CHEVAL BIJOU : AME DE BOHéMIENS

Yves Marie, Nathalie, Cheval Bijou. Alors qu’ils viennent de sortir un 2è disque autoproduit, Cheval Bijou vient présenter son répertoire ce vendredi 2 octobre, au Bateau Lavoir à Nantes. Habités par un héritage tzigane, le duo vit et joue une musique mélancolique et festive, terriblement sensible qu’il qualifie de « chanson de bohémiens ». Rencontre avec ce couple lui aussi sensible et très sincère.

Toutes photos Cheval Bijou © DR

Yves-Marie, comment arrives-tu à ce projet  et aux musiques manouches ?
N : Ces musiques et cette culture ont toujours été très présentes en moi. Une chanson du répertoire actuel comme « La valse tzigane » a été écrite en 1995. Et puis le trio Lou Jimm était fortement inspiré par l’hispano-tzigane, j’ai réarrangé quelques chansons de ce répertoire là. J’avais ensuite fait un détour « rock » pour revenir à ce qu’on appelle de la chanson de bohémiens. C’est bien comme cela qu’on se définit.

Qu’est ce qui te plaît dans ces musiques ?
N : Ce n’est pas tant la musique que le mode de vie. J’ai vécu longtemps en caravane, je l’ai toujours, on y a vécu pendant nos travaux de maison, et puis l’été on part avec pour jouer, notamment dans le Golfe du Morbihan. Ce folklore m’a toujours attiré, l’idée du voyage. Et puis avec l’âge, on évolue vers des musiques avec lesquelles on est plus en phase. Et puis mes instruments de prédilection, le violon et la guitare, sont inhérents à ces musiques. Avec Nathalie, on forme un duo, un mini-orchestre, j’ai aussi une grosse caisse au pied. Et puis Nathalie chante et fait du tambourin.

 

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Au delà de la musique, vous gérez tout ?
YM : Oui, on fait tout de A à Z. On cherche nos dates nous-mêmes, on joue beaucoup en milieu rural, on s’est installé en lisière de la Forêt du Gâvre, et on s’est aperçu qu’il y avait un vivier associatif incroyable sur ce territoire. On aime jouer dans ces cadres-là. On a acheté un cheval, si on peut faire des tournées avec le cheval et la roulotte, ce sera super.

Et ce répertoire tzigane ?
YM : Ce n’est pas du tzigane, c’est une influence de notre musique, on ne prétend pas jouer de la vraie musique tzigane. Cette influence majeure nous a permis de créer notre style qu’on appelle « chanson de bohémiens », c’est-à-dire que c’est axé beaucoup sur le chant avec un fond swing.

Vous avez des mentors dans les musiques tziganes ?
YM : Je citerai un chanteur russe tzigane très connu dans les années 50 sur Paris qui s’appelle Aliocha Dimitrievitch, c’est une référence pour moi au niveau du chant. C’est aussi ce qu’on aime dans ces musiques, ce sont des musiques chantées. On se sent inspirés par les chansons de Dimitrievitch.

Vous avez appris le russe ou des dialectes ?
YM : Non du tout. On a beaucoup écouté les disques, repéré des mots. On fait aussi quelques reprises en russe.

 

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Nathalie, comment tu arrives dans ce projet qui est aussi un projet de couple ?
N : Et bien, ça fait 11 ans qu’on est mariés. Très vite après notre rencontre, on chantait ensemble. J’ai toujours écouté beaucoup de musiques, celles de mes sœurs via leurs 33 tours ou 45 tours, des chanteurs et chanteuses des années 70 des pays de l’Est comme Rika Zaraï, Dalida.
YM : Dans les années 70, la variété française est fortement inspirée par les pays de l’Est avec Aznavour, Bécaud, Dalida. On a vraiment ce goût commun de la voix, la voix en 1er, les instrumentations après.

Vous rencontrez des gens de ces cultures lors de concert ?
YM : Oui, ils viennent nous voir à la fin des concerts. On joue une chanson qui s’appelle « A peau d’chameau », ce qui veut dire « Allez, mon gars », ils la connaissent tous, elle décrit leur quotidien de vente de paniers entre autres. C’est le type de chanson qui part tout de suite, qui est très rythmée.

C’est ce qui vous plaît aussi dans ces musiques ?
YM : Oui, le côté mélancolique, et les envolées qui suivent. Les gens sont vite entraînés là-dedans. Le grand public est réceptif à ce style de musique qui représente nos racines européennes. Un jour, des Allemands dans le public nous ont dit que ça faisait partie de leur culture, que c’était aussi leur musique. J’aime bien cette idée. Ca touche des gens très différents. Pour preuve, une fois des petites manouches sont venues voir Nathalie pour lui dire qu’elle « kiffaient » ses sabots. On joue deux jours plus tard dans un hôtel cinq étoiles, un type est venu nous dire que sa femme avait trouvé les sabots de Nathalie très élégants. C’est drôle.
N : On oublie qui on est le temps du concert parce que c’est de la musique qui amène aux sentiments, au cœur. On a croisé beaucoup de public de touristes qui nous exprimait une certaine envie de liberté qu’on leur donnait à voir. La roulotte, le voyage, tout ça évoquait chez eux une certaine liberté à laquelle ils n’ont plus accès car enfermés dans des boulots, à la ville. On vit de beaux moments avec les gens. La liberté ! Comme le magnifique film de Tony Gatlif !

