J’Ulule, tu Ulules, nous Ululons, ils Ululent

Ulule vous connaissez ? Mais si ! La plateforme de crowdfunding, le financement participatif en français (littéralement financement par la foule). Ulule fait son tour de France et Nantes en était la première étape mardi 17 mars dernier. L’occasion pour nous de poser quelques questions à Mathieu Maire du Poset, sur le crowdfunding, ses usagers, et ses conseils pour bien réussir une campagne de financement participatif.

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Mathieu Maire du Poset, Directeur général adjoint d’Ulule. J’ai rejoint le site il y a trois ans, je m’occupe plus particulièrement de piloter la communication (RP avec une agence et nos propres réseaux sociaux) et l’équipe qui accompagne les porteurs de projet sur Ulule, ce qui est le coeur de notre activité. Ulule a 4 ans, et est le leader européen du crowdfunding (meilleur taux de succès avec 65%, plus grosse communauté avec 650 000 ululeurs et plateforme qui a reversé le plus de fonds aux porteurs de projets soit 91% des 28 millions d’euros collectés). Ulule est une plateforme généraliste ouverte à tous les projets à portée collective.

Ulule se présente comme le premier site de financement participatif européen avec presque 7800 projets financés, quelle est la part de la France dans l’origine des projets et l’origine des financeurs ?
La France et plus largement les pays francophones représentent 70% des projets d’Ulule, côté porteurs de projets comme côté soutiens. Mais nous poursuivons et amplifions notre présence à l’international. Nous venons d’ouvrir le néerlandais, 7ème langue disponible sur Ulule, ainsi que le Canada.

Le Français est-il un adepte du crowdfunding ?
On estime à 6% la part de Français ayant soutenu un projet en crowdfunding. C’est à la fois peu, il y a une très belle marge de progression, et beaucoup en seulement 4/5 ans. Nous avons la chance d’avoir déjà deux des principales plateformes européennes, le sujet fait beaucoup parler de lui dans les médias notamment, les politiques s’en sont emparés sur le plan législatif ou sur la com. Nous sommes plutôt en avance sur nos voisins proches.

– Le financement participatif est-il rentré dans les moeurs ?
Comme dit précédemment, nous sommes aux prémices. 2014 a été une année importante pour le marché, qui a plus que doublé, et 2015 va rester sur cette même lancée. Il y a encore beaucoup de travail d’explication, d’évangélisation à faire sur le crowdfunding, pour bien faire comprendre comment cela marche, quels sont les enjeux pour les porteurs de projet notamment. Nous ne sommes pas que sur du financier, les conséquences de test de marché, d’implication communautaire, d’élargissement d’un public cible ou de communication multicanal sont aussi importants (voir plus) que la seule recherche d’argent. De plus en plus d’associations, d’entrepreneurs en prennent conscience.

En 2013, vous avez aidé au financement d’un peu plus de 2000 projets, en 2014 plus de 3500, parallèlement il y a de plus en plus de plateformes spécialisées proposant du finalement participatif, est-ce qu’on ne va pas arriver à trop de sollicitations et à un essoufflement du modèle?
Loin de là ! La multiplication des plateformes est normale sur un marché émergent. Il y a un effet d’aubaine ou un début de miroir aux alouettes. Sur le crowdfunding pratiqué par Ulule, de soutien à des projets en échange de contreparties non financières, le marché est déjà très avancé. Nous sommes déjà dans une concurrence européenne et internationale très forte. Emerger aujourd’hui avec une nouvelle plateforme généraliste, sans apporter quelque chose de profondément nouveau, va être difficile. Et pour les plateformes spécialisées, trouver un modèle économique n’est pas simple. Le crowdfunding est un métier de volume, de micros-marges sur un grand nombre de projets (toutes plateformes confondues le projet moyen est de 4 000 euros). Et les soutiens aux projets sont bien souvent intéressés autant par le sport, que la BD, le patrimoine ou l’agriculture 🙂 Restreindre le champs d’action à un domaine est donc compliqué à moyen terme.

Sur la totalité des projets financés, la musique arrive en seconde position, à quoi est-ce dû selon vous ?
La musique, le cinéma, le spectacle vivant, l’édition expérimentent le financement participatif depuis la nuit des temps 🙂 C’est dans l’ADN de la culture de se tourner vers le public pour faire financer un projet. On a toujours fait « tourné le chapeau » à la fin d’un concert ou d’une pièce de théâtre. Nous avons juste modernisé cela grâce au web et au réseaux sociaux, permettant à ces créateurs de ne plus uniquement se tourner vers leur communauté proche, mais au contraire de s’appuyer sur elle pour aller chercher plus de monde. La musique garde donc une place importante sur Ulule, même si en pourcentage elle a tendance à se réduire puisque de nouveaux champs apparaissent : la mode, la presse, la restauration etc.

Qu’est-ce qui fait la différence dans la réussite d’un projet?
La bonne compréhension de la mécanique, la préparation de la collecte, l’investissement du porteur de projets sont clés. Et évidemment l’accompagnement apporté, ou non, par la plateforme. Ulule accompagne tous les porteurs de projet, un manager est dédié à chaque projet pour le conseiller et lui apporter notre expertise. Et c’est ce qui fait notre taux de succès de 65%, loin devant nos concurrents.

Quel est votre conseil à un porteur de projet (plutôt musical) qui souhaite se lancer dans l’aventure?
En plus des conseils précédents, j’ajouterais les visuels. On voit trop souvent arriver des artistes avec très peu de vidéos ou de belles photos de leur projet. C’est dommage, c’est essentiel aujourd’hui pour émerger, pour communiquer et se faire connaître. Cela doit faire partie de façon générale de leurs priorités 🙂 Et pour une collecte sur Ulule, c’est encore plus important.
 
Quels sont les objectifs d’Ulule dans les années à venir?
Continuer à accompagner un maximum de ululeurs dans l’aboutissement de leur projet. On le répète souvent, le crowdfunding est bien souvent le plus court chemin entre une idée et sa réalisation concrète. Cela va passer pour nous par l’amélioration constante de notre site, par le renforcement du lien entre Ulule et sa communauté, mais encore plus par celui entre les ululeurs entre eux. Nous allons de plus en plus favoriser les échanges entre eux, online ou lors de rencontres partout sur le territoire. Le retour d’expérience des uns et des autres ne peut que favoriser la réussite des prochains ululeurs.

Chloé Nataf, chargée de développement des musiques enregistrées. Spécialisée dans la distribution, commercialisation et le numérique. Passionnée par les changements du numérique sur notre société. Adore les pêches à la ligne, les vinyles, les bondieuseries, le kitsch. A ces heures perdues, le jour elle brode, la nuit elle mixe.

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