TERRA INCOGNITA : NO LIMIT

Avant d’attaquer la rentrée, on vous recommande un itinéraire musical bis loin du trafic encombré des festivals copiés-collés qui envahissent l’été musical. Ce petit détour passe par Carelles, commune située dans le Nord Mayenne, qui accueille à la fin du mois d’août le festival Terra Incognita. Installé dans un corps de ferme familial réaménagé en site, le Terra Incognita se distingue par une culture du bon goût que l’on retrouve dans un cadre atypique, une communication classieuse, mais aussi une programmation audacieuse faisant la part belle à la scène indé française. A la veille de la quatrième édition programmée le samedi 23 août, rencontre avec le programmateur et le coordinateur de l’événement, Steven Jourdan.

Crédit-photo : Adélaïde Gaudechoux

 

Le festival soufflera sa quatrième bougie au mois d’août prochain, qu’est ce qui a motivé l’idée de créer un nouveau festival sur un territoire déjà pourvus d’événements musicaux ?

Au départ, l’idée était d’organiser un événement familial à taille humaine permettant d’amener des concerts dans un lieu atypique doublé de l’envie de faire vivre ce lieu, un corps de ferme, qui était au départ le théâtre de nombreuses soirées privées. Suite à la première édition, nous n’aurions jamais imaginé arriver là où nous en sommes pour cette quatrième. Il est vrai que le territoire mayennais est très bien pourvu en festivals et concerts tout au long de l’année et durant la période estivale. C’est ce qui fait la richesse de notre territoire, d’autant plus que chacun apporte des choses nouvelles et des esthétiques différentes. Donc l’idée de créer un nouvel événement était aussi l’envie de se faire plaisir en amenant au public nos coups de cœurs et notre ambiance.

 

Pourquoi le nom de Terra Incognita ?

Pour deux raisons, la première par rapport à notre envie de faire découvrir de nouvelles choses, et la seconde car il n’y a aucune limite connue à ce que nous pourrions entreprendre, découvrir et imaginer.

 

Existe t-il une patte Terra Incognita dans la manière de faire en pensant notamment au cadre (corps de ferme familial) qui est peu commun en guise de site de festival?

Oui nous tentons de la cultiver au maximum, l’objectif est de proposer des approches variées dans la conception d’un concert. Le fait de se retrouver dans un lieu atypique place le spectateur sur une perceptive différente, une façon d’appréhender la soirée et de se sentir proche de la musique. Comme s’il arrivait chez un pote, dans sa famille ou chez sa grand-mère, avec une familiarité des lieux et à la fois un décalage qui ouvre à la découverte.

 

On peut aussi la retrouver de manière constante dans la programmation très orientée « scène rock indé française », comment définissez vous votre ligne artistique ? Y a t-il des limites que vous vous imposez ?

Aucune non, en tout cas qui puisse être exprimé clairement. Nous programmons toujours sur coup de cœur et en prenant en considération le live, le plus important c’est qu’il s’en dégage quelque chose. Nous écoutons de nombreuses choses, du folk et du rock indé oui mais aussi de la pop, de la techno ou du jazz. La ligne de Terra Incognita c’est des groupes pas trop connus, des coups de cœur, du live immersif et l’envie de sortir des codes habituels lorsque c’est possible.

 

Sur quel modèle économique repose le festival ? Comment êtes vous soutenus financièrement ?

Comme beaucoup d’évènements nous sommes accompagnés financièrement et matériellement par les collectivités locales et la région. Il a d’abord fallut faire nos preuves avec une première édition entièrement financée par les entrées. Nous avons aussi un soutien important des entreprises locales. C’est quelque chose qui nous tient à cœur, au delà de l’aspect économique cela nous permet de rencontrer des chefs d’entreprises et des commerçants afin de pouvoir exposer notre projet. Nous défendons notre ancrage local (et rural) et le soutien des acteurs de ce territoire nous aide à le faire vivre. Au final, nous nous autofinançons à hauteur de 80% par les entrées et les consommations sur place. Le soutien indéniable des bénévoles tout au long de l’année et lors du festival fait aussi partie de notre modèle économique, des tâches effectuées volontairement qui nous permettent de maintenir le cap, c’est important de le rappeler. Que ce soit par le prêt de matériel, la communication ou le temps passé, c’est un atout sans lequel nous ne pourrions pas exister.

