GAEL FAYE – PETIT PAYS

Comme la majorité d’entre nous, le chanteur et poète Gabriel Faye est nostalgique de son enfance. Malheureusement, dans son cas, c’est la guerre et deux génocides qui l’ont arraché à la douce chaleur de ses premières années et ont fauché toutes ses rêveries, tous ses espoirs.
Né au Burundi d’un père français et d’une mère rwandaise en exil, Gaby vit dans une impasse du quartier résidentiel de Bujumbura, réservé aux expatriés. Métis, il a une dizaine d’années et passe le plus clair de son temps à expérimenter la vie avec ses yeux d’enfant, à s’inventer mille et une existences avec ses copains, une joyeuse bande de potes, principalement occupée à faire les 400 coups. Ensemble, ils font corps avec la nature abondante et généreuse, avec les odeurs plus exotiques les unes que les autres, celle des mangues qu’ils volent dans le jardin d’un voisin ou celle du vieux Combi Volkswagen abandonné dans un terrain vague qu’ils squattent pour y fumer leurs premières cigarettes…
Puis, soudain, comme cela peut arriver à beaucoup d’entre nous, tout dérape. Pour Gaby, tout commence par la séparation de ses parents et le vol de son vélo, prémices des malheurs à venir. Car c’est rapidement un coup d’État et la guerre civile qui, en 1993, embrasent tout le pays et menacent irrémédiablement l’impasse qui était pourtant restée jusque là un havre de paix pour la bande d’amis. Gaby se croyait enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français. Dans l’intimité de son âme, il doit subitement comprendre que des hommes, jusque-là frères et unis par la même enfance, la même couleur, peuvent s’entre-tuer du jour au lendemain parce que certains l’auront décidé. Cependant, grâce à une voisine d’origine grecque, le jeune garçon se réfugie dans les livres et la lecture, une parenthèse de poésie et de découvertes dans ce monde de brutes…
Dans « Petit Pays » (d’ailleurs titre d’une chanson de son album Pili-Pili), Gabriel Faye nous dévoile un monde oublié. Non seulement celui de l’enfance, de ses tourments et de ses interrogations, mais également celui d’une Afrique déchirée, pillée, puis abandonnée et délaissée. C’est le récit d’un enfant devenu adulte, orphelin d’une enfance que la folie des hommes lui a volée. Un roman d’ombre et de lumière, de tragique et d’humour, d’insouciance et de génocide… pour tenter de panser des plaies qui jamais ne cicatriseront.
Un premier roman à lire et un jeune auteur à suivre

Photo bandeau : Gaël Faye – J.F Paga

 

Né en France, Merwann a ensuite roulé sa bosse pendant plus de quinze ans au Liban, en Egypte, à Dubaï et au Maroc, avant de finalement revenir se poser en France, à Nantes. Réalisateur de formation mais également journaliste et écrivain, il s’intéresse à la musique, à la littérature, à la photographie, aux arts en général.

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