HIP OPSESSION : UNE TOILE HIP HOP SUR NANTES

Le mois de février 2016 a vu se dérouler le festival Hip Opsession, organisé a fortiori par l’association Pick Up Productions motrice dans le développement des arts urbains, dont le rap et le hip-hop sont une composante majeure. Plusieurs pôles culturels ont été investis, au cours de ce mois hivernal, pour présenter aux publics les différents atours que le mouvement hip-hop donne à voir. Cette onzième année consécutive de production du festival s’inscrit dans la continuité de la ligne artistique et éthique des débuts : un large choix d’artistes, une organisation co-workée, la mise à disposition de différents sites afin de toucher un large panel de spectateurs.

Photo bandeau : Snack & The Jaclyn Gee © Morgane Lesné

Tandis que le lancement du festival au LU avec les soirées de Battle Opsession a enthousiasmé un public jeune et aguerri de danses urbaines, l’exposition Blue Point à l’Atelier ouvrait ses portes aux artistes « grapheurs » (œuvres dessinées, écrites, numériques ou peintes) où le graffiti originel de la culture urbaine se développe sous l’impulsion des technologies postmodernes.
Les trois semaines allouées au festival ont vu les hauts-lieux culturels de la métropole nantaise se mettre aux couleurs hip-hop – sous couverts de médias variés.
Le 7ème art au Cinématographe avec la projection de Shake the Dust et de Mauvaises Herbes, retours sur les racines du mouvement – tant sociales que politiques – né au États-Unis et dont les rayons de l’insurrection culturelle a atteint l’Europe et les autres parties du globe au détour des années 80 et 90 – au travers du tag et de la breakdance particulièrement.
Au-delà du champ graphique, le point d’ancrage du hip-hop s’inscrit primo en musique, secundo en danse – et vice versa. Nous pourrons dire que l’une ne va jamais sans l’autre, tant les deux formes d’arts s’entremêlent et la Hip Opsession rend compte de cet enchevêtrement.

 


Mixcity
Mix City & Mr Reed © Morgane Lesné

 

À Stereolux se sont enchainées soirées hip-hop, DJing, beatbox et rap hardcore, à foison – large line-up d’artistes nantais, rennais, angevins, prenant place aux côtés de grands noms du rap new-yorkais ou parisiens. Ainsi, Oxmo Puccino a partagé l’affiche avec Easy, jeune groupe nantais ; Mr Reed prête sa voix au quartet jazzy-rap de Mixcity ; Alexhino, Dajanem et Meis encensent la fosse stereoluxienne avec des proses rythmées et militantes. Le Ferrailleur voit également sa programmation investie de hip-hop, tout comme le Pôle Étudiant, la Barakason et le Pannonica.
Coté danse : à la mise à l’honneur du breakdance et du smurf lors des deux sessions de Battle les 12 & 13 février se greffent les spectacles de plusieurs compagnies professionnelles de danse hip-hop… Cie Accrorap au Grand T pour le spectacle The Roots, véhiculant une énergie folle, Cie S’poart à l’Odyssée, Cie Engrenage au TNT. Deux conférences sur les techniques et impacts du mode de pensée lié aux arts graphiques et musicaux du hip-hop se sont également déroulées à Trempolino. Le maillage de la Hip Opsession sur la cité Nantaise fut dense et lié aux énergies déployées par nombre d’associations et de collectifs, en vue d’offrir à la perception des publics les diverses strates sur lesquelles repose cette culture urbaine.

La clôture du festival s’est effectuée de manière sonore dans la Maxi de Stereolux ce week-end du 26 & 27 février. Pour terminer en beauté cette odyssée contemporaine, le crû s’est voulu impactant : DJs new-yorkais et Mcs de la même trempe… Des grands noms du hip-hop états-unien de la côte Est ont déferlé, les uns à la suite des autres, pour le bonheur d’un public d’aficionados du rap sous toutes ses formes. Mixcity a produit une soul rythmée et acoustique sur laquelle se pose le flow alto de Mr Reed, propulsant un message de tolérance et de paix à travers la salle qui se remplit au fur et à mesure de ce début de soirée.

