JONATHAN SEILMAN, PAS APPARAT

A peine 34 ans et un CV sacrément fourni. Jonathan Seilman poursuit toujours et encore une forme de quête, une recherche de combinaisons des arts, des notes ou des mélodies, une quête de lui-même aussi, çà transpire au travers de ce qu’il nous raconte. En amont du spectacle Dionysus in 69 Project qu’il présente mardi 7 mars à Stereolux (Nantes), entretien sacrément résumé avec un « hyper-actif dépressif » comme il se plaît à se qualifier, mais surtout avec un avide de rencontres, un curieux du genre humain et de ses réalisations artistiques…

Photo bandeau : Jonathan Seilman – DR

 

 

Quel est ton parcours de musicien ?
Mes parents m’ont forcé à faire de la musique, j’ai fait du pré-solfège puis du solfège à l’âge 6 ans, j’ai appris le piano, l’orgue puis le saxophone. J‘ai donc démarré tout petit, je pleurais pour ne pas aller en cours de musique le mercredi après-midi. Les copains allaient jouer chez les uns, chez les autres, j’étais obligé d’aller au cours. Il y a eu quelques crises. Le Conservatoire est arrivé plus tard avec deux années de cours d’écriture de partitions, je devais avoir environ 18 ans. Avec le recul, je suis plutôt ravi que mes parents m’aient forcé à prendre des cours de musique. Je n’ai jamais eu mon diplôme de fin de solfège. A l’époque, je fais de la musique dans ma chambre, j’ai mon premier 4 pistes à cassettes à 15 ans, je m’intéresse à l’enregistrement, au multi-pistes, tout cela me passionne.

A cette époque, tu vas voir des concerts, tu achètes des disques ?
Mon père était un grand mélomane, il avait une collection de vinyles incroyable, j’ai été baigné par les Rolling Stones, les Beatles, Leonard Cohen. Il était anglais, autant dire que toute ma culture musicale est anglo-saxonne. J’ai quelques souvenirs de Julien Clerc par ma mère. J’ai vu les Rita Mitsouko à l’âge de 9 ans, les Stones à 10 ans, Bowie, Iggy Pop. Je découvre Nirvana et je mets à la guitare à 13 ans. Mon père m’interdit la guitare électrique, il me laisse une guitare folk que j’ai toujours d’ailleurs. J’ai fini par avoir une électrique à 16 ans, j’étais fou. Mais avant même d’avoir la guitare, je chantais dans un micro sur des morceaux dont Rape me de Nirvana. Mon père ne pouvait pas supporter que je chante Viole-moi dans ma chambre, lui qui était anglais. C’était tendu comme période. Mais c’est lui qui m’a inculqué cette passion pour la musique.

 

Jonathan Seilman – Fabien Proyart

 

« … avant This Melodramatic, je jouais dans Karyotype avec Vincent Dupas de My Name is Nobody (on était dans le même collège). A l’époque, il cherchait une fille au chant. Comme je n’avais pas mué, je me suis retrouvé au micro »

 

 

Tu montes This Melodramatic Sauna à cette période ?
Mon 1er projet solo où je compose vraiment seul est This Melodramatic Sauna. J’ai sorti très vite après les débuts une démo que j’avais mise en dépôt à Black et Noir. A l’époque, la revue Magic avait interviewé les gars du magasin et leur avait demandé quel était le disque qu’ils vendaient le plus, pensant que ce serait les Little Rabbits. En fait, c’était ma démo, j’en étais bien le premier surpris. On venait tout juste de monter le Collectif Effervescence à l’époque avec Julien Courquin, désormais responsable de Murailles Music. Mais avant This Melodramatic, je jouais dans Karyotype avec Vincent Dupas de My Name is Nobody (on était dans le même collège). A l’époque, il cherchait une fille au chant. Comme je n’avais pas mué, je me suis retrouvé au micro. Après on a monté HK Quintet, fusion de Karyotype et Harmoniken, on a fait pas mal de concerts dans les années 2001/2002. Mon tout premier concert sour le nom de This Melo a lieu à Prun’, un live en direct en solo. J’ai joué aussi au Théâtre du Cylope, concert organisé par Timothée Demoury qui joue dans Brome. Après, j’ai intégré Fabien Proyart, This Melodramatic Sauna est devenu un duo, puis j’ai fait le disque avec beaucoup d’invités.

Tu as par la suite collaboré avec d’autres musiciens sous d’autres noms ?
Oui, il y a eu la chouette rencontre avec Eric Pasquereau pour The Patriotic Sunday pour qui j’ai arrangé quelques titres pour le 1er disque, j’intègre le groupe qui devient quartet avec Pierre –Antoine Parois et Arthur de La Grandière, désormais ses acolytes pour Papier Tigre. J’accompagne aussi ma soeur Faustine sur scène et sur ses deux disques, j’ai aussi arrangé et coproduit l’album qu’elle fait avec The Healthy Boy. Je collabore aussi sur le disque de My Name is nobody At the Wolf Pit. Bref, toutes ces expériences m’amènent à m’intéresser à la production de disques à l’enregistrement.

