CAFÉS-CONCERTS # 4 : DEMANDEZ LE PATRON

Un pied dans la salle de concerts, un autre derrière le bar, gérer un caf’conc est une activité chronophage qui a peu de chances de vous amener à payer l’ISF. Rencontre avec deux patrons du Maine-et-Loire qui ne se voient pas pour autant changer de métier.

Photo bandeau – Chernobill Boogie à L’Arrosoir © RBKA

 

« Je baigne depuis longtemps dans le milieu de la musique. J’ai été animateur de radio, DJ, organisateur de concerts… Mais je voulais avoir un jour mon propre lieu avec une salle. »
C’est chose faite depuis 2013 pour Jean-Yves Kerhornou, qui a ouvert le Joker’s Pub dans le centre-ville d’Angers. Ce Brestois d’origine, ancien cadre chez Saturn, a voulu faire les choses dans les règles. Gros travaux d’isolation, licence d’entrepreneur de spectacles (censément obligatoire à partir de 6 spectacles vivants par an) et déclaration de tous les artistes, que ce soit en cachets ou en contrats de cession (cf. volet#1).
Aujourd’hui, la salle de 125 personnes du Joker’s tourne à une moyenne de « 2 concerts par semaine, avec une identité rock marquée et des entrées allant du prix libre à 10 € maximum » (pour les noms les plus connus, comme Frustration en février dernier). À une époque où certains groupes en sont réduits, avec la pénurie de lieux, à payer pour participer à des tremplins (!), forcément on se bouscule pour venir y jouer. « Mon programmateur reçoit entre 20 et 30 mails de demande par jour. Cela a mis un peu de temps à démarrer, mais maintenant ça n’arrête plus. »

Lieu privé ne bénéficiant pas de subventions, le Joker’s Pub (et son équipe qui peut aller jusqu’à une dizaine de personnes les soirs de concerts) mise sur l’offre de live pour fidéliser sa clientèle. « Le fait de proposer des concerts – avec des conditions d’accueil proches d’une SMAC (Scène Musique ACtuelles), si ce n’est la taille de la salle –  amène les gens à revenir par la suite, même les soirs où il n’y en a pas. », explique Jean-Yves Kerhornou.

 

joker's pub  Frustration © fred lombardFrustration au Joker’s Pub © Fred Lombard

 

A une heure de là, à Cholet, Guillaume Rapin tient les rennes du Bar’Ouf depuis une douzaine d’années. « Une vocation. Je ne voulais pas d’un bar comme les autres. On ne peut pas dire que je gagne super bien ma vie mais je ne m’ennuie pas une seconde dans mon travail. »
En plus d’un service de restauration et d’une place accordée au théâtre d’impro (une activité qui a le vent en poupe), l’établissement a décidé, côté musique, de jouer la  carte de l’éclectisme, à raison d’un concert en moyenne par semaine. « Je fais de tout : jazz, metal, electro, rock, world, hip-hop, chanson… Avec aussi pas mal de scènes ouvertes. »
Comme dans beaucoup de caf’conc, ici on jongle entre production de ses propres concerts et mise à disposition de la salle pour des assos. « Dans ce cas, le lieu est loué tout équipé et les organisateurs récupèrent la billetterie. »

Ancien bar de jour, le Bar’Ouf est lui aussi situé dans une zone d’habitations. Et si ce n’est pas forcément le cas partout (cf. # 2), la cohabitation se passe bien.

« Davantage que le bruit des concerts, c’est la loi sur le tabac qui a posé beaucoup de problèmes aux cafés, avec les gens qui vont fumer dehors. Alors j’ai fait un fumoir à l’intérieur. Ce que tout le monde ne peut certes pas réaliser, en terme de place et de financement. »

Mais au-delà des aménagements techniques, Guillaume Rapin insiste sur le rapport humain qu’il entretient avec les clients de son lieu.

« Si on voit quelqu’un qui déborde en sortant, on va tout de suite lui parler. Mais j’aime la clientèle du caf’conc. Quel que soit le type de musique, ce sont des gens qui viennent voir quelque chose, qui ne sont pas dans une optique de beuverie ou de se mettre sur la gueule. Je pense que le café-concert amène de la bonhomie. Et de la vie dans la ville. »

À une époque où certains groupes en sont réduits, faute de lieux pour jouer, à payer pour participer à des tremplins (!),

S'intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin à la musique en général. Pop, folk, rock en particulier.

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