COCOROO, ACCORD DE VOIX

C’est en 2014 via la Bouche d’Air pour une carte blanche, l’actuelle soirée « Chansons Primeurs » que Simon Nwambeben et Marie Normand se rencontrent avec 6 autres artistes dont Ignatus, le « meneur » du projet. Pendant deux jours et demi, les huit artistes écriront 12 chansons et les joueront le 3è jour à la salle Paul Fort. Marie et Simon constatent très vite que leurs voix s’entendent parfaitement au point de faire naître une nouvelle création… Entrevue avec ces deux complices autour du nouveau projet jeune public Cocoroo, le jour se lève, qui sera présenté ce samedi 21 octobre à La Soufflerie de Rezé à 16h30.

Visuel bandeau : Cocoroo, le jour se lève – DR

 

 

C’est la rencontre de vos voix qui vous mènent à cette collaboration ?
Marie : Oui, on s’est rendu compte que nos voix s’accordaient, vraiment. Je suis beaucoup dans les basses, Simon beaucoup dans les aigus, c’est assez original. On a une gymnastique vocale qui fonctionne bien, j’écris les textes, Simon écrit les musiques, ça fonctionne à merveille. Mais c’est Simon qui a m’a proposé de monter un projet jeune public, alors que je n’ai jamais créé un projet autour du jeune public.

En dehors des voix et d’une sympathie mutuelle que vous avez l’un pour l’autre, qu’est ce qui fait que ça fonctionne ?
Simon : nous sommes complémentaires, l’une écrit, l’autre compose, l’une est à l’aise dans la parole, l’autre moins, l’équilibre est là.
Marie : ce qui nous rassemble, ce sont nos différences, dans la vie comme sur la scène. Si différents que parfois, on ne se comprend pas, mais ce n’est pas un problème, ça amène des distorsions possibles et cela nous rend très à l’écoute de l’autre pour éviter les malentendus. On ne réagit pas de la même façon, on n’a pas les mêmes référents mais on a les mêmes valeurs, ce qui est le minimum. On n’a pas les mêmes façons d’être, je suis plutôt expansive, Simon est sur la réserve, j’ai la trouille, lui pas. On se complète.

 



Marie Normand – DR

 

Vous avez dû adapter des choses que vous faites pour un public adulte ?
Simon : non pas du tout. La démarche est la même.
Marie : nous avions cette idée du « lever », nous sommes partis dans beaucoup de directions pour arriver à quelque chose d’épuré. Je recherche toujours, dans tout ce que je mène, le sens et la simplicité, avec une forme très travaillée, c’est mon crédo. Nous avons travaillé avec Hervé Peyrard du groupe Chtriky sur la mise en scène, car à tous les deux, on avait peur de s’étouffer. On voulait une dimension imaginaire, de fantaisie, de décalage, de drôlerie.

Vous avez écrit le spectacle de quelle manière ?
Simon : on a écrit les textes et la musique en même temps, ici à la Soufflerie pratiquement en une semaine. Après, on a retravaillé à nouveau ici avec Hervé la mise en scène, en décidant qu’il n’y aurait pas de décor, que ce serait un format concert « frontal », quelque chose de simple.
Marie : on arrive à ça quand on a de la bouteille. On a suffisamment pris de distance avec ce que l’on fait pour se permettre de faire et de ne pas se juger et juger en train de faire. Ca rend les choses plus faciles. Après, on fait le tri, on garde, on jette, mais on ne se prend pas trop la tête quand on fait.

 


Simon Nwambeben – Ronan de Mary de Longueville

 

Comment vivez-vous l’échange avec les enfants ?
Simon : très bien, les enfants réagissent à leur manière, mais on perçoit leurs expressions très aisément.
Marie : j’ai l’impression qu’ils sont tenus par le répertoire, ils écoutent beaucoup. Nous avons aussi quelques objets, la chaussette, le voile qui les immergent un peu dans notre univers.

Vous avez choisi des thèmes précis comme les différences de cultures par exemple. Ces choix se sont faits facilement à vous deux ?
Simon : on voulait parler du réveil, du lever, et ça depuis le début. Alors, partant de là, on évoque beaucoup de choses. Le lever est aussi la première chose que l’on a en commun. Je viens d’Afrique, Marie est née ici, on a ça en commun.
Marie : c’est le premier contact avec le monde, c’est en même temps un rituel différent chez chacun. On n’est absolument pas sur de la pédagogie, on évoque les choses simplement, on souhaite exprimer de la douceur, les sensations sans les nommer, évoquer la joie, le plaisir, le déplaisir. On parle du lever du soleil partout sur la planète, du doudou, du petit déjeuner, du pipi, tout ce qui se passe sur une durée de deux heures à partir du moment où l’on se réveille, sans aucune chronologie, avec des angles précis.

Vous avez rencontré les enfants en amont du concert dans les écoles de Rezé. Quelle était l’intention ?
Simon : on leur a parlé du spectacle, de nous, on les a aussi fait parler. Ce sont des tout petits, plutôt 3 ans, alors on a évoqué des choses simples, comment ça se passait chez eux le lever, comment ils allaient, on a parlé de la langue bafia etc. On a rencontré beaucoup d’enfants de parents étrangers, c’était super, c’est quelque chose qui est de plus en plus intégré, pour les enfants, ces différences de cultures sont de plus en plus « naturelles ».

 

Visuel du spectacle Cocoroo le jour se lève

 

 

Avez-vous des références d’artistes ou groupes sur le jeune public, et si oui, lesquels ?
Simon : j’ai vu beaucoup de choses assez « infantiles », et je n’aime pas du tout ça. J’avoue ne pas avoir été marqué par un artiste ou groupe jeune public.
Marie : On en revient à la simplicité. Je suis à un moment de ma carrière où je me dis que je suis artiste non pas pour me faire mousser, mais pour raconter des histoires et ma vision du monde. C’est sérieux, mais pas grave, c’est impliquant, c’est du boulot, de la densité, mais toujours imaginé avec de la simplicité. J’ai vu beaucoup de choses de Michèle Bernard, il y a une réelle écriture dans son travail. Globalement, je trouve que souvent la forme aspire le fond. Nous avons une logique inverse, le fond puis la forme, et la forme est venue facilement parce que le fond était très délimité. C’est pour moi la logique de tout spectacle.

La suite pour ce spectacle au-delà de ces concerts à La Soufflerie ?
Marie : on a très envie de tourner avec ce spectacle. On va jouer à Orvault en décembre, on joue après dans le cadre de Musique et Danse début 2018, une tournée à l’automne 2018 dans l’Est. Et on a en tête d’éditer un livre-disque aussi.

 

 

 

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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