CAFÉS-CONCERTS#3 : À L’ÉCOLE DU CAF’CONC

Parce que les carrières ne commencent pas (et ne finissent pas forcément non plus) dans les grandes salles, les caf’conc constituent un maillon indispensable pour la diffusion de la musique. Et ce sont les musiciens eux-mêmes qui le disent.

 Photo bandeau – Moustache Museum – © DR

« La cave humide, l’électricité qui saute, le sandwich au jambon alors qu’on avait prévenu qu’il y avait des végétariens… » Quand on demande à Vincent Dupas ses pires souvenirs de caf’conc’, le robinet à anecdotes s’ouvre en grand. Il faut dire qu’avec My Name Is Nobody et Fordamage, ses deux projets respectivement folk et noise (aujourd’hui arrêté pour le second), le Nantais a une certain nombre d’estaminets musicaux au compteur.
« Ah oui, il y a aussi cette date à Tulle où j’ai joué ma musique, qui n’est pas très festive, avec la finale de la Coupe de France sur un écran derrière moi », se marre-t-il. Mais il n’est pas long à rappeler que les petits lieux lui ont aussi offert nombre de ses meilleurs souvenirs de musicien. « Comme le premier concert de Nobody, le 16 avril 2004, au regretté Violon Dingue à Nantes. Un super endroit : tu étais très bien accueilli, tu mangeais bien, tu buvais bien et il y avait une proximité géniale avec les 50 ou 100 personnes devant toi. »

 

MY NAME IS NOBODY Jérôme Sevrette
My Name is Nobody – © Jérôme Sevrette

 

Ce rapport particulier avec le public, c’est également ce qui plaît à Fred et Aurélien, du groupe Moustache Museum. Le sextet existe depuis 5 ans et a fait résonner ses premiers accords d’americana dans les bistrots nantais.
« Le café-concert, c’est un contact privilégié avec le public. Tu le vois dans le blanc des yeux, tu peux échanger avec lui après le concert (voire pendant). La taille du lieu influe beaucoup. Un concert dans un café « rempli » avec  35 personnes sera toujours une plus belle expérience qu’une grande salle qui paraîtra bien vide avec ces mêmes 35 personnes. »
Le caf’conc c’est aussi l’école de la débrouille, l’endroit où l’on apprend les ficelles – ou plutôt les câbles – du métier. Dans la majorité des cafés, il n’y a pas cinq techniciens à disposition. « Il faut souvent être autonome en terme de logistique. Tu t’installes, tu joues, tu te débrouilles », résume Moustache Museum.

Problème : ces lieux si importants sont une espèce menacée. Eddy Bonin travaille au Comptoir Musical, une jeune asso nazairienne de développement d’artistes (production, management, booking…). Et il voit la baisse du nombre de cafés-concerts comme autant  d’opportunités en moins pour ses poulains de se produire en live.
« Sur le département (44), on arrive encore à trouver des lieux sympas pour jouer. Mais en dehors d’ici c’est devenu beaucoup plus dur. Notamment en Vendée où, avant, n’importe quel café des sports ou PMU faisait des concerts tous les week-ends. Et c’était noir de monde ! Bien sûr, tout ça ne va pas dans le bon sens pour les groupes. »
Dans le métier depuis une trentaine d’années, il considère en effet toujours l’exercice comme incontournable.
«  Pour qu’un groupe soit crédible, il faut qu’il aille se mesurer à tous les publics. Celui qui vient pour le voir (les potes, la famille…) mais aussi et surtout celui qui passe par hasard, qui vient juste boire un demi après le boulot. Celui-là n’est pas acquis, il faut aller le chercher, capter son attention. Cela ne marche pas à tous les coups, c’est souvent frustrant, mais ça fait réfléchir, avancer. »

Et puis après tout, quand on enlève le jambon, le sandwich devient végétarien.

 

L.O. Crocodile - Carquefou 22-05-2014
L.O. Crocodile – © DR

S'intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin à la musique en général. Pop, folk, rock en particulier.

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