CHERRY PLUM : L’AMÉRIQUE !

Quiconque écoute « How strange is a man » ne sort pas complètement indemne des cinq petites minutes de cette chanson, et surtout se retrouve estomaqué par sa puissance mélodique… Bon sang mais quels Américains se cachent derrière cette sacrée belle chanson ? Cherry Plum ! Il ne faudra pas traverser l’Atlantique pour les trouver, mais plutôt longer la Loire et s’arrêter à Angers City. Groupe créé voilà quatre ans, et passé assez inaperçu, Cherry Plum publie un second disque ce 1er mars avec des pépites marquées par la culture du sud Ouest des Etats-Unis. Rencontre avec Seb et Sam, la colonne de Cherry Plum.

Toutes photos Cherry Plum © DR

Qui êtes-vous, d’où venez-vous, que faites-vous ?
Derrière le nom Cherry Plum se cachent cinq personnes dont nous sommes les deux piliers. Tous deux musiciens angevins, on s’est rencontré au fil des scènes avec nos groupes précédents. Je m’appelle Seb, suis  chanteur, auteur et guitariste de folk, et j’ai proposé à Sam en 2012 de monter un projet folk autour de quelques compositions. Sam tient la guitare électrique, la trentaine, grand, blond, tchatcheur. Il rentre très vite dans la composition et propose trois autres musiciens pour étoffer les arrangements. « Titou » David, batteur, frimeur, chineur. Pierrot Pleyber, bassiste, ronchon, au physique de bucheron canadien. Xav Pourcher, claviériste, multi-instrumentiste, « philosophiste » du groupe. Ce qu’on fait… De la musique avant tout. On part toujours d’une base de « folk song » qu’on détourne ensuite ou qu’on approfondit pour aller vers un résultat qui nous plaît. On amène alors d’autres influences plus pop, post-rock ou même caribéennes, latines. Les textes eux, sont souvent très personnels. Ils partent beaucoup du vécu, du senti. Ce sont aussi des histoires, d’amour souvent, il faut le dire… Déchues, sombres souvent, il faut le dire aussi. Mais la musique vient nuancer, ajouter un peu de lumière autour, de paix. De manière générale, on aime que ça prenne aux tripes. Que ça suinte un peu mais que ça reste classe. Le live rassemble un peu tout ça d’ailleurs.

Vous jouez un peu en duo ?
Cherry Plum ne se contente que rarement de ce format duo. La musique est écrite pour 5 musiciens. C’est ainsi qu’elle prend toute sa dimension. Mais les formules restreintes, duo, trio, offrent toujours une vision complémentaire, épurée, plus intimiste aussi, ce qui est toujours intéressant à vivre. Ces formules nous permettent aussi de nous adapter aux jauges, aux ambiances de soirée et ça c’est un vrai plus. Là où le duo est le plus pratique, c’est pour la com, la promo… Cinq derrière des micros… C’est vite le bordel ! Alors, on (Seb et Sam) assure la plupart du temps ce rôle.

Angers compte assez peu de groupe folk. Vous lancez une nouvelle scène angevine ?
Ah ah, oui, c’est vrai que ça se bouscule pas trop au portillon de la folk à Angers. On a commencé la scène avec My Sweet October qui sont de vrais défenseurs du style. Pour autant, je crois pas qu’on ait réfléchi les choses en ce sens. On fait la musique qu’on aime faire, qui nous ressemble le plus. D’ailleurs, on est assez porté par la scène locale malgré les différences de genres. Angers est très prolifique pour le rock, la pop et bien d’autres sons, et on se nourrit de toutes ces influences aussi. Il fait d’ailleurs bon être musicien sur Angers en ce moment car l’ambiance est vraiment chaleureuse, il y a un vrai soutien entre groupe et on est toujours super heureux de se retrouver. Chacun respecte la musique de l’autre et voit le talent avant le style.

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D’ailleurs quels seraient vos mentors angevins ?

