GASPAR CLAUS & MATTHIEU PRUAL : UN DISQUE LIVE OFFRANT LE SILENCE

La musique improvisée n’est pas au nombre de celles qui s’offrent facilement à celui qui n’a pas le temps. Elle ne se donne pas à coup de refrains prévisibles, de paroles déjà entendues, de mélodies qui en rappellent 1000 et qui ne laissent aucune longueur en bouche et dans l’esprit. On ne l’écoute pas entre deux portes, entre deux tramways, mais elle récompense celui qui prendra le temps de ne rien faire d’autre que de l’écouter, de se laisser absorber, d’être à l’écoute de la construction qu’elle propose, comme le sont  Gaspar Claus et Matthieu Prual pour ce concert enregistré à La Bascule.
Récompense car la musique improvisée, lorsque le charme opère, et ici il opère plutôt deux fois qu’une, vous emmène, vous trimballe, vous fait sauter sur les cordes des instruments, vous glisse dans le souffle et la respiration des musiciens, vous fait imaginer et vous entraîne au plus près de leur créativité, de leur inspiration réciproque, ce quelque chose qui se situe dans l’instinct, dans l’idée jaillissante, dans cette écoute qu’elle implique de la part de chacun des deux musiciens, chacun marchant vers l’autre, chacun suivant l’autre ou même essayant de le dépasser, tout en essayant, tout en parvenant, à la fin, à construire quelque chose.
Au violoncelle Gaspar Claus qui ne cesse de se trouver aux meilleurs endroits : avec Pedro Soler, son père, notamment sur le très beau « Barlande », dans le groupe Vacarme avec Carla Pallone, avec Rone ou, last but not least, Sufjan Stevens et d’autres sur « One night stand ». Un peu partout où de la musique se fait imaginative et constructive. Au saxophone, Matthieu Prual, compositeur et improvisateur faisant osciller sa musique entre le jazz et la musique contemporaine.
On chemine avec eux, dans cinq morceaux sobrement intitulés Part I à V, sans jamais avoir le sentiment de se perdre dans une musique savante ni celui de sombrer dans la seule énergie. La musique se fait parfois minimaliste sur quelques sons donnés en pointillés, évoquant parfois des chants d’oiseaux, parfois plus brutale, violoncelle et saxophone grognant à l’unisson ou venant accentuer, en contre-point, les sons qu’ils tirent de leurs instruments. Des cordes grattées qui rappellent le vent, des frottements qui apportent parfois une impression aqueuse, des passages hypnotisants et des moments qui viennent éclairer, de manière magique, le chaos dont ils les ont fait sortir. C’est un concert qui offre le silence, l’attente, la construction du bruit et son mélange, le répit, la grâce.

Pour se procurer le disque, c’est ici

Soundcloud de GASPARD CLAUS

Site de MATTHIEU PRUAL

Bandcamp de G. CLAUS et M.PRUAL

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