 


Le Feu – Grégory Girard

 

« … un besoin de combiner plusieurs choses oui, et le hasard m’amène à faire aussi beaucoup de choses différentes ».

 

 

Entre This Melodramatic Sauna et Le Feu, tes deux projets à toi, c’est une période de collaboration plus que de travail personnel ?
Oui, il y a eu Argument aussi mais c’est un groupe, ce n’est pas moi uniquement qui compose. J’ai fait un disque sous le nom de Kingsley !, mon 2è prénom, en 2006/2007 mais il n’est jamais sorti, je n’ai jamais trouvé de label, un truc pop électro chanté en français. Il y a effectivement une période de 7 ans où je n’ai rien fait vraiment pour moi, et c’est bien parti pour que ce soit à nouveau le cas, l’album du Feu est sorti il y a déjà 3 ans. J’ai déjà composé des choses, mais les projets annexes me prennent ces temps-ci tout mon temps.

A ce propos, tu collabores dans des domaines artistiques variés, comment tu combines tout çà, est-ce un besoin ?
Je crois que c’est un besoin de combiner plusieurs choses oui, et le hasard m’amène à faire aussi beaucoup de choses différentes. Je suis venu au théâtre à la danse par des rencontres. J’ai toujours baigné dans le domaine théâtral via des rencontres. J’ai rencontré des gens du Conservatoire de Nantes, des metteurs en scène comme Hervé Guilloteau, j’ai vu beaucoup de pièces, je suis allé plusieurs fois à Avignon où je découvre Je suis sang de Jan Fabre et Les Vainqueurs d’Olivier Py, deux spectacles qui m’ont bouleversé. Je vis à Rennes à ce moment-là, je traîne au TNB, je rencontre Loïc Touzé, qui m’invite à intervenir au titre de musicien sur une classe du TNB.

 

Ô Montagne – DR

 

« Lorsque je n’ai rien à faire, je peux déprimer. J’ai besoin d’être actif, et j’arrive assez bien à switcher d’un projet à l’autre »

 

Qu’est ce qui t’intéresse dans le théâtre qu’il n’y a pas dans la musique ?
Je suis fasciné par la nudité qu’il y a dans le théâtre et la danse. J’ai joué à cette période dans un spectacle de Loïc et un de Vanille Fiaux, avec quelques répliques. Je me suis senti à nu, sans apparat. Pour la danse, c’est la même chose, le corps est plus que présent. Je crois qu’il y a un esthétisme plus fort, l’idée du costume, de la prestance. Pour la musique, finalement, on se cache derrière un instrument, j’ai toujours ressenti le besoin d’être entouré de musiciens, d’un groupe, de me sentir porté par quelque chose. Et finalement, ayant des groupes relativement confidentiels, jouant bien souvent en 1ère partie, avec Le Feu notamment, on ne travaille pas l’esthétisme, les lumières, la mise en scène, on est coincés.

Et pour revenir à la question, comment tu passes d’un projet à un autre, tu combines tous ces projets facilement ?
Je pense que oui. J’ai une capacité de stockage dans mon cerveau assez conséquente, même si j’ai traversé des périodes de surchauffe. Depuis 2 ou 3 ans, c’est très chargé, je n’ai pas pris de vacances. Mais je me rends compte aussi que lorsque je n’ai rien à faire, je peux déprimer. J’ai besoin d’être actif, et j’arrive assez bien à switcher d’un projet à l’autre. Je n’ai pas de limite pour changer d’univers, je suis meilleur à faire de la pop mais j’aime bien l’idée de la contrainte et de devoir répondre à une demande par rapport à un spectacle, de me retrouver ainsi à composer un truc hip-hop ou indus. C’est bien pour çà que les gens me font confiance dans le travail, j’ai plusieurs cordes à mon arc, et j’ai toujours envie. Je suis aussi multi-instrumentiste, j’écris des partitions, et tout cela concourt à ce que les gens, chorégraphes, metteurs en scène ou musiciens, font appel à moi. Je suis aussi un très grand cinéphile, la musique de film m’inspire énormément. J’ai fait une formation « musique à l’image » au CIFAP à Paris, et la formation productions à Liverpool avec Trempo, je cherche toujours à progresser, à maîtriser de nouvelles choses. Je ne pourrais pas mentalement ne faire que de la musique, outre le fait de ne pas pouvoir en vivre.

 

Seilman Bellinsky – Chamo Shootmeagain

 

« je compose des choses à un moment où j’ai le déclic. Ces choses sont gardées ou jetées, je n’ai pas de problème avec çà, je n’ai pas de problème d’égo et il vaut mieux ne pas en avoir ».

