EUROPA JAZZ : 35 ANS

Cette année 2014 marque les 35 ans de l’Europa Jazz, véritable institution tant dans sa reconnaissance (du public et des pouvoirs publics) que dans sa capacité de propositions artistiques à la fois ambitieuses et novatrices. Si la majorité du projet tourne autour de la diffusion artistique, ce n’est qu’une courte majorité. Créations, résidences, programmes d’actions culturelles viennent compléter un projet qui dure et poursuit l’objectif de demeurer défricheur et fédérateur. Le festival a démarré le 15 mars dernier, et se poursuit jusqu’au 16 mai avec une densité musicale du 7 au 11 mai prochains. Rencontre avec Armand Meignan, directeur artistique du festival et mordu de jazz comme de littérature.

Photo : Pascal Contet

L’Europa Jazz fête cette année ses 35 ans. Comment un festival, à l’heure où certains disparaissent malgré eux (Les Orientales par exemple), peut durer autant ?

J’ai toujours l’impression que nous sommes un « petit festival » qui vient de se créer en province… Et j’ai effectivement du mal à me rendre compte que nous sommes l’un des festivals de jazz les plus vieux de l’hexagone. Notre longévité s’explique simplement par le constant soutien des partenaires publics ou privés, les nombreux partenariats mis en place avec chaque année plus de 50 lieux concernés, 36 villes visitées (en 2014), un budget global raisonnable (900 000 €), une toute (trop !) petite équipe de permanents (6) qui permet d’avoir des frais de structures assez modestes vu le nombre de concerts que nous réalisons chaque année (110),et puis surtout la présence constante d’un public qui se renouvelle très régulièrement ( en moyenne 18 000 à 20 000 spectateurs dans les salles)… Et puis sûrement la particularité de notre programmation qui est très « ouverte » sur toutes les nuances du jazz !

Comment d’année en année on peut défricher, renouveler ses propositions ?

Nous lançons très régulièrement de nouveaux projets avec des nouveaux partenaires pour des nouveaux publics. Ainsi, depuis dix ans, sont apparus EUROPAJAZZ AU LYCEE, EUROPAJAZZ AU COLLEGE, EUROPAJAZZ IN TOUR (en maison d’Arrêt), LE FESTIVAL SO BLUES, EUROPAJAZZ BAND BALL, LA NUIT DU JAZZ MANOUCHE, etc…..Et puis le final du festival à l’Abbaye de l’Epau reste toujours un laboratoire pour les nouvelles tendances et les créations…Enfin, je suis un programmateur-veilleur qui se déplace dans beaucoup de lieux et qui écoute chaque semaine 50 propositions nouvelles…..çà aide !

100 concerts, 7 créations, 55 lieux, 36 villes ! C’est une « machine de guerre » ?

Une « machine de guerre » ? Non ! Nous sommes juste un festival « fédérateur », nous avons juste eu envie au milieu des années quatre-vingt et après 6 à 7 ans d’existence de quitter l’isolement splendide de l’Abbaye de l’Epau et une programmation contemporaine assez élitiste pour partager notre passion pour cette musique avec le plus de partenaires et de publics possibles, sur toute la région des Pays de la Loire et le département de l’Orne. Parce que justement ce « gigantisme » ce n’est pas de la délocalisation, c’est notre mission ! Les médias nationaux ou les médias spécialisés parlent toujours du final, des cinq jours à l’Abbaye de l’Epau, alors que depuis 25 ans plus de 50 % de nos activités se font en saison ou avant le final  et sur toute la région ! Nous sommes un festival démultiplié et citoyen, créé par des « militants » qui pensent que le jazz doit (et peut !) être aimé par tous… Et ce n’est pas un discours pour capter les subventions car la plupart de nos actions (exceptées en milieu scolaire) ne sont pas ou insuffisamment soutenues ! Je suis très optimiste quand à la réception du jazz par des publics supposés non avertis ! Quel plaisir quand le trio MELOSOLEX fait 400 personnes au foyer rural d’Ancinnes (commune de 889 habitants isolée dans le nord Sarthe ) !

Comment perçois-tu le jazz en 2014 ?

Vaste question ! Impossible d’y répondre en quelques lignes. Je pense que le jazz a su renouveler son public et qu’aujourd’hui ce n’est plus l’affaire des têtes blanches. Le succès de l’Europajazz au lycée ou Europajazz au Collège (4000 lycéens ou collégiens touchés en 2013 !) en est la preuve évidente ! D’autre part, c’est une musique qui se renouvelle constamment tout en conservant son patrimoine génétique, et ça c’est vraiment formidable !

Cette 35è édition revêt-elle un caractère particulier et si oui lequel ?

Non c’est une édition anniversaire avec des moments plus festifs qu’à l’habitude (voir programme ) mais nous conservons notre patrimoine génétique : créations, découvertes, figures historiques,etc…

Ton artiste coup de coeur de cette édition ?

C’est la question la plus difficile ! impossible de choisir , mais j’avoue que j’aime de plus en plus PASCAL CONTET qui est « en résidence » avec nous depuis trois ans et qui est capable dans cette édition de traverser avec un bonheur épatant toutes les musique : d’un trio avec SCANNER/JOEL CADBURY à un duo avec JOELLE LEANDRE, en passant par une lecture avec le comédien FRANCOIS MARTHOURET ! Et en 2015 ,on prépare quelque chose de grand avec lui et….PATTI SMITH !

Quelle union musicale ou plus largement artistique (un musicien et un auteur ou un photographe par exemple) rêverais-tu de provoquer ?

On a déjà provoqué des rencontres assez étonnantes : ENKI BILAL et ERIK TRUFFAZ, PASCAL CONTET et CAMILLE, ANDY EMLER et JACQUES HIGELIN…Mais une rencontre entre  MEDERIC COLLIGNON et ce formidable acteur de la série « Game of thrones », PETER DINKLAGE me tenterait bien…en 2015 ?  Mais le rêve le plus fou cela aurait été de programmer 12 concerts d’ALBERT AYLER (disparu en 1970) dans le cadre de nos fameux «Régional – Rural – Tour» ! Albert Ayler à Beaumont-Pied-de-Bœuf, Courdemanche ou Dompierre çà aurait eu de la gueule non ? Et en plus Albert Ayler a réellement joué au Mans, le 25 juin 1960, sur la piste du circuit des 24h du Mans avec l’orchestre militaire de la base américaine d’Orléans ! J’y étais, mais beaucoup trop jeune pour avoir l’envie de le reconnaître  !

Ton disque et ton livre de chevet ?

J’ai toujours plusieurs livres de chevet car j’aime bien lire plusieurs livres à la fois (c’est de la faute de mon passé de professeur de lettres !) : j’ai toujours un SIMENON sous la main, et là je viens d’attaquer en simultané le nouveau TIM WILLOCKS ( Les douze enfants de Paris…) et  Le Tango de la vieille garde d’ARTURO PEREZ-REVERTE….
En ce qui concerne le disque de chevet (un seul à la fois !) j’écoute beaucoup en ce moment un cd  de 2012 de NENEH CHERRY avec THE THING, formidable !

Comment décris-tu ta passion pour le jazz ?

Le jazz c’est ma vie !

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Voir le site de l’Europa Jazz

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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