FESTIVAL L’ERE DE RIEN : PARTAGER PLUTÔT QUE CONSOMMER

La quatrième édition du Festival L’Ere de Rien se tient ce vendredi 17 et samedi 18 avril dans un cadre exceptionnel qu’est celui des bords de Sèvre à Rezé. Porté à bout de bras par une bande de copains, l’évènement prend une véritable ampleur cette année avec pas moins de huit groupes à l’affiche, des ateliers de sérigraphie, de bandes dessinées… tout cela sous chapiteau avec une entrée à prix libre. Comme le revendique l’asso, le projet tourne autour du partage, de la non-consommation, de la créativité des uns et des autres, de la convivialité. Rencontre avec les deux têtes pensantes de Melos Nova, Ludovic et Nathan, des gars… plus que motivés !

Qui, quoi, comment ?
Ludovic : J’ai créé l’association Melos Nova en 2009 avec deux copains, et nous avons vite commencé à organiser des concerts sur Rezé au CSC Blordière, d’où l’implantation actuelle du festival sur les bords de la Sèvre. Puis, j’ai rencontré Nathan en master de gestion de projet culturel à la fac de Nantes. On avait un projet de fin d’études à rendre, on s’est dit autant travailler sur quelque chose de concret.
Nathan : Au delà de ce contexte d’étude, on avait envie de monter un projet, on discutait beaucoup de musique, on allait voir beaucoup de concerts, et finalement, on se rendait compte qu’on était pas toujours satisfaits des propositions, et que les groupes qu’on aimait ne jouaient pas sur Nantes. On a donc eu très vite l’ambition de monter un festival avec une programmation exigeante, des groupes internationaux indépendants et en même temps de faire quelque chose d’assez populaire, bonne ambiance, familial, et peu cher voir gratuit.

C’est le seul événement que vous organisez ?
L : Oui, on n’a pas envie de s’éparpiller et on n’a pas les moyens humains. C’est une petite équipe, 100% bénévole, le festival nous demande déjà beaucoup de temps.
N : On souhaite se focaliser sur le festival, proposer des choses qui n’ont pas été vues, trouver un truc original.

Ce serait quoi l’originalité alors ?
L : Elle se retrouve à plusieurs endroits : la programmation indé, le mix des publics et l’aspect familial du public (à moindre échelle que le Green Man en Angleterre mais on s’en inspire), des ateliers graphiques, des collaborations avec des assos locales mais aussi européennes.
N : On a envie de sortir la notion de consommation que l’on retrouve dans les festivals. On aime décaler les choses, avoir des groupes en exclusivité, des groupes qui n’ont jamais joué en France ou juste à Paris, et ainsi ramener un public de fan mais aussi un public qui ne connaît pas ces groupes.
L : On ne voulait surtout pas être dans quelque chose de snob et élitiste comme çà l’est bien souvent dans ce genre artistique qu’est la pop. On tente de ramener des gens qui n’écoutent pas cette musique à venir découvrir des groupes.

C’est la 4è édition, quelles sont les évolutions du projet ?
N : C’est une volonté que de se donner des objectifs supplémentaires et le public suit donc c’est chouette. On a une identité assez forte je pense, donc à nous de la décliner. Cette année, on développe l’aspect scénographie, on aura deux chapiteaux.

 

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Farao                                                                     Al Von Stramm                                                  Marika Hackman

 

Y-a-t-il quand même l’idée de maîtriser tout çà ou bien çà peut se développer beaucoup ?
L : On ne voudrait pas être rattrapé par le succès de l’événement, on reste malgré tout quatre personnes à porter le festival. Le projet devient costaud à porter, on reste passionnés, mais aussi vigilants pour la suite, car nous restons bénévoles et un groupe d’amis.

La programmation est très portée vers l’Angleterre, 5 groupes sur 8. C’est une orientation choisie ?
N : L’Angleterre dispose de groupes talentueux.
L : On écoute beaucoup de musique anglo-saxonne, c’est notre culture. Et puis, on est assez fiers d’être parfois à l’origine d’une tournée européenne, c’est le cas des Américains de Dodos par exemple. C’est valorisant pour nous. L’axe est pop mais plutôt accessible, il faut que çà sonne, çà titille l’oreille. Dans ce cadre, on se distingue du Soy Festival qu’on adore, mais qui est plus pointu, plus expérimental.
N : On fonctionne aussi au coup de cœur, et ce sont des groupes qui ont un propos, pas trop balisés. Pour en revenir à Soy, je crois qu’on est sur des groupes qui se lancent, qui sont plus jeunes, qui ne vivent pas de la musique, hormis The Dodos.

