Episode 2 – Nyna Vales vs India : les Instruments

Les Nyna Valès sont partis durant 10 jours en Inde, à Chennai, pour rencontrer des musiciens, jouer avec eux, et pourquoi pas partir en tournée et sortir un album de leurs chansons revisitées par ces mêmes musiciens indiens. Nous allons les suivre tout au long de leur projet avec l’Inde. Dans cet épisode, ils nous racontent leurs rencontres avec des instruments et les musiciens ! Pour ce grand projet, ils ont sollicité la Région des Pays de La Loire qui dispose d’un bureau à Chennai et qui les soutient tout au long de l’aventure.

Nom de code : Nyna Valès
Protagonistes : Nat, Yann et Guillaume.
Mission : dénicher des instruments insolites, typiques, folkloriques et surtout…Les instrumentistes qui vont avec !
Durée : 10 jours in situ
Énergie : au top. Soleil et massala dosa (on vous en parlera dans notre dernier article destiné à la gastronomie indienne populaire)
Le fond : repérer des artistes pour notre opus indien et trouver la personne capable de nous accompagner en tournée en France et en Inde sur le répertoire de Nyna Valès.
La forme : pas de chichi (oublier la belle salle de répétition ), pas trop de blabla (vous avez le choix entre de anglais sauce curry ou tamoul)

C’est parti pour une orgie de cordes, de vibrations et de glissandi version tamoul !

1ère rencontre essentielle : le chant

Le chant carnatique nous a accompagné durant tout le voyage car il est définitivement partout !
La spécificité de cette musique est d’être principalement chantée, ce qui n’est pas déplaisant à savoir et encore moins à écouter !
Deux messieurs, de tempérament quasiment opposés, ont été nos guides pendant ce voyage.

Nyna2

Le premier, Mahesh Vinayakram (photo ci-dessus), petit prodige du chant, issu d’une famille très connue de musiciens, est un personnage haut en couleurs, toujours en action, débordant d’énergie et accro aux selfies.
Nous avons eu la chance de l’avoir à nos côtés sur scène au Global Isai Festival !

nyna 3

Le second, Sajeev Chamdramana (Photo ci-dessus), guru de son état, nous a accueilli à la nuit tombée dans sa salle de répétition dont la superficie est si réduite qu’elle ne serait pas considérée comme chambre par la loi française. Il était souffrant et pourtant présent pour permettre à sa dizaine d’étudiantes de continuer leur apprentissage. Ce sont les dernières notes entendues sur le sol indien avant notre départ pour la France quelques heures après …

nyna 4
2ère rencontre : Mridamgam prononcé « brrrrrrrridamgam » !

Cet instrument percussif, originaire du Sud de l’Inde et très répandu dans la région du Tamil Nadu, serait vieux de 2000 ans …Bon, pas celui que Guillaume a martyrisé à l’école de musique de Swarnabhoomi à 50 km de Chennai.
La bête est composé de bois jaune de jaquier, de peau de singe, de veau ou de biquette, de bouilli de riz, le tout entouré de lanières de cuir de buffle.
Un mélange qui sonne à merveille et l’instrument idéal des soirées bondage !

Il est joué assis par terre (sauf quand il y a des chaises) et accompagne les instruments mélodiques et le chant dans la musique carnatique traditionnelle.
A la différence des tablas, le joueur est sans cesse en train d’improviser, tout en étant l’élément rythmique du groupe.

Pas facile … hein Guillaume ?

nyna 5

3ème rencontre : La flute traversière « Venu », âme sensible s’abstenir …

Malgré son aspect inoffensive (anodin), la flute indienne du sud peut être aussi charmeuse que redoutable.
Méfiez-vous de sa taille : plus elle sera petite, plus les sons seront aigus et perçants !
Heureusement que notre ami Rajesh avait choisi pour notre rencontre improvisée une taille tout à fait souhaitable pour nos oreilles novices.

nyna 6

Et voici Baskaran en pleine action, assis en tailleur même sur une chaise !

nyna 7

Pour la petite histoire, cet instrument en bambou est joué quasi exclusivement par … DES HOMMES !
Car pour les indiens, elle est l’attribut de Krishna, le dieu le plus populaire de l’Hindouisme.

nyna 8

DCIM100GOPROGOPR0373.

4ème rencontre double : le sarod & le sitar !

C’est dans le bureau des Pays de la Loire à Chennai que nous avons rencontré Kishore, munis de ses deux grands fly case qui renfermaient des trésors de l’Inde : Le Sarod (photo 1) et le Sitar (photo 2).

Ces deux instruments à cordes pincées viennent de la musique hindoustanie (de Nord).
Elles comportent à elles deux 39 cordes (19 pour le sarod et 20 pour le sitar).
Grande différence : le sarod n’a pas de frettes et se joue en glissando alors que le sitar en a (le veinard).

