Camarades des Music Act !!!

Le 11 et 12 mars dernier se réunissait à Montpellier le congrès du Syndicat des Musiques Actuelles. Les 200 adhérents étaient invités à faire le point sur l’activité et à valider la feuille de route. Alors que le SMA fête ses 10 ans cette année, la question est posée : à quoi peut bien servir un Syndicat des Musiques Actuelles ? Focus sur le SMA avec sa déléguée générale Aurélie Hannedouche, qui a travaillé plusieurs années en tant que chargée d’information à la Cartonnerie et au Polca.

 

Un syndicat pourquoi ?

« Le syndicat a été créé à l’initiative de la Fédurok et de la Fédération des Scènes de Jazz, partant du constat qu’après le développement en réseau de lieux ou d’esthétiques artistiques, il était nécessaire d’entrer dans une nouvelle étape de la structuration de la filière, celle de la représentation et de la négociation avec les partenaires publics et professionnels ». En France seules les organisations syndicales ont capacité à siéger dans les instances paritaires (négociations des conventions collectives), ou dans des instances professionnelles comme au Centre National des Variétés, ou à l’Afdas, CPNEF-SV, Coreps, pour la formation professionnelle. « Aussi faute de pouvoir se retrouver dans les organisations existantes (Syndéac, Prodiss…), il devenait indispensable de créer un syndicat de filière pour défendre les spécificités et les valeurs dont se revendiquent les acteurs des musiques actuelles ». En terme de valeur, le SMA défend un modèle de développement, intermédiaire entre des structures relevant du « public administré », du « privé lucratif» et de l’ « associatif amateur ». Aussi l’organisation revendique un positionnement qui ne se limite pas à la production, à la diffusion d’œuvres et à leur consommation, mais affirme une éthique sociétale et humaniste, notamment dans le champ de l’Economie Sociale et Solidaire :

  • L’implication des populations dans la conception et la conduite des activités
  • Le soutien et le développement des pratiques amateurs
  • L’aide à l’émergence et à la professionnalisation
  • Le soutien à l’innovation et à la diversité
  • Le travail de découverte et de défrichage
  • Le soutien aux initiatives locales
  • L’action culturelle

 C’est dans ce sens que le syndicat d’employeurs compte parmi ses adhérents des acteurs très différents : des lieux de diffusion, des centres de formation, des labels, des radios associatives, des festivals, des réseaux territoriaux…

En résumé il s’agit de porter les revendications professionnelles, mais d’inscrire la réflexion, les positionnements et les actions dans des valeurs politiques, au service d’une structuration globale de la filière.

 

Un syndicat ça fait quoi ?

Siéger dans des instances paritaires c’est porter une parole collective, c’est prendre part aux débats nationaux, européens comme celui de l’intermittence, de la rémunération équitable et la taxe sur les fournisseurs d’accès à Internet… C’est aussi participer aux négociations des conventions collectives (CCNEAC et CCN SVP). « Au SMA ce sont plus de la moitié des membres du syndicat qui siègent aux négociations et représentations professionnelles sur les différentes instances nationales mais aussi régionales. L’instance de pilotage, le Conseil National compte 40 membres qui représentent les métiers de la filière ou les territoires. Avoir autant d’adhérents impliqués est exceptionnel pour une organisation nationale, mais ça nous correspond bien : cette notion de démocratie ascendante est importante pour nous ».

