LE FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM : LA SPÉCIFICITÉ DE NE PAS ÊTRE SPÉCIFIQUE

C’est un évènement pour La Roche-sur-Yon et les Yonnais, qu’ils soient cinéphiles ou simples curieux, que de recevoir depuis désormais 8 ans le Festival International du Film. Le festival se déploie 7 jours pour présenter plus de 70 films et inviter les réalisateurs Michel Gondry et David OReilly, le producteur Saïd Ben Saïd ou encore l’ingénieur du son François Musy. À l’heure où l’image prend une place prépondérante dans la musique, que la musique est régulièrement sujet de film et depuis fort longtemps illustration pour l’image, le festival proposera deux films sur la musique, une soirée clips dansés et deux concerts au Fuzz’Yon. Rencontre avec Paolo Moretti pour parler cinéma et musique.

Photo bandeau : If I think of Germany at night, Romuald Karmakar (2017)

 

« La Roche-sur-Yon est, d’après les statistiques du CNC, l’une des villes les plus cinéphiles de France ».

 

Quelle est l’histoire du Festival International du Film ? Pourquoi le festival se tient-il dans une ville moyenne en termes de population ? 
Il a existé sous le nom d’En route vers le monde dans les années 2000. Il a acquis cette dénomination Festival International du Film de La Roche-sur-Yon en 2010, alors qu’il était dirigé par Yannick Reix et programmé par Emmanuel Burdeau. À mon arrivée en 2014, j’ai souhaité faire évoluer le concept introduit par mes prédécesseurs, vers un festival de premières françaises et de découvertes.
Le festival se développe, et il a une particularité : il est porté et organisé par le Cinéma Le Concorde de La Roche-sur-Yon, le cinéma du centre ville. Le Festival est à la fois un point de départ et un point d’arrivée pour les spectateurs de la ville. Ce n’est pas un corps étranger qui arrive, c’est la manifestation d’une volonté, d’un fort désir de cette collectivité. N’oublions pas que La Roche-sur-Yon est, d’après les statistiques du CNC, l’une des villes les plus cinéphiles de France.
La spécificité de notre Festival est de ne pas avoir de spécificité. Beaucoup de festivals en France de notre taille, sont programmés autour d’un thème ou d’une zone géographique, d’une langue, alors que notre Festival n’a pas ces contraintes dans la programmation. Ce que l’on recherche dans les films, c’est ce que l’on pourrait appeler une double nature, c’est-à-dire la capacité à savoir intéresser et satisfaire autant les cinéphiles les plus avertis que les spectateurs occasionnels.

Vous proposez deux films en lien direct avec la musique, quelle place a la musique en termes de sujet de films aujourd’hui et comment la perçois-tu ?
Je ne peux pas avoir une réponse aussi générale et définitive tant la musique rencontre aujourd’hui le cinéma à des endroits multiples.

 


England is mine de Mark Gill (2017)

 

 

« (…) les vidéos clips sont parfois considérés comme des formes « mineures » de cinéma, alors que cela est souvent le territoire d’incroyables élans visionnaires et purement, radicalement, cinématographiques »

 

Qu’est ce qui a motivé vos choix sur If I think of Germany at night et England is mine ?
Par rapport à ces films, qui me sont très chers, ils représentent deux façons très différentes de s’emparer d’un sujet en lien avec la musique. Même si les deux ont en commun des figures emblématiques de ce domaine artistique.
Dans le cas de If I Think of Germany at Night de Romuald Karmakar, on retrouve la recherche que le réalisateur mène depuis de nombreuses années, c’est à dire l’observation d’un mouvement musical, celui de la techno allemande, avec une approche qui présente des éléments qui touchent à l’anthropologie et à l’histoire de la musique, tout en gardant une forte vision d’auteur, loin du purement informatif.
Pour England is mine, nous sommes par contre dans une narration fictionnelle plus classique mais néanmoins l’angle de Mark Gill est très singulier. Il se concentre, avec une vision délicate et respectueuse, sur la construction d’une personnalité plus que sur le mythe ou sur une certaine forme de fétichisme que peuvent susciter Morrissey et les Smiths.

Vous proposez le jeudi 19 octobre au soir une sélection de clips « chorégraphiques », pourquoi cette thématique ?
La danse filmée et les vidéos clips sont parfois considérés comme des formes « mineures » de cinéma, alors que cela est souvent le territoire d’incroyables élans visionnaires et purement, radicalement, cinématographiques, comme en témoignent par exemple les clips réalisés par notre invité de cette année, Michel Gondry.

 

 

Visuel Soirée clips au Fuzz’Yon jeudi 19 octobre

 

« Il y a d’immenses artistes qui ont commencé avec les clips et qui y reviennent régulièrement, souvent pour expérimenter des nouvelles inventions visuelles ou solutions narratives, en étant plus libres des contraintes de production »

 

Paolo, tu avais participé tout début 2017 à un concours co-organisé par Le Chabada et la Sacem sur les clips de groupes ligériens, quel regard portes-tu sur la production nationale et internationale de clips musicaux ?
J’ai été vraiment ravi de cette invitation à faire partie du jury du concours co-organisé par Le Chabada et la Sacem. Aussi car cela m’a permis de connaître le travail de certains musiciens et réalisateurs ligériens que je n’avais pas encore eu la possibilité de découvrir.
Par rapport à la question, nous ne parlons évidemment pas des clips conçus comme uniquement comme des outils de promotion, qui sont dans la répétition de schémas très formatés, illustratifs, et que je trouve d’un ennui mortel.
Comme je disais, j’ai un grand respect pour le format, pour les artistes qui y travaillent sérieusement et qui profitent de chaque projet pour donner forme à une vision. Il y a d’immenses artistes qui ont commencé avec les clips et qui y reviennent régulièrement, souvent pour expérimenter des nouvelles inventions visuelles ou solutions narratives, en étant plus libres des contraintes de production que peut présenter un long métrage traditionnel.

Quel serait LE clip qui t’a scotché ces dernières semaines ?
J’ai eu peu de temps pour voir des clips ces dernières semaines, mais le clip récent qui m’a scotché, c’est le titre Wyclef Jean de Young Thug, réalisé par Ryan Staake.

 

 

 

Site FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM

 

 

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d’info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d’autres choses.

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