Des groupes comme Lo’Jo ou Zenzile font partie de ceux qui nous ont donné et nous donnent encore envie de faire de la musique, autant par leur longévité que par leur aura. Ils ont bercé nos débuts en temps que musiciens et sont aussi de forts appels aux voyages ! Ils ont aussi ouvert nos oreilles aux différentes cultures qui se croisent ici. On a jamais vraiment écouter les Thugs malgré leur influence ici. Christophe Bell Oeil reste un exemple de stature et de charisme sur scène et assister à ça, ça laisse des traces aussi. Pour nous, les groupes qui nourrissent la scène locale aujourd’hui sont autant de boost que ceux qui ont marqué l’histoire de la musique ligérienne. Prendre une claque devant Sheraf (on devrait plutôt parler d’un pain), VedeTT ou San Carol est un vrai moteur pour nous. Enfin, des groupes comme Titi Zaro et Grise Cornac font partie de la « famille », on a commencé et avancé ensemble. On s’est serré les coudes dans les moments difficiles et c’est bon de voir que chacun gagne du terrain aujourd’hui, contribue à sa façon à cette diversité qui est une force.

Ce 2è ep présente 6 titres très arrangés, très emprunts de l’Arizona, vous avez séjourné aux US, quelle inspiration vous donne l’Amérique ?
En premier lieu, l’Amérique nous a donné l’inspiration qu’elle a donnée à beaucoup de gamins. Par les films, la musique, son histoire, elle est un pan entier de notre culture, quoiqu’on en dise. Le blues, les songwriters, le jazz nous ont bercé depuis notre enfance. Nous nous sentons des petits enfants de Woodstock, des Doors, des Janis Joplin, des Jeff Buckley et de tant d’autres artistes incroyables ! Comment, quand on choisit de faire de la musique, mettre de côté cet héritage. Pour nous, c’était tout simplement impossible. C’est de là qu’on voulait partir. Ce qui ne nous a jamais empêché de piocher dans des influences plus proches. En deuxième lieu, cet EP a été écrit et enregistré bien avant le voyage aux States mais cette traversée en bagnole du sud ouest américain, a trouvé son écho dans ces 6 titres. Depuis, ces paysages désertiques nous hantent et nous habitent chaque fois que l’on joue.

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Avez-vous eu connaissance de cette musique folk/blues américaine via vos parents ou l’avez-vous découverts par vous même ? Si vous même par quels artistes américains, et dans les deux cas qu’est ce que représente cette musique ?
Le père de Sam (qui est anglais) est un grand fan de poésie américaine et de Dylan. Nos parents à chacun avaient dans leurs discothèques les vinyles des Doors, de Leonard Cohen. On a donc tous baigné dedans par eux. Pour autant, on a approfondi par nous même cette culture embryonnaire en fouinant petit à petit dans d’autres bacs. D’autres références plus actuelles sont venues nous nourrir depuis, dont pas mal de Canadiens d’ailleurs. Patrick Watson, Timber Timbre ou même les Fleet Foxes, sont venus rejoindre nos propres collections et nous redonner l’envie de folk. De toute façon, cette musique est une vraie base, un terreau sans fin sur lequel s’appuyer pour écrire et composer. On s’en est toujours senti proche et on aime lui coller nos autres influences, plus européennes, la faire dériver, l’emmener ailleurs, dans notre Far West à nous. Le son même d’une guitare sèche grattée dans un coin nous y transporte tout de suite, encore et encore. Et c’est très bien comme ça !

Calexico ou Tindersticks ? Timber Timbre ou Lambchop ? Lee Hazlewood ou Johnny Cash ?
Calexico ! C’est justement un groupe qui mixe très bien la folk U.S. avec d’autres influences. Timber Timbre, on est bien fan, soyons honnête ! C’est vraiment la grande classe ce groupe… Et enfin, Johnny Cash, pour la chemise noire ! Non, sa voix met les poils à chaque fois et puis c’est vraiment un son qui marche toujours. Et le côté un peu sombre du bonhomme nous correspond plutôt bien.

Site CHERRY PLUM

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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