La Lanterne, entre Roland Becker et les Tindersticks

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Voilà un peu la principale motivation d’Antoine, mélomane gourmand, avide de contact avec ces mêmes mélomanes, pour monter un magasin de disque au Pouliguen. Pari courageux mais qui s’en plaindra ? Quelques questions au gardien du phare, tenancier de la boutique La Lanterne.

Photo bandeau – Phare Belle Ile © Cécile Arnoux

Quelles motivations trouves-tu pour monter un magasin de disque au Pouliguen ?
J’en avais marre des vendeurs qui, à mes commandes de disques, me répondaient : « on ne l’a pas, mais je vais vous le commander » ou « on ne travaille pas avec eux », sans jamais pouvoir parler musique ou me donner un avis sur tel ou tel truc. Tout comme les bornes d’écoute où on ne peut écouter que les 30 premières secondes d’un morceau.

As-tu une clientèle sur Le Pouliguen et quelle est-elle ?
Au départ, ma clientèle était en grande partie touristique, elle venait chercher de la musique traditionnelle ou du connu, mais ce sont surtout des personnes curieuses (musicalement) qui viennent aussi.

Tu as des références aussi bien traditionnelles bretonnes que jazz, rock 60’s, pourquoi ces choix et pas d’autres ?
Au tout début, l’orientation était bretonne au sens large mais rapidement je me suis senti frustré de ne pas mettre tel ou tel artiste. Donc naturellement d’autres univers ont fait leur apparition. Le but du jeu est bien d’avoir tous les styles mais n’importe quoi !

 

IMGP5769
La Lanterne © DR

 

Tu travailles aussi beaucoup avec les labels régionaux comme My Little Cab ou encore Kythibong. Pourquoi ceux-là et comment les présentes-tu à tes clients ?
Dès le départ, je voulais My Little Cab, j’aime beaucoup Boy and the Echo Choir, et en en parlant autour de moi, je me suis aperçu que personne ne connaissait…. C’est l’une des raisons d’être de La lanterne – il y a sur la presqu’île guérandaise et plus loin aussi, des artistes qui font un boulot formidable et dont on ne parle pas à la télé ou qui ne passent pas à la radio. Pour Kythibong, c’est un double coup de pour Piano chat et Electric Electric – découvert via Youtube (vidéo de Piano Chat aux embellies de Rennes – un live à L’antipode de Rennes pour Electric Electric). Vagina Town et Gratuit passent d’ailleurs bientôt au VIP de St Nazaire. Mais sachant que c’est du temps et de l’énergie qui passent là-dedans – entre coups de fils, mails, attente, rdv … c’est automatiquement que j’accroche à ce qu’ils font, sinon je ne vois pas l’intérêt. Pour le présenter, c’est autre chose. D’un côté beaucoup de personnes réagissent positivement à la pochette de Boy « into the light », et la proposition de l’écoute vient naturellement. Mais pour l’ensemble, c’est une question de critères, c’est selon les goûts des gens. Plutôt que de leur parler de la musique, je préfère leur faire écouter.

Tu proposes aussi des livres ou fanzines à la vente, et des expos. Est-ce complémentaire et cela ramène-t-il une certaine clientèle vers les disques qui n’y serait pas spontanément allée ?
C’est complémentaire ! Une partie des livres portent sur la Bretagne, la presqu’île, j’ai dernièrement mis en avant un auteur de la presqu’île, Florence Leconte, qui fait des livres sur la presqu’île dont un beau bouquin « Mémoire de Guérande » ou Guérande raconté par les anciens. Après s’il y a un lien entre disques et livres/fanzines peut-être, mais entre expo et disques je ne crois pas. Dernièrement, l’expo de Pascal Barnier intrigue et c’est tant mieux, on me demande si c’est de la peinture ou de la photo et comment c’est fait ?

IMGP5754
La Lanterne © DR

 

Quels rapports as-tu avec d’autres disquaires régionaux ?
Je n’ai pas le temps de rencontrer les autres disquaires, je passe plus de temps dans la paperasse et à chercher de nouveaux groupes.

On peut vivre en vendant des disques aujourd’hui ?
Je ne sais pas. Si d’ici trois ans je me dégage un salaire, je serai content.

Quel est le disque que tu défends bec et ongle dans ton magasin et pourquoi celui-là ?
En fait, il y 3 réponses. Roland Becker, qui prend une direction nouvelle à chaque album, un beau travail sur le son d’ambiance. Lleuwen que j’ai découvert récemment avec l’album « Tân », un album avec des beaux arrangements et une contrebasse qui chatouille les oreilles, une voix avec un léger cheveu sur la langue. J’ai un frisson à chaque écoute pour Cabane qui vient de sortir un morceau avec Bonnie Prince Billy « Sangokaku ». Et aussi « Deserter songs » de Mercury Rev ainsi que le premier album de Tindersticks. J’arrête là … Mais la musique quelle qu’elle soit, si elle ne parle pas, si elle ne change rien en nous, ne nous rend pas meilleur, ne nous donne pas du courage pour changer les choses, ne nous inspire pas, elle ne sert à rien et n’est rien d’autre que du papier peint.

 

Page Facebook LA LANTERNE

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

Soyez le premier à commenter