JEROME SEVRETTE – DES VISAGES, DES FIGURES

Jérôme Sevrette, profession : photographe. Celui qui tire le portrait de Thurston Moore, de Dominique A, Miossec ou encore Tue Loup parvient à faire ses choix, des choix guidés non pas par la popularité des sujet mais par les visages de ces sujets et la musique de ces visages.  Emporté tout autant par la poésie des paysages, le Rennais vient de sortir avec le soutien d’un éditeur et d’un label un livre/photo/disque, Terres Neuves. Rencontre avec un auteur qui s’inspire avant tout des rencontres.

Photo bandeau : Mansfield Tya © Jérôme Sevrette



Comment es-tu devenu photographe ?
Avant d’être photographe, j’ai été musicien, c’était il y a longtemps mais c’est cette passion qui m’a amené à la photographie. J’ai toujours trouvé une certaine élégance à représenter une musique par des portraits, des paysages ou des choses plus abstraites. Le point de départ de mon éducation visuelle est là, et c’est ce qui a conditionné la suite de mes recherches photographiques. Il y a toujours eu un lien très fort entre la photographie et la musique, cette association entre l’image et les ambiances sonores des groupes que j’ai pu écouter à différentes époques. C’est ce qui a forgé ma vision de la photographie.

Tu disposes d’un sacré book ! Dominique A, Miossec, Françoiz Breut, Thurston Moore et bien d’autres… tu fais des choix ?
Oui je ne fais même que des choix, ne travaillant pour aucune agence, je suis souverain dans mes décisions de photographier tel ou tel artiste.
Tout se fait au gré de mes rencontres, de mes découvertes et de mes affinités musicales. Je ne vise pas forcément les têtes ou les grosses pointures, je suis sensible avant tout aux visages et à l’univers musical de l’artiste, que la personne soit connue ou non, cela ne change pas mon approche photographique et mon envie de réaliser son portrait.

 

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Miossec © Jérôme Sevrette

 

 

…mon style photographique est un parti pris en prise direct avec mon imaginaire, une palette d’ambiance dans laquelle je puise en fonction des situations auxquelles je suis confronté.

 

Quelle serait ta démarche artistique ?
Quelque part, mon style photographique est un parti pris en prise direct avec mon imaginaire, une palette d’ambiance dans laquelle je puise en fonction des situations auxquelles je suis confronté. En ce qui concerne mes portraits, dans les grandes lignes je tiens à rester dans un format « rock » avec un noir et blanc très contrasté, parfois bruité et de la couleur saturée ou plus sombre selon le sujet photographié.  Pour la partie recherches personnelles, je pars de la captation d’une base de travail (en numérique ou en Polaroid) dont je pressens sur le terrain le potentiel de transposition dans un univers imaginaire. La transposition s’effectue ensuite de manière numérique avec une mise en scène lumineuse et colorimétrique des éléments photographiés. Toute la série Terres Neuves a été créée de cette façon au gré de voyages et de pérégrinations sur des routes empruntées au hasard… Les photos de Terres Neuves et la plupart des images que vous pouvez retrouver sur mon Instagram ont été réalisées de cette façon. Un univers parfois sombre mais surtout onirique, atmosphérique, étrange.

Quel regard as-tu sur la scène musicale française, toi qui la photographie beaucoup ?
Je ne suis pas à proprement parler un expert de la scène française mais j’ai mes têtes, mes artistes fétiches. Pour le reste, je pense que c’est une scène riche et toujours aussi diversifiée dans les styles, les attitudes, les « gueules ». Je découvre encore régulièrement de nouveaux artistes très talentueux, imaginatifs, créatifs, sensibles, ce qui veut dire que je vais avoir encore beaucoup de travail dans les années à venir…

 

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Romain Humeau © Jérôme Sevrette


Pour en venir à Terres Neuves, est-ce que cette expérience de dépasser la photographie en proposant une compile et des textes correspond à une envie de « boucler une boucle » ?
L’idée d’origine était surtout de proposer un livre photo différent, une nouvelle façon de présenter la photographie. Les images du livre sont la base d’inspiration pour ce que le lecteur sera amené à écouter sur les 2 cd et à lire dans le livret textes. Oui peut-être qu’une boucle se boucle mais le plus important aura été cette multitude d’échanges, ces belles inspirations entre artistes. C’est ça que je souhaite retenir et véhiculer au travers de ce projet.

