FOLIES TAPPING

Qu’est-ce qui pourrait lier les États-Unis et le village pittoresque de Trentemoult ? Si l’on est Youenn Landreau et Yannick Lepetit, membres de l’association 4par2 Productions et organisateurs du festival Les Folies Tapping, nul besoin d’un pont aux dimensions démesurées sorti d’un imaginaire mégalo, un simple « bâton » ferait l’affaire, ou selon son appellation officielle, un « Stick® ». Ce nom, dont la simplicité fait l’énigme, est celui d’un instrument inventé aux États-Unis, encore assez méconnu du grand public. D’aspect général, il s’apparente à un manche de guitare filiforme délesté du corps et dont le jeu de 10 à 12 cordes intègre des cordes de basse et de guitare. Il se pratique en tapping et permet, seul, de jouer une rythmique, une mélodie et des basses : c’est du piano sur un manche de guitare. Ayant évolué dans des univers de sons très variés, Youenn et Yannick ont resserré leurs pratiques musicales et leur organisation festivalière autour de cet instrument, la manifestation leur permettant de partager la fascination qu’ils éprouvent à son égard. J’ai été accueilli en pleine fin de repas, dans la maison de Youenn Landreau. La convivialité y est un art aussi respecté que la musique et ce n’est pas peu dire à en juger le nombre d’instruments tapissant les murs. Leur verve de musiciens érudits donne l’impression de parcourir deux encyclopédies et substitue au discours pompeux, une gouaille, un panache et un enthousiasme dignes des dialogues d’Audiard.

Alors, messieurs, le stick, qu’est-ce que c’est ?
Yannick : On a coutume de dire que c’est un mélange entre une basse, une guitare, un piano et des percussions parce qu’en fait les doigts des deux mains pianotent directement sur les cordes. C’est un instrument qui nécessite une amplification.
Youenn : C’est Emmett Chapman qui, historiquement, a inventé le stick en 1969 et l’a commercialisé à partir de 74.
Yannick : Il a inventé la technique sur sa guitare. Il la bricolait et y avait mis 9 cordes. Mais bon, il jouait avec le manche à l’horizontale et du coup, la main droite attaquait les cordes avec les doigts parallèles à celles-ci. En relevant un peu le manche, il s’est trouvé plus à l’aise : la main droite pouvait réaliser des mélodies et attaquer les cordes de la même façon que la main gauche avec laquelle il s’accompagnait sur trois cordes. Avec la guitare, le rendu n’était pas terrible. Il a commencé à fabriquer des instruments, à faire des prototypes, jusqu’à parvenir au stick, qui avait 10 cordes à l’époque. Il avait placé les cordes de basse en quintes inversées, ce qui permettait, avec la main au même niveau, d’avoir un très grand écart de notes et de composer à la fois une basse et des accompagnements.
Youenn : Le travail d’Emmett Chapman a été un travail de fond. Ce n’est pas lui qui a inventé le tapping, ni lui ni Van Halen d’ailleurs ! Le tapping a été inventé dès les débuts de la guitare électrique. Cependant, concevoir un instrument avec cette disposition des cordes, cette proposition instrumentale avec le manche redressé verticalement, ça c’est un boulot de dingue. Un accord simple de stick peut parfois correspondre à un accord qui aurait un écart d’au moins trente-cinq centimètres sur un piano.
Yannick : L’un des trucs extraordinaires avec le stick, c’est qu’il s’agit d’un instrument en perpétuelle évolution.
Youenn : En plus, il n’est rattaché à aucun genre en particulier. On peut adapter des partitions de musique classique. On peut faire du métal saturé à bloc ! Du punk. Du funk également : quand Jo Ruffier, qui a monté le collectif Tarace Boulba, joue un riff funk, on dirait qu’on est en face du guitariste et du bassiste de James Brown… en un seul homme.