 

-Peux tu nous présenter cette quatrième édition ?

Pour cette quatrième édition nous stabilisons les acquis des années précédentes en termes de propositions artistiques et d’organisation pour approfondir au mieux l’image que nous souhaitons donner au site et au festival en général. Au niveau programmation, nous restons fidèle à nos principes avec les parisiens de SARAH W. PAPSUN et leur post-pop qui ont déjà retourné plus d’une scène de festival. De Bourges à Rennes, ils n’ont jamais laissé indemne le public. À l’origine en solo, le Rennais MEIN SOHN WILLIAM est rejoint depuis peu par le nantais de Gratuit pour un album jouissif et foutraque à souhait mais surtout pour des lives survoltés. Le label Kythibong sera fièrement représenté par les deux antipodes de son catalogue avec la transe Rock d’ELECTRIC ELECTRIC qui clôturera la grande scène et le folk de THE HEALTHY BOY qui ouvrira le bal avec une concert gratuit au Centre d’Art Contemporain de Pontmain dès 17h. Cette grande scène sera introduite à merveille par LUIS FRANCESCO ARENA Parfois en solo, il sera cette fois accompagné par ces deux acolytes du Prince Miaou afin de servir une pop-folk mélancolique. Ceux qui auront l’oeil et la mémoire reconnaitront l’un des guitaristes de Francky Goes To Pointe à Pitre qui avait fait sensation l’année dernière. La scène 2 soufflera sa seconde bougie et fait peau neuve pour le stoner psychédélique des Bordelais de MARS RED SKY qui passeront par Carelles après avoir ouvert le festival du Hellfest et fait quelques dates en 1ère partie de Détroit. Ils seront précédés des Bretons MOHAWK et PASTORAL DIVISIONqui allient tout les deux puissance et légèreté, soulignant un univers atmosphérique. Quoi de mieux pour ouvrir les festivités ? Pour finir la soirée, l’habitude est prise, nous ouvrons un espace dédié aux musiques électroniques. Cette année RUDVALRED SUNRISE et R3CIFE partagerons le revival techno, un peu de house et de post-dubstep jusqu’à 6h du matin. A côté de la programmation, nous attachons une importance à l’accueil du public, en termes de confort avec des espaces de repos (parce que la nuit sera longue) mais aussi avec la restauration proposée sur site qui est préparée soigneusement avec un menu unique mais un vrai plat à savourer sur de grande tablées pour conserver la convivialité du lieu. Enfins il y a la mise en valeur et la décoration du site qui demande un investissement important des bénévoles durant l’année et qui permet d’ajouter encore un peu plus de rêve à cette soirée.

 

Avec une nouveauté cette année un concert délocalisé de The Healthy Boy dans un centre d’art contemporain, c’est aussi un objectif de Terra Incognita que de vouloir exporter son savoir faire à l’extérieur ?

Oui c’est un objectif qui tend à s’affirmer. Depuis l’année dernière, nous expérimentons des concerts délocalisés en dehors du site du festival, l’année dernière sur Laval dans un jardin, cette année au centre d’art contemporain. Le souhait est double, à la fois mélanger les publics mais aussi pouvoir sortir de la façon « classique » d’apprécier un concert. L’idée dans est de continuer cette démarche dans les prochaines années voir de l’intensifier, sur le week-end mais aussi la semaine précédente.

 

-Comment envisagez vous l’évolution du festival et de manière plus globale du projet de l’association en pensant notamment à la mission de développeurs d’artistes que vous souhaiterez développer. Peux tu nous en dire plus ?

Le festival n’a pas pour vocation à grossir, tout du moins en termes de taille. Nous ne souhaitons actuellement pas prendre cette direction et les contraintes qui l’accompagnent. Cependant, nous voulons développer notre association et notamment les valeurs que nous portons : la découverte, le partage et l’accompagnement. Dans cette optique, l’idée de se transformer en développeur d’artiste nous permettrait de stabiliser l’association avec une activité à l’année, de répondre à un besoin du territoire qui ne compte pas de structures spécifiquement dédiées à l’accompagnement d’artistes émergents. C’est une idée qui a germé il y a déjà quelque temps et qui prend peu à peu forme. Nous en sommes encore à réfléchir sur les modalités de cet accompagnement et nos propres limites afin de s’entourer convenablement et de combler nos lacunes.

 

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Aller sur le site du festival TERRA INCOGNITA

 

 

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