Un volume 2 est-il obligatoire ?
Non, et il ne devait pas y avoir de volume 2. Mais la nécessité d’un second opus s’est imposée par le fait que j’avais reçu trop de morceaux de musiques sur le volume 1 et que j’avais du écarter de ma sélection finale 5 artistes. J’avais alors promis à ces 5 artistes que leur titre figurerait sur une sorte d’annexe du livre sous forme de vinyle, c’était mon idée première. Mais devant le succès remporté par le premier volume, Les Editions de Juillet et le label Str8line Records m’ont proposé d’en faire un second sur le même principe. J’ai accepté et le résultat est là. Un nouvel ouvrage tout aussi beau que le premier avec 30 artistes/groupes, 3 auteurs et 22 nouvelles photographies.

 

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A place to bury strangers © Jérôme Sevrette

 

Comment as-tu séduit Str8line ? Facile de trouver un label ?
Non, j’imagine que ça ne doit pas être facile de trouver un label mais dans mon cas, c’est plutôt lui qui m’a trouvé. Bien avant que nous ne nous parlions, Paul Estève du label Srt8line Records suivait mon travail photographique sur les réseaux sociaux, et c’est au moment où j’ai commencé à parler du projet Terres Neuves qu’il est venu vers moi pour me dire qu’il trouvait le concept intéressant, et qu’il a commencé à m’aider de manière informelle sur la promo du premier volume. La suite logique était donc que je l’invite à faire officiellement parti de l’aventure avec Str8line et vous connaissez la suite.

Des choix de cœur, d’affinité et des groupes et d’artistes qui auront d’une certaine manière marqué mon imaginaire musical.

Comment as-tu opéré les choix pour la compile ?
Des choix de cœur, d’affinité et des groupes et d’artistes qui auront d’une certaine manière marqué mon imaginaire musical. J’écoutais certains d’entre eux depuis de nombreuses années et je ne pensais pas un jour les inviter sur un projet personnel. Je pense en particulier à And Also The Trees, The Apartments, Ulan Bator, Richard Pinhas, Complot Bronswick, Tue Loup et des membres des groupes Piano Magic et The Brian Jonestown Massacre … Il y a bien d’autres artistes et auteurs que j’aurais aimés inviter sur Terres Neuves mais voilà, j’ai décidé qu’il n’y aurait pas de troisième volume, il faut savoir terminer une histoire en beauté et passer à autre chose.

 

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Terres Neuves © Jérôme Sevrette

L’homogénéité se crée d’elle-même si la base est solide et si les espaces de création autour du concept sont cohérents.


Comment trouver une homogénéité entre image, mot et musique ?
L’homogénéité se crée d’elle-même si la base est solide et si les espaces de création autour du concept sont cohérents. Pour la base, j’avais une collection de 47 polaroids que je pouvais présenter comme un film, un road trip dans un univers imaginaire. J’imaginais assez bien que cet ensemble pourrait être la trame d’histoire et de musique, et c’est effectivement ce qui s’est passé. Les visions musicales et littéraires que j’ai reçu étaient en parfait accord avec les images, le lien était fait. L’appropriation des photographies par les participants sans autre indication avait suffi. Il y avait un esprit commun de création de la part de tout le monde pour faire vivre ce projet. Le résultat est là, l’ensemble est cohérent et homogène.

Quelle sera la suite pour toi à ce projet, un autre projet du même genre ou d’un autre genre à venir ?
Comme je l’ai dit précédemment il n’y aura pas de Terres Neuves 3. En ce qui concerne mon actualité proche, l’exposition Terres Neuves va continuer de tourner. Après l’exposition au Jardin Moderne à Rennes qui prendra fin le 13 novembre, les photos de la série seront présentées pendant toute la durée des Transmusicales de Rennes dans le Hall 5 du Parc expo dans l’espace d’exposition du bar à Champagne. Une signature du livre sera proposée à cette occasion le 3 décembre au village des Trans (salle du Liberté) sur le stand des Editions de Juillet. Avant cela je ferai une signature à Brest chez le disquaire Bad Seeds Records le 19 novembre prochain à l’occasion du Festival Invisibles. L’exposition Terres Neuves partira ensuite tout le mois de janvier 2017 à Issy-Les-Moulineaux et en avril–mai à Bruxelles chez le Bookstore Hors-Format à l’occasion de la manifestation « Expolaroid ». Je donnerai plus d’infos sur ces expositions en temps voulu.
Pour la partie édition, un nouveau livre est déjà prêt et sortira en fin d’année 2016 ou début 2017. Il regroupera une sélection de quelques-unes de mes série réalisées entre 1988 et 2016 et sera accompagné de textes, je donnerai plus d’infos sur les réseaux sociaux très bientôt. Je ne peux rien dire de plus pour l’instant si ce n’est que ce sera un autre très bel ouvrage…

 

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Site JÉRÔME SEVRETTE

Bandcamp Str8line Records

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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