Le son du sarod est métallique alors que le sitar a un son plus chaud.

Il y en a bien sur moult différences encore mais là, à ce stade, je ne m’avancerais pas trop.

A vous de vous faire une idée:
Sarod :

Sitar : https://www.youtube.com/watch?v=8CnhcGpmH9Y

DCIM100GOPROGOPR0282.

5ème rencontre : la Tampura, le bourdon ou drone

Pour cet instrument, c’est nous qui sommes venus à sa rencontre dans le magasin de musique spécialisé en musique carnatique.
Un bâtiment sur 2 étages qui expose fièrement ses trésors et autres trouvailles !
Mais pour être plus précis, la tampura n’est pas un instrument … Heu, mais encore ??!!!
En fait, il sert à produire un bourdon harmonique d’accompagnement quelques heures durant, un plongeon doux et lent vers un état méditatif …
On ne joue aucune mélodie sur cet instrument. Seule la main droite égrène les cordes tel un chapelet ou une harpe, la pulpe de l’index touchant la première corde, puis le majeur, les autres.
Ce diapason permanent est essentiel à la musique indienne modale !

Il n’est besoin d’aucune formation musicale pour en jouer ; il suffit d’effleurer de manière régulière les cordes.
Ce sont souvent les disciples, les compagnes, les enfants ou la fratrie des artistes qui en sont chargés.
Aujourd’hui, de nombreux musiciens indiens utilisent une tampura électronique, pour un évident gain de place et…Un cachet de moins à payer !

DCIM100GOPROG0130693.

Et nous n’avons pas pu nous empêcher de ramener sa petite sœur (l’instrument pas Thara) appelée tampuri.

nyna 12
6ème rencontre : La veena, communément appelée sarasvati vînâ !

Voilà l’instrument typique de l’Inde du Sud, élément harmonique de l’orchestre pour la musique carnatique !
Vînâ qui vient de la famille des luth et sarasvati car c’est l’instrument de la déesse du même nom, patronne des arts, lettres et sciences

nyna 13

Lorsque Meenakshi (notre hôte) a ouvert la porte, j’ai d’abord cru a une réincarnation de sarasvati !
Il était grand temps de s’assoir et de déguster un masala chai dans une des plus vieilles maison construite à Chennai.

Après la pause, elle nous a amené dans son petit bureau où nous avons découvert sa collection de Veena dont elle, et encore plus son mari, sont très fiers.
Madame Meenakshi est une enseignante réputée pour sa connaissance de l’instrument et de toutes ses subtilités (et déesse Sarasvati sait qu’il y en a )

Un peu d’histoire : la Sarasvati Vina telle que nous la connaissons aujourd’hui est d’origine très ancienne. Sa forme actuelle date environ du milieu du XVII siècle.
Cet instrument a participé pour une grande part au développement de la musique carnatique. De nos jours, cette veena est surtout un instrument de soliste.
Elle fut par le passé l’instrument d’accompagnement de la voix mais, a été progressivement remplacée par le violon qui a été adopté et adapté avec succès par les musiciens de l’Inde du Sud.

nyna 14

Détail : au bout du manche est ajustée la tête de la veena qui prolonge le manche et s’incurve vers le bas pour se terminer par une tête d’animal mythique, le Yali

nyna 15

7ème rencontre pour notre dernier jour : le violon à l’indienne !

Voici une des plus belles rencontres que nous avons fait durant ce voyage …
Une annulation, quelques coups de téléphone et voilà un autre créneau calé entre midi et 2 pour rencontrer Akkarai Subalakshmi.
C’est dans la salle de réunion du bureau des Pays de la Loire que nous avions établi nos rendez-vous et notre salle de répétition.

Nous étions, elle comme nous, exténués de nos voyages respectifs (elle rentrait la veille de Londres),

C’est donc machinalement que chacun a accordé ses instruments et nous avons entamé, comme depuis 10 jours maintenant, de longues improvisations sur les intros de nos deux chansons choisies pour l’occasion.
Et là, assise par terre, adossée au mur, cette jeune femme nous a donné une leçon de grâce et de virtuosité !
Nous avons vu certains hommes de l’assistance fondre littéralement sur place .

Comme un détail, Akkarai nous a glissé timidement qu’elle était aussi chanteuse à l’occasion et lorsqu’elle a entamé les premiers ragas, j’ai remercié d’un regard Thara qui nous avait déniché la perle rare .

Chloé Nataf, chargée de développement des musiques enregistrées. Spécialisée dans la distribution, commercialisation et le numérique. Passionnée par les changements du numérique sur notre société. Adore les pêches à la ligne, les vinyles, les bondieuseries, le kitsch. A ces heures perdues, le jour elle brode, la nuit elle mixe.

Soyez le premier à commenter