D’Alan Stivell à King Crimson

Quel est votre parcours musical et comment en êtes-vous arrivés au stick ?
Youenn : Je suis né dans une famille de musiciens. Ma mère était pianiste classique et mon père, musicien amateur, guitariste de jazz. Un musicien amateur mais amateur éclairé ! A la maison, on écoutait les Beatles, Mozart, Jean-Sébastien Bach et puis toutes les musiques du monde, sans rester scotché sur un style de musique. J’ai commencé le piano à 9 ans. Je ne pouvais pas trimballer mon piano alors que mon frangin traînait son violon partout, (rires) donc je me suis mis à la guitare, puis aux instruments « trad » comme le bouzouki, la mandoline. Je suis passé par une école de jazz à Paris et j’ai commencé à être musicien professionnel en tant que bassiste en jouant avec Alan Stivell, musicien breton, harpiste. Son guitariste d’alors m’a fait découvrir King Crimson avec Tony Levin au stick. Je m’en suis acheté un en 1984. J’ai continué à jouer de la basse jusqu’en 1990 et à partir de cette année-là, j’ai largué la basse pour ne jouer que du stick.
Yannick : Je ne suis pas musicien professionnel, mon rapport à la musique est peut-être différent de celui de Youenn. Mais tout comme lui, mon père est féru de musique. Mon grand-frère jouait de la guitare et comme je ne voulais pas faire comme lui (sourires), je me suis mis à la basse. En achetant un bouquin de basse, il y’avait un reportage sur un chauve qui faisait du stick : c’était Tony Levin, toujours le même qu’on retrouve ! Lui était sur 12 cordes, je me suis dit que pour l’instant j’allais rester sur 4 ! Mon père connaissait un joueur de stick, Pascal Gutman. J’ai acheté son album et je suis tombé sur le … séant ! (sourires). Entendre une seule personne jouer tout ça en même temps, c’était impressionnant. J’ai commencé le tapping sur ma basse, puis j’ai acheté un cousin du « stick », un Belgrado 12 cordes. J’ai suivi un stage en été en Belgique et un français m’a appris qu’un festival de stick était organisé en Bretagne en 2001. C’est là que j’ai rencontré Monsieur Youenn Landreau !
Youenn : On a tout de suite été vachement en amitié ! Yannick, c’est l’érudit du stick et du tapping en France.

Après votre rencontre, comment est née l’idée de l’association et du festival ?
Youenn : De 2001 à 2006 ont eu lieu les Rencontres Internationales de Tape Guitare à Allaire (56), un festival dont j’étais le référent et qui était principalement consacré au stick.
Yannick : Ensuite, fin 2008 début 2009, on a monté l’association 4par2 Productions.
Youenn : « 4Par2 » vient en fait des dimensions du local de musique dans mon jardin ! C’est un collectif d’artistes qui s’est créé car beaucoup de groupes gravitent autour de ma maison, c’est un lieu de rendez-vous. On s’occupait dès le début de faire tourner nos propres groupes à travers ce collectif. Nos licences d’entrepreneurs du spectacle nous permettent d’émettre des factures, de déclarer nos artistes et de gérer leurs cachets. La licence d’entrepreneurs de spectacle en tant qu’organisateur nous permet de créer des évènements. Dès 2009, l’un des objectifs de l’association était déjà l’organisation du festival. En 2010, a donc vu le jour la première édition du festival des Folies Tapping, à Trentemoult. Il a lieu tous les deux ans en alternance avec le festival de fanfares, les Fanfaronnades.

Il s’agit de remettre la musique et la rencontre entre stickistes au centre, et d’ouvrir la manifestation à toute personne s’intéressant à l’instrument et au tapping

