KRAFT 2015, LES 72 HEURES DE LA SÉRIGRAPHIE À POL’N !

Cette année, l’édition du festival de la sérigraphie de Nantes a de nouveau tapé dans l’unique, le nouveau, l’original. Pour sa troisième occurrence consécutive, Kraft s’est mis aux couleurs compétitives et enfantines des albums « Panini » de notre enfance. Vous savez, ces catalogues en papier glacé où l’on collait des images (joueurs de foot célèbres, figures emblématiques de dessins animés, monstres mythologiques, etc…). Le but étant de parvenir à remplir l’album, et d’avoir les images les plus rares et les plus belles. Qu’est-ce que ces souvenirs ont à voir avec la sérigraphie, me direz-vous ? Eh bien, pour 2015 l’équipe organisatrice de Kraft s’est lancé le défi de réaliser un album géant à base d’affiches sérigraphiées : 72 images, une créa par heure, 72 heures non-stop d’impression au sein de l’espace Pol’Nien. Le défi est de taille, il s’agit de remplir les créneaux – diurnes et nocturnes – sans que ne s’interrompe la chaîne à un seul moment. Bien qu’il n’y ait pas eu d’huissier sur place, le pari lancé par les Krafteux a été relevé haut la main ! Trois jours, trois nuits ? Les temps accordés au festival se sont étalés sur une semaine entière, travail et sueur ont porté leurs fruits, Kraft cette année à Pol’N : c’était de la bombe, tout simplement !

Le fil rouge de cette édition 2015 se résume en un mot : la création. Alors que les éditions précédentes accordaient une place importante à la diffusion de la technique sérigraphique, le point d’honneur s’est calé sur l’art en lui-même, ainsi qu’à la connexion entre les sérigraphes de la région nantaise et d’ailleurs. Les rencontres pour le partage de cette passion. Le défi des 72 heures prend tout son sens lorsqu’il amène les participants à se rencontrer, en plus de découvrir les pratiques de chacun. De ce désir de liens est issue également la volonté de rassembler l’ensemble du festival au sein d’un seul espace incarné par Pol’N, d’où tout est parti il y a 3 ans. Les personnes qui composent l’équipe initiale sont rattachées à différentes structures, notamment Le Chakipu, 100 pression, Grante Ègle, Série B et La Machine Folle – dont certaines sont parties de l’espace associatif de la rue des Olivettes. D’où ce retour aux sources Pol’Niennes, comme autant d’abeilles qui retrouvent leur ruche pour buzzer en choeur !

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Plusieurs moments forts ont rythmé la vie du festival cette année, découpés en temps et en espaces bien délimités. Premier point d’orgue : les créas. En amont de la phase d’impression en série, les sérigraphes créent le dessin servant de base au pochoir. Afin de pimenter les 72 heures et de donner une touche unique aux affiches, les artistes sont invités à faire tourner la Roue de la Fortune à deux reprises : une première fois pour la contrainte de couleur, une seconde pour le thème à dessiner. Sachant que chaque créa doit être au format portrait, thème « Panini » oblige… On croise dans le couloir d’expo un monstre rose fluo portant un maillot d’arbitre, des têtes de morts aux trames complexes, un Playmobil en costume de star électro ou encore des figures tatouées et percées sous couvert de dégradé. C’est l’envers du décor, ça se passe derrière le rideau mais ça détermine tout le reste. Les heures de créas ne rentrent pas dans le chronomètre des 72 heures car le timing aurait été impossible à tenir, étant donné les étapes techniques propres à la sérigraphie.

Second coup de gong : La soirée de lancement. Et pas des moindres… Les 72 heures commencent maintenant, lancées par la mascotte Krafty et sous une pluie de confetti. C’était mercredi soir, à 20h : les tables de sérigraphie de Pol’N – construites pour l’occasion par l’équipe de bénévoles – se sont vues possédées par les premiers artistes. Première soirée, en mode off, de Kraft 2015. Les sérigraphes conviés avaient tout le loisir de découvrir le lieu, remplir les derniers créneaux libres, commencer à fêter dignement la sérigraphie.

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Jeudi 30 avril, 19h : L’ouverture au public. Seconde soirée ; public : première ! Sur du rock, de l’électropunk, du noise, les portes de Pol’N s’ouvrent à la ville. Les vingt-trois premières affiches sérigraphiées ornent le mur au fond à droite de Pol’N, derrière le bar. Les tables où s’affairent en continu les artistes sont au centre, tournant le dos à l’atelier où les créas sont insolées, et où tout le matériel s’entrepose. La scène est à droite de l’escalier central, sur lequel trône la Roue de la Fortune, véritable clef de voûte de la décoration générale. Il faut dire qu’en matière de déco, l’équipe a mis le paquet ! Ribambelles de fanions portant la figure de Krafty et le visuel des 72 heures – une main portant un chronomètre ; des ampoules multicolores rappelant l’ambiance des guinguettes ; un chill out façon auberge auvergnate, où les biches empaillées côtoient les marmottes encadrées et le hibou hululeur ; le bar aux couleurs de supporters footeux, coupes de pseudo-compèt et cartes postales kitsch. Deux immenses banderoles rouges et bleues encadrent l’espace aérien central, donnant la couleur : fêter avec passion ce parcours épique de sérigraphie. Au niveau scénique, ça tabasse avec Rick van Looy et Nursery. Puis la prestation déguisée de Shérif Mouloud & Zorro Loco met tout le monde d’accord et la fosse se remplit rapidement. Pendant ce temps, l’encre coule et s’étale sur les affiches qui viendront bientôt remplir le mur d’expo, et le shop – à prix libre. Fin de soirée à 1h mais pas de pause pour la sérigraphie, il reste alors encore quelques 50 heures à tenir.

