CHERCHER LA TERRA INCOGNITA

Terra Incognita serait à Carelles ce que la Route du Rock est à Saint-Malo. Petite bourgade de Mayenne qui reçoit mélomanes et curieux de musique l’avant dernier week-end d’août, Carelles vibrera cette année durant deux jours. Autant profiter de ce qui est mis en oeuvre plus longtemps et se faire plaisir artistiquement comme le souligne Steven Jourdan, programmateur. Rencontre avec ce même Steven qui porte avec d’autres un festival défricheur mettant en avant une scène indépendante, émergente et locale, avec beaucoup d’énergie et de passion.

 

Qui est cette bande de copains qui porte le festival Terra Incognita ?
Le festival est initialement porté par plusieurs « bandes », des plus jeunes et des moins jeunes, c’est mieux que de dire des plus vieux. Tous sont habitués de l’espace dans lequel le festival se déroule, un corps de ferme, au sein duquel nous organisions des soirées.  L’idée a germé, puis fait son petit bonhomme de chemin jusqu’à ce que chacun se trouve un rôle, de la programmation à la décoration en passant par le bar et la restauration, tout y passe. Nous avons alors pu lancer une première édition.  Depuis cinq ans, nous avons un renouvellement constant de nos bandes de potes, des nouveaux qui découvrent, arrivés par le biais d’anciens bénévoles : une très bonne chose pour faire évoluer le projet, lui redonner un coup de fouet à chaque édition.

Vous avez une soixantaine de bénévoles de 12 à 60 ans en plus de l’équipe du festival, qui sont ces gens ? Est-ce toujours aisé de trouver des bénévoles ?
Les bénévoles que nous accueillons proviennent de différents milieux, la grande majorité sont des environs et souhaitent être moteurs d’un projet qui fédère, fait bouger le territoire et lui donne une nouvelle image. D’autres viennent d’un peu plus loin, ont été investis par bouche à oreille, par la passion de la musique et l’attrait de la programmation.  Nous avons actuellement la chance d’attirer de nouveaux bénévoles, qui sont venus une ou plusieurs fois en spectateurs, et souhaitent maintenant donner un coup de main afin de faire vivre ce projet. Notre principal objectif est actuellement de s’ouvrir au maximum, de permettre différents espaces d’expressions afin que chacun puisse y prendre des responsabilités et y trouver son compte, comme le village, né de l’initiative de bénévoles pour cette cinquième édition. Le challenge est maintenant de conserver une ligne qui relie tout ce beau monde dans un projet transversal et unique.

Passer le festival sur deux soirs, pourquoi ?
Plusieurs raisons, la première est liée à la précédente question, le souhait des bénévoles d’en découdre plus longtemps et de pouvoir en profiter. La soirée habituelle passait trop rapidement, les énergies étaient concentrées sur l’appréhension sans avoir le temps de profiter de la présence des spectateurs dans ce magnifique lieu que nous avions passé une année à préparer. La seconde c’est que nous avions pas mal d’envie de programmation, autant sur scène que sur de nouveaux espaces, l’ouverture d’une nouvelle soirée permettait de programmer plus de groupes, mais aussi de bénéficier d’un après-midi entier avec la présence d’un public présent depuis la veille.

La programmation émergente et locale suffit-elle à faire venir du public ? Si oui, pourquoi ?
Question délicate, je dirais oui et non (bon ok je ne m’arrête pas là).  Notre objectif a toujours été de conserver notre identité, de programmer nos coups de cœur et d’élargir les propositions qui existent sur le territoire depuis plusieurs années. Nous sommes conscients que la présence de « têtes d’affiches » est un critère pour de nombreux festivaliers afin de se déplacer sur un évènement, mais nous avons voulu refuser cette logique qui nous aurait emmené sur des chemins déjà suffisamment balisés pour ne pas s’y engouffrer. Au fur et à mesure des éditions, notre public grandit, se forme, s’habitue à ne connaitre qu’un tout petit bout, si ce n’est presque rien, de la programmation. Nous formons des curieux, des découvreurs aventureux. Nous peaufinons au maximum l’ambiance sur le site, qu’il s’agisse de l’évolution de la soirée en matière de propositions artistiques ou de la décoration : tout est bon pour permettre à chacun de s’y retrouver et d’être dans un état propice à la découverte.  Donc pour plein de raisons oui, la programmation suffit à faire venir du public mais il reste encore de nombreuses personnes à accrocher, à débrancher de la radio pour venir découvrir des artistes en live parce que c’est ça qui compte.

 

 

01_elie_voisin© Elie Voisin

Vous restez plutôt axé rock et électro par goût ? Vous pourriez programmer du hip hop ou de la chanson ?
Dans un premier temps oui c’est par goût. Nous ne nous sommes jamais interdits de programmer autre chose, un coup de cœur pour un groupe de hip hop et pourquoi pas oui, aussi pour de la chanson. Après, il faut que nous conservions cette ligne dans la soirée qui permette à tout le monde de rester à bord, de ne pas trop décrocher, donc il faudra que l’ensemble reste cohérent. Mais nous avons des pistes pour les prochaines années qui vont possiblement en surprendre plus d’un.

À part Fùgù Mango, ce sont des groupes uniquement français. C’est un choix ? Une question financière ?
Non pas nécessairement un choix conscient, financièrement c’est vrai qu’un groupe étranger coûte souvent plus cher, sauf lorsqu’il est sur une tournée française, ce qui explique pourquoi nous ne le faisons pas, vous pourrez le voir ailleurs…. Et faire venir un artiste étranger pour un one-shot, nous avons déjà tenté de négocier, c’est hors budget pour le moment (mais on ne désespère pas).

Il semblerait que vous n’ayez aucun financeur, comment financez-vous les impondérables d’un festival (technique, cachets…) ?
Si si nous avons des financeurs : la Ville, la communauté de communes et la Région nous soutiennent depuis quatre ans maintenant, en espérant que ça dure, voir que le Conseil Général raccroche le wagon même ! À côté des institutions, nous profitons aussi du mécénat qui nous permet de proposer un tarif très abordable, et surtout nous permet d’associer des entrepreneurs locaux sur l’évènement. Nos mécènes sont certainement les meilleurs ambassadeurs du festival. Les financements hors entrée ne représentent au final que 25% de notre budget, ce qui est faible et nous met en danger à chaque édition. Une année pluvieuse et c’en est fini pour nous ! Mais on ne s’en plaint pas, presque tous les évènements extérieurs ont les mêmes problématiques. Espérons que l’on puisse se maintenir confortablement et permettre un renouveau régulier de nos propositions.

Où serait située votre Terra Incognita sur le globe ?
Nul part !! Un peu comme pour l’Atlantide, on la cherche encore !

 

affiche_festival

Site TERRA INCOGNITA

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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