FRANÇOIZ BREUT : SORTIR DE SES HABITUDES

C’est Outre-Manche que Françoiz Breut met en boîte son 6è album. Enregistré par Adrian Utley, guitariste de Portishead et fan éternel de l’univers de la Bruxelloise, co-écrit par Stéphane  Daubersy, acolyte de Mièle et bras-droit de Françoiz, Zoo donne une nouvelle teinte à l’oeuvre de la chanteuse qui, depuis 1997, compose un nuancier musical vraiment sensible et délicat. A la veille de son passage à Stereolux dans le cadre du festival itinérant « Les femmes s’en mêlent » et quelques jours après la sortie de son album, quelques mots de Françoiz qui nous en dit plus sur cet album, sa carrière, ses collaborateurs…

Photo bandeau : Françoiz Breut © Jérôme Sevrette

 

Françoiz, la musique est-elle aujourd’hui toujours aussi importante, plus importante qu’à tes débuts ?
Elle occupe beaucoup de mon temps. Et puis, aujourd’hui, dans un projet, il faut savoir s’occuper de beaucoup de choses, extra musicales qui prennent beaucoup de temps, le visuel par exemple, le local de répétition, le coiffeur …

La présentation médiatique te désigne comme « la Nantaise réfugiée à Bruxelles ». Tu t’y retrouves dans cette description ?
Non, je ne suis pas nantaise, j’y ai vécu seulement quatre ans, mais j’y ai des souvenirs très forts liés à mes premiers pas dans la musique. Je suis cherbourgeoise d’origine bretonne, et je vis à Bruxelles depuis 16 ans, donc c’est plus qu’un refuge aujourd’hui…

Il se passe toujours à peu près 4 ans entre deux albums. Comment tu « digères » l’album sorti, comment tu prépares le suivant, comment  tu vis cet espace-temps ?
Tout est toujours différent à chaque fois, le temps passe trop vite et entre les concerts et la vie de tous les jours, c’est le temps nécessaire pour faire mûrir les morceaux. Il y a d’abord le travail à deux, ensuite le travail avec le groupe, puis  le travail d’enregistrement, puis le mix et le travail de mise en place et de promotion du disque, toutes ces étapes sont nécessaires, et évidemment, il faut une grande patience… car en réalité, le travail de création est assez minime par rapport au reste… C’est là que le bas blesse…

Un nouvel arrivant dans ton équipe, Adrian Utley , que recherchais-tu que tu n’avais jusque là pas tenté en termes de production ?
Je pensais ne pas trop m’intéresser au son. Tout ce qui m’intéressait était plutôt d’enregistrer de « bonnes » chansons, sans trop me préoccuper du son, du moins je laissais mes musiciens s’en occuper… Et puis là, après discussions, je sentais que Stéphane avec qui j’ai travaillé sur ce disque et le précédent, voulait ne pas reproduire le même son (un son plus lo-fi , des choses beaucoup plus bricolées). Vu que la méthode de travail avait été un peu la même sur celui ci, nous avons réfléchi à d’éventuels  producteurs et Adrian que j’avais rencontré il y a quelques années a toute de suite répondu. En allant vers lui, on sentait que son savoir-faire allait nous apporter énormément et que son son allait nous aider à sortir de nos habitudes.

 

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Françoiz Breut © Jérôme Sevrette

 

Est-ce que ton rapport aux mots change avec le temps, y-a-t-il des thèmes que tu peux avec le temps parvenir à aborder, si oui lesquels ?
Je me laisse allée dans les idées les plus absurdes, voir ridicules, sans me prendre la tête. Disons que je me laisse aller à la fantaisie… Et puis, quand je suis touchée par quelque chose de plus grave, comme « Loon plage  » qui parle de la disparition d’un paysage et de ses habitants, je m’y engouffre parce que j’aime autant la gravité que la légèreté.

Il y a plusieurs morceaux comme Jardin d’Eden (qui me fait beaucoup penser à Morning Star d’ailleurs), La Proie où l’on sent cette forme de lenteur répétitive, ou son contraire des airs pop très rythmés parfois un peu afro comme sur La Conquête, Loon-Plage, L’Arbre, et puis ces brillantes montées en puissance sur des secondes moitiés de chanson, sur Ecran total par exemple, ce seraient les pendants de la musique que tu affectionnes ?
Nos références musicales sont très éclatées. Stéphane, qui habite Matongué le quartier congolais à Bruxelles, se fait appeler l’homme en bleu, il a un jeu de guitare de plus en plus africain… On a eu envie de mettre l’accent sur les rythmes , et ça souvent été le point de départ des morceaux avec les textes. J’écoute tellement de choses différentes que c’est difficile de faire un choix. Pendant ce disque, on a beaucoup écouté de musiques beaucoup plus synthétiques et souvent à base de claviers notamment le 1er disque de Hot chip, Coming On Strong, disque assez bricolé… ou des groupes comme Austra, The Knife.

On a parfois l’impression que certaines sonorités, c’est surtout vrai dans les claviers, rappellent tes dessins, le côté enfantin. Qu’en penses-tu ?
Pourquoi pas , c’est involontaire…

 

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Dessin © Françoiz Breut

 

On a le sentiment que tu tentes plus de choses avec ta voix. Est-ce que tu penses que ta voix a évolué ? Utilises-tu des techniques nouvelles ? As-tu trouvé des variations ?
Oui depuis le premier disque, j’ai beaucoup plus chanté,  mué, vieillit, fumé des cigarettes, bu énormément de boissons alcoolisées et hurlé sur mes enfants d’où ce changement évident.

Ce 6è disque est je crois le 1er où figure en guise de pochette un dessin de toi. Pourquoi pas avant ?
J’ai toujours un peu dessiné à droite à gauche dans mes disques (disons à l’intérieur). Les labels précédents voulaient toujours un visage sur la pochette pour identifier le chanteur et voilà qu’aujourd’hui j’ai plus de libertés qu’avant, et que je peux choisir  la pochette et son contenu…

Boris Gronemberger, Luc Rambo, Don Nino, Stéphane Daubersy… autant de proches collaborateurs. Qu’est-ce que ces gars ont selon toi en commun ? Pourrais-tu travailler avec une femme ?
Un goût pour le détail je pense, ils aiment fouiller et proposer des choses pas forcément évidentes et sont d’une grande créativité. Ils s’adaptent facilement aussi.. Bien sûr, j’en rêve de travailler avec une femme. J’ai travaillé au début avec Sarah Froning dans notre 1er groupe Squad Femelle. J’aimerais pouvoir retravailler avec  une ou plusieurs femmes pour travailler particulièrement sur les harmonies vocales. Ca, ça m’intéresserait énormément..

Tu as participé à moults disques d’autres artistes (Calexico, Katerine, Gratuit, Tiersen, Parrondo… Quel est ton meilleur souvenir de collaboration et pourquoi ?
Chaque collaboration a son intérêt et je n’ai pas de préférence, car j’ai rencontré à chaque fois des personnes très intéressantes qui m’ont beaucoup appris, des manières de travailler qui leur étaient propres .

Tu joues dans le cadre des Femmes s’en mêlent, quelle serait ton icône musicale féminine ?
Difficile de choisir entre  Poly Styrene et Nina Simone.

 

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Dessin © Françoiz Breut

Site FRANÇOIZ BREUT

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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