Deux matinées pour le partage d’une technique d’art : les workshops. Deux sessions d’ateliers de sérigraphie ont été proposées (info relayée sur l’interface Facebook) et ouvert à une quinzaine de personnes chacune. Le festival est un moment de fête et de partage, certes, mais aussi de découverte. L’une des sérigraphes de l’orga a animé ces deux matinées en nous dévoilant les différentes étapes de la technique sérigraphique. Première phase cruciale de création : réaliser un dessin en format portrait (afin de suivre le thème « Panini »), en utilisant uniquement du noir. Les créas se réalisent sur rhodoïd ou sur papier calque (le typon), afin que la phase d’insolation laisse passer la lumière aux endroits non colorés. Pendant ce temps, le cadre (la toile) – qui servira de support – trempe dans un produit chimique photosensible, dite l’« émulsion ». L’insolation est la phase centrale : sur une table lumineuse (la flasheuse) on pose le dessin, que l’on recouvre du cadre séché, la lumière passe à travers les parties vides du dessin et atteint le cadre : le produit photosensible réagit et « bouche » les mailles du support. Contrairement aux endroits où la lumière n’a pas pu traverser. Résultat après rinçage à grande eau de la toile : le dessin réapparait en pochoir, il ne reste plus qu’à tirer l’encre à travers le tissu pour réaliser autant d’affiches qu’on le souhaite. Magique. Résultat des ateliers de Pol’N : deux microéditions originales, et l’envie de se mettre à la sérigraphie derechef !

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Un 1er mai sous les tropiques : les battles. À en croire l’adage, le vendredi tout est permis ! Le Kraft Festival poursuit sa course effrénée et les créneaux déjà bien entamés des 72 heures laissent la place à une session battle ! Quelques heures de performances… En somme : une version hip-hop de la sérigraphie. Les équipes se livrent bataille sous les regards d’un public aux aguets. Option masque aux couleurs dégradées, création de visages, ou timing : que le plus farfelu gagne ! Ambiance compèt’ festive et confetti – encore ! le ton est donné au micro par un chauffeur de salle de génie et soutenu par DJ’s Visualize aux platines. Moment parfait d’énergies déchargées, notamment lorsque Krafty décerne les coupes et taquine au passage Armel au micro, le Catch à Moustache n’est pas loin… Il ne reste plus qu’une vingtaine d’heures avant le coup de sifflet final, mais ce début de week-end s ‘annonce très bien : phase cumbia avec Passion Coco, puis c’est parti pour l’électropicale, on installe des platines supplémentaires et les Fantastiks se calent aux vibrations chatoyantes de Merci ! Bonsoir ! Les épaules se délient et la piste de danse s’échauffe. Les presses à encre ne se stoppent pas pour autant, la dernière nocturne s’entame…

Coup de sifflet, fin de chrono : Clôture du festival Kraft. À l’approche de 20h ce samedi 2 mai, les Nantais se sont déplacés massivement et de bonne heure… À savoir que la jauge de Pol’N est limitée cette année à quelques 200 convives et malgré un turn-over dynamique, une queue se crée au niveau du porche d’entrée alors qu’il fait encore jour. Le temps pluvieux n’entame que peu les envies de participer à la dernière soirée de cette édition 2015. Le décompte du chronomètre s’approche du zéro, les dernières impressions se réalisent… Trois, deux, un… Zéro ! Krafty apparaît accompagné de l’équipe organisatrice, des confetti pleuvent une fois de plus. Ils ont tous un sourire énorme, les traits quelque peu tirés par la fatigue certes, mais l’air heureux. Et c’est légitime ! Ils ont lancé un pari et l’ont tenu jusqu’au bout, suivi par le public curieux et friand de ce genre de délires créatifs et ludiques. Cette soirée de clôture se cale sous le signe musical du hip-hop, les deux crewsMonsieur Saï et Chilly Jay – se partagent la scène : début ambiance dark pour finir sur un ton bien plus groovy !

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Touche finale : Exposition dominicale. Le soleil est arrivé sur Nantes en milieu d’après-midi ce dimanche 3 mai, il tombe à point nommé pour ceux qui souhaitent profiter – une dernière fois – de Pol’N et de l’exposition des 72 affiches réalisées au cours du festival. Il en reste quelques unes à shoper, mais la majorité du stock est épuisée. L’ambiance de cette fin de journée – fin de week-end, fin de festoche – est parfaite, détendue, sans pression. Les portes de Pol’n restent ouvertes jusqu’à 20h au public. Des vinyles de country et de blues tournent sur les platines pendant que les mordus de sérigraphie impriment encore des affiches. La mascotte Krafty s’amuse avec un fumigène dans la cour, tout le monde se marre et la soirée off s’annonce plutôt agréable. L’équipe est rincée, certes… Mais pleine de joie.

D’ailleurs, ils sont largement d’accord sur un point : le festival Kraft 2015 s’est déroulé sans accrocs : les sérigraphes ont joué le jeu, le public a été extrêmement réceptif à la création et à l’art de la sérigraphie. Les bénévoles ont bien aidé à tenir la barque, l’entente entre les équipes était fluide… Que dire ?!… Belle réussite les Krafteux ! En espérant qu’une édition 2016 du festival relèvera le niveau (bel enjeu de pari, isn’t it?!) !

Aller sur le site du festival Kraft

Rédactrice, amatrice de musiques électroniques et d'arts interactifs, je me passionne pour les pratiques culturelles émergentes de la société contemporaine.

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