Le projet de la roulotte c’est de tourner sur un périmètre assez restreint ?
YM : Oui, on va voir comment la jument va se comporter avec du public. Si tout va bien, on fera ça au printemps dans notre campagne où y a plein de fêtes.

 

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Pour en revenir au disque, comment l’avez-vous enregistré ?
YM : On a rencontré un musicien qui jouait dans un groupe très connu en Bretagne, les Beatles bretons, entre 1986 et 1998 Ar Re Yaouank, David Pasquet. Il a un studio, on a sympathisé, il a enregistré le disque.
N : Sa culture bretonne nous a parlé. On s’est servi de ses remarques, et on s’est aperçu que le tzigane et le breton ont des points communs, une approche de l’acoustique intéressante.

Pour mettre tout cela dans le contexte actuel des migrants, faire cette musique a une résonnance pour vous ? Vous y mettez un engagement politique ?
YM : C’est difficile. Pour nous, la résonance n’est pas toujours positive. Certaines portes se sont fermées pour nous, pas tant le public que des organisateurs. Certains établissements nous ont demandé d’enlever le tapis qu’on avait sur la scène, on se prépare à l’idée qu’on demandera à Nathalie de retirer son châle et ses boucles d’oreille. On ressent comme un rejet. Mais d’autres portes s’ouvrent aussi, beaucoup de structures associatives, des bars comme le Ty Anna à Rennes où on joue le 3è vendredi de chaque mois. Là c’est un public atypique, des jeunes qui n’ont pas cette culture mais ils sont interloqués, ils nous demandent qui on est, ils ne connaissent pas cette musique-là, mais ils sentent qu’on raconte une histoire que l’on vit. J’ai toujours conçu la musique comme ça, il faut que je vive ce que je chante. Si je parle de musique, je dois vivre en roulotte.
N : Il mange roulotte (rires). Toujours le feu de bois, le barbecue même en hiver.
YM : Dans les années 80, quand je jouais dans Zoopsie, je voyais des caravanes sur la route, je me demandais ce que c’était, ça me fascinait. Je me disais : « un jour j’aurai une caravane ».
N : Moi qui n’ai pas connu cette période, j’ai écouté les disques, j’ai vite entendu qu’il était souvent question de feu, de camp, de voyage dans ses textes. Je crois qu’on est très imprégné de cette culture, à tel point que les gens nous demandent d’où on vient, Roumanie ou ailleurs. On leur dit qu’on est d’ici, ils ne veulent pas nous croire.
YM : C’est même arrivé que des gens du voyage, voyant Nathalie, disent « hey, viens voir, on dirait la cousine de Lorient ». Elle est typée Nathalie, les gens pensent qu’elle est manouche. On est fiers de ça, mais on est clair aussi, on leur dit bien qu’on n’est pas manouche. Pour en revenir à l’engagement on est plus dans le rêve bohémien que dans le soutien, c’est trop compliqué. On ne veut pas voir le tableau noir, et puis c’est compliqué, ce sont des gens nomades qui ne peuvent pas se sédentariser.

 

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Quel regard tu portes sur la musique indépendamment du groupe ?
YM : Je suis clairement à la ramasse sur la scène nantaise actuelle, sauf via mon fils qui joue de la musique en amateur et qui écoute beaucoup de rock. Il m’a fait écouter des trucs. Mais en fait, moi la musique, je la considère comme faisant partie intégrante de la vie, on en joue en fête de famille, on en écoute entre amis, on en joue avec des copains, c’est assez spontané. Je suis encore plus comme ça qu’à une époque. J’ai une approche sans doute plus directe et simple. En vieillissant, on part sur d’autres projets qui nous emmènent ailleurs puis ailleurs, je suis décalé avec le rock, et jouer maintenant la musique que je joue est complètement naturel.

Le projet des mois à venir ?
YM : On va faire un clip avec la roulotte et le cheval qui nous servira de vitrine plus qu’une page Facebook, et la tournée du printemps avec cette roulotte et le cheval.

Faire de la musique en couple, c’est facile ?
N : Pour moi, extrêmement facile. Même si au début j’étais plus en retrait, je pense avoir trouvé ma place, j’ai une plus grande place, je participe à l’écriture des textes ou des musiques par bribes.
YM : Pour moi, ça a été plus difficile, dans la mesure où j’ai toujours travaillé avec des musiciens professionnels. Avec Nathalie, j’ai dû inventer un nouveau langage, des codes pour qu’on se comprenne. Mais on a toujours eu en ligne de mire le projet à long terme, donc beaucoup de motivation. Et puis, notre premier concert a été super bien reçu. Les retours ont été très positifs. Ca donne du baume au cœur !

 

En concert vendredi 2 octobre, au Bateau Lavoir (Nantes) à 19h30, entrée gratuite.

Disque disponible sur les concerts et à la demande par mail : chevalbijoumusique@gmail.com

 

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Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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