 

The Doppelgangaz
The Doppelgangaz © Morgane Lesné

 

Le duo de Mc prenant la suite a clairement entamé son set sur un mode actif et enflammé : The Doppelgangaz composé de Matter Ov Fact et de EP (New York) ont joué de l’interaction avec la fosse et du balancé de leur débit tout au long de leur performance – entre un style bon enfant et des sessions clash, la dualité dont ils s’inspirent est soutenue par une aisance du flow et une présence sur scène sans faille.
La suite du programme a démontré l’intention de monter crescendo dans les tours du rap hardcore. La Mc Jaclyn Gee arrive sur scène et entame son show, rapidement suivi de Snack The Ripper, le duo est radical, ça envoie du lourd au niveau mélopées rythmiques, la salle bourdonne et se meut sur le tempo binaire et haché du DJ.
Le duo Onyx, valeur-phare du hip-hop des années 90 prend sa place sur scène et balance sur une langue anglaise dont les mots s’échappent trop vite, mais dont la fureur est artistique et maîtrisée. Les entrecroisements des quatre Mcs apportent une vitalité au dernier set de la soirée, la salle est bondée et le mouvement de pogo s’élargit au centre de la pièce.

Lendemain, soirée finale de cette tenue 2016 de la Hip OpSession, où le lien entre l’Hexagone et la Grande Pomme est à l’ordre du jour, avec une pointe de sauce londonienne. DJ Poska entame la session, il est tôt – la salle Maxi est clairsemée, ce qui n’empêche pas les Mcs du Bronx de remplir l’espace aérien de leurs mots onduleux et émaciés. DJ Poska met le groove à l’honneur et chauffe le public par un son hip-hop cadencé.
La petite bombe, nerveuse et energizing incarnée par Lady Leshurr, qui succède aux Blockbangers sur scène fait l’unanimité de la fosse. La Mc gravite sur le plateau scénique, de droite à gauche, mouvante comme un feu follet délirant ; son flow passe, de l’acide- tranché à un débit langoureux et rieur. Sa performance dynamique se déverse sur le public, conquis et soudé aux rythmiques vivifiantes qui accompagnent la rappeuse.
Hustla et Vald se succèdent ensuite sur scène. Rap francophone aux allures sombres et militantes, Les deux formations se distinguent mais la cohérence de leur propos et le démarquage dont ils font preuve au sein de l’univers hip-hop les rassemblent artistiquement pour ce samedi soir. Le duo Hustla joue de deux débits agencés, les Mcs parcourent la scène, se donnent à fond et envoient leurs paroles chaloupées sur un son hip-hop électro appuyé.
Fin de session avec deux génies du DJing, et une belle claque pour le public en extase : DJ Netik & DJ Fly closent cette épisode hip-hopesque en beauté. Sous la forme d’une battle, les mixs ont été balancés d’un bout à l’autre du plateau. Le hip-hop s’est alors ouvert et a incorporé les rythmiques venant d’autres mouvements musicaux – dub/électro/trap – pour créer une sauce sonore alliant tonnerre des sub-bass, déhanchements et battements de cœurs à la hauteur des BPM… Élevés. La foule a capté le mouvement… se laissant animée furieusement par la performance du duo de DJs.

 

 Hustla3
Hustla © Morgane Lesné

 

Spectateurs en sueur, le public de Stereolux a fêté comme il se doit la fin de cette session HipOp2016 – ainsi que sa richesse culturelle, en terme d’artistes, d’organisation et d’évènements touchant aux arts urbains tant qu’à l’histoire contemporaine du hip-hop.

Site HIPOPSESSION

Rédactrice, amatrice de musiques électroniques et d'arts interactifs, je me passionne pour les pratiques culturelles émergentes de la société contemporaine.

Soyez le premier à commenter