 

 

Tu collabores ces derniers temps avec de grands noms ?
Tout est une question de rencontres. J’ai rencontré Ambra Senatore, actuelle directrice du CCN de Nantes à Roubaix avant même qu’elle n’arrive sur ce poste, par l’intermédiaire de Loïc Touzé, elle m’a confié le projet Pièces (titre provisoire), et je vais travailler sur Scena Madre le prochain projet. Olivia Grandville qui a vu mon travail avec Ambra me demande pour son prochain spectacle. J’ai une chance incroyable de rencontrer toutes ces personnes. Mais je n’ai plus le temps de faire de la musique, je suis un peu frustré.

Tu as la même appréhension des choses pour tes propres projets que pour les collaborations ?
J’ai une grande capacité d’adaptation à n’importe quel univers, j’ai envie, j’ai la même exigence pour tous les projets. La musique arrive toujours tard dans un projet de théâtre ou de danse. On discute beaucoup avec les chorégraphes ou les metteurs en scène, je regarde les répétitions des centaines de fois, je compose des choses à un moment où j’ai le déclic. Ces choses sont gardées ou jetées, je n’ai pas de problème avec çà, je n’ai pas de problème d’égo et il vaut mieux ne pas en avoir. Le travail que je fais pour moi est plus fait en dilettante, et c’est dommage. Je crois, et c’est le cas pour Le Feu, que j’ai besoin de passer le bébé, pour ce qui est de la production en tous cas, à quelqu’un d’autre et c’est ce que je vais faire pour le prochain album du Feu.

 

Dionysus in 69 Project – Pierre Bouglé

 

 

« J’ai très envie de remonter This Melodramatic Sauna, rechanter, me retrouver seul devant le micro avec simplement une guitare et jouer dans des bars ».

 

Spectacle vivant et disque, tu as besoin d’un équilibre ?
J’enregistre toutes les musiques que je fais, et je les archive. Pour Dionysus in 69 project, on va enregistrer la musique cet été et on verra s’il en sort un disque ou pas. Je présente tous mes travaux sonores sur mon site, j’aime bien l’idée de garder une trace sonore de tout ce que je fais. J’aime le disque en tant que tel, l’enregistrement, la production. Le Feu est un projet qui me tient vraiment à cœur, c’est bien pour cela que je confie la production du prochain disque à quelqu’un, disque qui je l’espère sortira en 2018. Il faut que le projet avance pendant que moi je suis sur autre chose. J’ai très envie de remonter This Melodramatic Sauna, rechanter, me retrouver seul devant le micro avec simplement une guitare et jouer dans des bars. J’ai envie de quelque chose d’intime, d’autocentré aussi, retrouver une sensation que j’ai un peu perdue. Avec Le Feu, j’ai très envie de sortir un nouveau disque, jouer un peu mais pas trop.

Avec le recul, il y a un projet artistique particulièrement puissant parmi tous ceux que tu as intégré ?
Et bien, je dirais que tous les projets sont puissants, mais si je dois en citer un, je dirais Dyonisus in 69 project. Je suis sur ce projet depuis deux ans, c’est un projet qui mêle musique, danse, théâtre, vidéo, un truc qui découle de tout ce que j’ai pu faire et je vais mettre en pratique des expériences. Quelque part, je me suis improvisé chorégraphe, avec le soutien de Loïc Touzé. C’est presqu’un aboutissement. J’adore ce film, le challenge est conséquent ! Et puis, avec Rémy Bellin, on est sur la même longueur d’onde, on est à fond.

 


Dionysus in 69 Project – Stereolux

 

« J’étais assez fort à découper des filets, écailler les poissons, et puis bon vendeur » !

 

 

Ca donne des envies pour la suite ?
Oui, je crois que j’ai envie de faire de la mise en scène de théâtre quelque part. J’ai aussi très envie de faire de la musique de film, et notamment suite à cette formation à Paris de « Musique à l’image ». J’ai aussi l’idée d’écrire des pièces pour quatuor à cordes qui seraient jouées en live avec un ou deux danseurs.

Et si tu n’étais pas artiste, tu serais quoi ?
Hum, je dirais poissonnier. J’ai fait des saisons en tant que poissonnier, j’ai adoré. J’étais assez fort à découper des filets, écailler les poissons, et puis bon vendeur ! Mais bon, faire çà tout le temps, je ne suis pas sûr en fait. Se lever à 5h du matin pour finir à 15h tous les jours, çà doit être dur. Non, en fait, je ne sais pas. J’ai toujours rêvé quand j’étais gamin d’être écrivain. Mon instit de CP m’avait dit un jour que je serai écrivain. J’ai toujours désiré avoir la patience et l’intelligence d’écrire des livres. Peut-être un jour… Quand je serai vieux…

 

 

Site JONATHAN SEILMAN

 

 

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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