Pouvez-vous nous donner une première idée de l’édition 2014 des Folies Tapping ?
Yannick : Elle aura lieu les 16 et 17 mai 2014, avec en préambule une carte blanche à Trempolino le jeudi 15 mai à 19h. En amont du festival, le jeudi 24 avril à 19h, nous donnerons aussi un Apéro-Club à la Barakason de Rezé pour présenter le festival et le tapping. Au programme, une description et une démonstration du tapping et de l’extraordinaire ouverture instrumentale qu’il permet. Il sera possible pour le public d’essayer les instruments. Les intervenants ce soir-là seront Laurent Hilairet, Youenn et moi.
Youenn : On a revu les ambitions à la baisse sur la taille du festival depuis 2010. On est sur un format plus petit qui nous convient mieux au niveau de l’organisation. De plus, on a parfois un peu trop théâtralisé le festival, c’était super, mais on a envie de retrouver une formule plus simple. Il s’agit de remettre la musique et la rencontre entre stickistes au centre, et d’ouvrir la manifestation à toute personne s’intéressant à l’instrument et au tapping. On a décidé de recentrer le festival autour de la pratique musicale.
Yannick : Le vendredi 16 mai, on va réitérer ce qu’on a fait en 2010 : le concept des « Stick Appart’ « , des concerts chez l’habitant. Trois concerts en même temps. Trois lieux. Trois publics.
Youenn : On fait un top départ. Les trois concerts commencent en même temps. Une demi-heure de concert à chaque fois. A la fin de cette demi-heure, Le public du concert 1 se rend au concert 2, celui du concert 2 au concert 3, celui du concert 3 au concert 1. Un quart d’heure de changement est prévu entre chaque. Des comédiens se chargent, de manière décalée, de guider le public dans les transitions. En l’espace de deux heures, les trois publics assistent donc à trois concerts différents. L’entrée sera payante à 8 et 10 euros pour les « Stick Appart’  » : c’est la seule programmation payante du festival. Après, on fait un final à la Maison des Isles, notre maison de quartier à Trentemoult. Ça va bœufer sérieux. Ce sera l’occasion de laisser la scène libre à des stickistes comme Jo Ruffier, André Pelat, Olivier Vuille, Bruno Ricard, et Pascal Glanville.
Yannick : Il y’aura également un duo composé de nos locaux : Youenn Landreau et Laurent Hilairet !
Youenn : A partir du samedi 17 au matin, on donne une conférence à la Maison des Isles, dans le cadre de la programmation du centre socioculturel Loire-et-Seil. Des petits déjeuners culturels sont organisés à peu près une fois par mois. A l’occasion du festival, le petit déjeuner du samedi 17 sera consacré à l’histoire, l’origine et le fonctionnement du stick. Le conférencier est un stickiste, Bruno Ricard. Le samedi après-midi est dédié à la découverte du stick. On insiste là-dessus, est invitée à la maison des Isles toute personne voulant essayer ou tout simplement écouter du stick : vieux, jeunes, extraterrestres, chiens… tout le monde ! C’est une forme qui nous plaît beaucoup parce qu’il n’y a pas de prof, il n’y a pas de stagiaire, ce sont seulement des rencontres et des partages. A 16h30, master class de l’anglais Pascal Glanville. A partir de 18h, on arrête les activités dans la Maison des Isles afin de préparer les balances pour les concerts du soir. Mais la musique continue à l’extérieur, sur une petite scène à côté du bar. A partir de 20h30/21h00, concert non stop jusqu’à ce que mort s’en suive !
Yannick : On pourra voir le groupe Pitch Band, formation de Bruno Pitch. C’est un son plutôt rock. Egalement Olivier Chabasse qui chante et s’accompagne au stick sur l’une de ses passions, le répertoire des Beatles. Il y’aura aussi Pascal Gutman, World-Stick. Et tous les artistes du festival, ainsi qu’un invité exceptionnel : l’Américain Jim Lampi.
Youenn : Toutes les activités dans la Maison des Isles seront non payantes conformément aux statuts de cette structure. En revanche, une guérite sera installée avec proposition de participation libre. Je précise que cette année, c’est une édition spéciale car on célèbre les 40 ans de la commercialisation du stick : 1974-2014.
Yannick : On fête aussi les 30 ans de stick de Youenn ! 1984-2014 !

AFFICHE-FOLIES

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Fan de zic, de ciné et de tout ce qui peut se découvrir et s'apprendre, il aime blablater, partager et s'éclater. Rêve d'inventer des gâteaux qui font maigrir ou, à défaut, un sport qui ne fatigue pas. Est très fier d'avoir réussi à avaler, presque sans grimacer, un flamby recouvert de mayonnaise...mais ne conseille cette expérience gustativo-risquée à personne.

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