Et pourquoi faire çà à Rezé ?
L : Je suis Rezéen, et quand j’étais à la fac, beaucoup d’étudiants ne connaissaient pas Rezé, une petite revanche. Et puis, le cadre est tellement chouette.
N : On a saisi l’opportunité de proposer un projet jeune dans une ville qui en avait peu. On a vu qu’il y avait une case à cocher à ce niveau là. On avait aussi préparé de bonne façon le dossier. La Ville nous octroie 5.000€ et nous prête du matériel. Et puis, c’est un peu dépaysant, un coin naturel, pas trop urbain.

Juste pour revenir au comparatif avec Soy, n’est-ce pas une affaire de génération aussi ?
L : Complètement ! On a une génération d’écart presque. Les gens de Soy approchent de la quarantaine, moi je suis le plus vieux de l’asso avec 27 ans.
N : Je crois qu’on est aussi influencé par notre façon de découvrir la musique via le net, et que c’est devenu assez simple de découvrir des groupes inconnus sur des petits sites anglais, et de prendre contact avec les groupes ou leurs tourneurs de façon décomplexée.

 Dans la programmation figurent deux groupes locaux, c’est une volonté d’avoir toujours des groupes du coin ?
N : La gymnastique de trouver un bon groupe nantais qui ne dénote pas avec notre programmation n’était pas évidente aux débuts. Mais en fait, on commence à rencontrer des groupes et c’est assez simple. On se rend compte que ce sont des groupes que l’on a pu retrouvé aux Vieilles Charrues, sur la tournée des Trans, aux Inrocks Lab cette année.
L : On joue aussi de la musique et on rencontre aussi des groupes. Et puis, pour les groupes locaux, ce sont des groupes que l’on va voir sur scène avant tout. On aime vraiment beaucoup Al Von Stramm et Slow Sliders, et ils sont clairement à la hauteur des groupes internationaux, et ils sont « traités » de la même manière.

 

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Only Real                                                              Slow Sliders                                                       The Dodos

 

La nouveauté de cette édition c’est le prix libre. Pourquoi ce choix ?
L : L’année dernière, on s’est autofinancé à 60%, ce qui est déjà bien. Pour moi, ce n’est pas une nécessité financière, mais davantage pour responsabiliser les publics. L’an passé, on a lancé un projet Ulule et on a récolté 1500€. Cette année, on avait envie de proposer un prix libre qui nous permet d’échanger avec les publics sur la démarche et en même temps, cela valorise notre bénévolat. Enfin, cela nous permet de contrôler les flux d’entrées et de sorties via une billetterie, d’être plus serein sur la sécurité du site, et d’éviter que les gens rentrent avec leurs boissons, ce qui s’est produit l’an dernier.
N : On s’est aussi rendu compte que les gens pensaient que c’était un festival gratuit donc financé à 100% par la Ville. Le prix libre va bien avec la philosophie de l’asso, les gens participent à la hauteur de ce qu’ils peuvent. C’est une expérimentation, on verra bien.

Il y a pas mal de choses un peu « périphériques » à la musique, des ateliers de sérigraphie, fanzines et autres BDs, quelle est l’idée ?
N : Dans notre promo de master, il y avait un gars de Pan!, et grâce à lui, j’ai découvert la sérigraphie, j’ai carrément adoré. Pan! était présent sur les premières éditions. On s’est aussi dit qu’avec l’espace proposé et le potentiel public, autant valoriser des initiatives du genre DiY. L’idée est vraiment de mettre un maximum de gens créatifs et talentueux dans un même endroit. Dans le cadre de Nantes Creative Generation, le forum de Nantes Métropole auquel on a participé et pour lequel on a remporté un howard en invitant 10 artistes européens sur le festival, une délégation de dessinateurs belges et des vidéastes espagnols seront présents.
L : Il y a aussi pas mal d’assos locales comme Things we print, Pas Souç Crew, Bim. L’idée est surtout d’avoir des choses interactives, et pas simplement des choses exposées, des choses partagées et pas consommées.
N : L’espace que l’on créé, que l’on propose doit permettre la communication. Et notre implantation permet çà aussi. C’est une zone finalement assez vierge, qui n’est pas estampillée musique comme une salle de concert. Elle doit permettre à tout le monde de se sentir à l’aise.

À propos de zone, le nom y fait référence ? D’où vient le nom ?
L : À la base, il n’y a pas de signification particulière. Mais finalement, le nom colle bien à ce que l’on est et ce que l’on fait. On a tous la vingtaine, on vit dans un climat anxiogène où on nous dit qu’il n’y a pas d’avenir, pas de boulot etc etc. Et en même temps, nous on fait quelque chose.
N : Et en même temps, si on nous dit qu’on fait rien, et bien voilà notre rien. Et l’air de rien, çà fait 4 ans qu’on propose un festival.
L : Et puis, je crois qu’au travers du nom, on va à l’encontre du public pop un peu nombriliste et citadin, très dans l’apparence, dans lequel on ne se retrouve absolument pas. On est à l’encontre de tout çà.

 

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Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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