CAFÉS-CONCERTS #2 : DU SON DANS LA VILLE

Le deuxième volet de notre dossier sur les cafés-concerts est consacré aux nuisances sonores, avec un zoom sur le cas nantais. Si la ville est souvent présentée comme pilote sur les questions de vie nocturne, l’équilibre reste difficile à trouver.

Bandeau – Silent, Room – Les mixtapes de l’apéro au Labo, concerts au casque – © DR

Café du Cinéma à Nantes, 10 février 2015, 21 h 52. Le groupe post-rock allemand Warm Graves joue depuis un petit quart d’heure. Ce ne sera pas plus. Suite à une plainte de voisinage, la police municipale interrompt le concert.

«  Il s’agit d’un dysfonctionnement. Cela ne va pas du tout dans le sens de la politique qu’on défend », plaide Benjamin Mauduit, l’élu nantais délégué à la nuit et à l’émergence culturelle. L’explication ? C’est la police municipale qui est intervenue ce soir-là, au lieu de la brigade nocturne qui est censée gérer ce genre de situations avec plus de souplesse.

La brigade en question, bien connue des responsables de cafés-concerts depuis 2001, s’inscrit dans la volonté de médiation affichée par la Ville, au même titre que la Commission des débits de boisson. Cette dernière s’occupe des plaintes enregistrées et délivre « une prescription graduelle qui permet, dans la grande majorité des cas, de régler le conflit dans l’oeuf, poursuit Benjamin Mauduit. Si cette commission n’existait pas, tout se passerait directement chez le juge. »

Une instance soutenue par Culture Bar-Bars. « La commission a le mérite de travailler en transparence et de permettre aux cafetiers d’être représentés par le biais des organisations professionnelles », appuie Denis Talledec (cf. volet 1 du présent dossier), le directeur du collectif qui fédère 90 lieux à Nantes.

Mais on peut aussi entendre des sons de cloche nettement plus dissonants. C’est le cas du côté du Labo, rue Léon Blum. Après 3 ans de procédures, de multiples passages devant ladite commission et 3 mois de fermeture administrative à minuit, le bar a cessé les concerts en 2012. « Les procès-verbaux de la brigade nocturne ont été rédigés de manière complètement fantaisiste. Mais on ne peut rien contester puisque les agents sont assermentés, dénonce Ludovic Rebeyrol, responsable du lieu. D’autre part, il est anormal que le cafetier ne puisse pas être présent lui-même lors de son passage en commission ». Avant de dénoncer une spécificité nantaise, l’arrêté municipal limitant à 70 décibels la diffusion de musique amplifiée à l’intérieur des cafés. « Pour moi, c’est une variable d’ajustement. La mairie peut fermer n’importe quel bar si elle en a envie. »

Un arrêté qui, appliqué à la lettre, donnerait effectivement au centre-ville nantais des airs de hameau cévenol. Du côté de la Ville, on minimise l’importance de cet arrêté 70 dB (grosso modo le bruit d’un aspirateur). « C’est un indice parmi d’autres, relativise Benjamin Mauduit. Ce n’est pas principalement là-dessus que se jouent les arbitrages. » L’élu en charge de la nuit préfère parler d’« approche chirurgicale. Et plus généralement d’une politique de la vie nocturne axée sur le dialogue entre cafetiers, riverains et pouvoirs publics ».

Un dialogue qui peut encore s’améliorer. Le 23 juin dernier, ce n’est pas un groupe de metal mais une chorale (le Racing Club Chorale), postée devant le Café du Cinéma depuis quelques minutes, qui s’est fait couper le sifflet par la police municipale.

 

warm graves, le groupe qui a dû interrompre son concert au café du cinéma (DR)
Warm Graves © DR

S'intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin à la musique en général. Pop, folk, rock en particulier.

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