S’il faut présenter trois actions symboliques, Aurélie Hannedouche cite :

  • la négociation sur les conventions collectives qui a porté sur des salaires minima adaptés au champ des musiques actuelles. Un accord a donc été signé, il y a déjà quelques années maintenant, avec les organisations syndicales des salariés (CGT, FO, CFDT…) sur des rémunérations dérogatoires (100€ bruts au lieu de 140€ bruts pour le cas général) pour les groupes de premières parties, pour les plateaux découvertes, pour les salles de moins de 300 places. Les partenaires professionnels ont bien compris l’intérêt d’un accord commun qui permet des avancées tant pour les artistes que pour les lieux de diffusion musiques actuelles sachant qu’une très grande majorité des lieux sont dans une économie précaire. L’objectif serait d’étendre ou d’adapter cette négociation à l’édition phonographique.
  • la présence dans les concertations notamment sur le régime de l’intermittence. Le SMA a eu une démarche en direction des parlementaires pour que toute décision repose sur une analyse de la réalité. C’est dans ce sens que le SMA s’est fortement impliqué avec des propositions dans les missions portées par le parlementaire Jean-Patrick Gille. De même le syndicat participe aux discussions relatives à l’élaboration de la loi sur la création artistique.
  • La mobilisation auprès de « 11 bouge » qui gérait le lieu « le Chapeau Rouge » à Carcassonne, présente bien l’activité du syndicat. L’association « 11 bouge », suite aux dernières élections municipales, se trouve en très grande difficulté. En effet, le Maire de Carcassonne a baissé de façon drastique sa subvention (-70%) et dénoncé la convention d’occupation des locaux. Les conséquences sont désastreuses : licenciement, l’association n’a plus de lieu, incapacité à poursuivre ses activités… Constatant une rupture abusive tant de la convention d’objectifs et de moyens (qui par ailleurs est signée par d’autres collectivités) mais également sur la convention d’occupation des lieux, le SMA a décidé d’être au coté de son adhérent en portant plainte contre la procédure engagée par le Maire, « cette décision a été prise à l’unanimité par le Conseil National, c’était évident de soutenir un adhérent et plus globalement la place des musiques actuelles sur tous les territoires, cette décision montre l’importance d’une démarche collective ».

 En résumé, un syndicat prend des positions collectives pour peser sur les lois, les cadres juridiques et sociaux, pour défendre les droits, pour soutenir collectivement ses adhérents…

 

Quels enjeux pour le SMA dans les mois et années à venir ?

Dans une période particulièrement difficile sur le plan économique, mais aussi face aux tensions observées sur les différents territoires, on ne peut que constater la précarité des musiques actuelles. Aussi, le message est clair : le syndicat doit élargir sa représentativité, pour mieux peser dans les décisions, pour faire avancer d’autres idées et d’autres formes de développement des projets et des structures. Si le syndicat compte en moyenne quelques 25 nouveaux adhérents chaque année, le nombre de structures dans les musiques actuelles est très important au niveau national. Les adhérents du SMA sont repartis de Montpellier avec l’objectif d’être plus nombreux au prochain congrès, d’avoir une meilleure représentation (diversité) d’acteurs de la filière. C’est dans ce sens que sont organisées des rencontres professionnelles au Printemps de Bourges le lundi 27 avril à 15H30 sous la forme d’une table ronde sur « le rôle des producteurs et développeurs d’artistes dans la filière ».

En termes d’objectifs opérationnels, les priorités sont multiples, pour le SMA, la réforme de la formation professionnelle suscite des inquiétudes quant à sa mise en œuvre, de même, il est urgent de repenser l’économie de la musique et notamment face aux revenus générés par le net. Le syndicat s’est ouvertement positionné pour une taxation de la bande passante. Les politiques publiques doivent se saisir sérieusement de la question et des solutions pratiques doivent être posées. Si la question est technique et complexe, elle est aujourd’hui vitale pour la filière, et Aurélie de rappeler au passage, que l‘aide du ministère de la culture pour la seule Philarmonie de Paris est de 9,8 M€, alors qu’elle est de 9 M€ pour l’ensemble de la politique musiques actuelles sur tout le territoire…

 

En résumé, rejoignez le SMA !

 

SMA10ans

 

Table ronde du SMA : le 27 avril 2015 au Printemps de Bourges

15h30 / 17h30 – Salle Mozart
Auditorium 1er étage – 34 rue Henri Sellier – 18000 Bourges

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