos, le spectacle prend une dimension optique sacrément bluffante.

Si les lumières sont souvent trop colorées et usent des techniques d’automatiques, passant ainsi à côté de contrastes presque filmiques qui pourraient être plus forts encore, ce que l’on voit et que l’on entend demeure résolument esthétique et convaincant à bien des égards. On rentre dans ce spectacle comme dans un livre, comme dans un film, pris de vertiges, sous tension, mais aussi dans un rythme, dans la cadence plutôt dansante de certains titres (cf. Reste, Oui…). Les sensations sont paradoxales, les sens sont sur-sollicités, mais on plonge et une heure durant, on n’a plus pied !

Toutes photos : Cabadzi – Benjamin Reverdy/Tohu Bohu

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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