RF8, LA RADIO DU FUTUR ?

Radio France, avec ses sept radios, est depuis 50 ans l’un des plus grands pourvoyeurs de musique en France. Ses programmes laissent une large place à la découverte musicale et l’on connait notamment au travers de l’émission radio vinyle, l’extraordinaire fond de disques accumulés ces dernières années. C’est donc tout naturellement que Radio France a lancé hier, assez discrètement, RF8, une plateforme musicale arty et policée proposant essentiellement de la prescription musicale via des playlists. Premières impressions et visite guidée.

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Un site vertical

D’emblée, lorsqu’on arrive sur la page d’accueil, on se rend compte que le parti pris n’est pas l’information. Le menu est on ne peut plus simple. Quatre entrées sont possibles, et deux uniquement sont actives : Playlists et Grands formats. Pas de jugement seulement un constat : le site est sorti hier, nous (Tohu Bohu) avons expérimenté que cela n’est pas évident d’avoir tout de prêt pour le jour J !
Pour comprendre RF8, il faut naviguer de haut en bas. C’est un site vertical, avec très peu d’informations (d’ailleurs les actualités arrivent en bas de la page d’accueil et on ne les retrouve qu’à cet endroit sur le site) et de belles photos agrémentées de titres énigmatiques – mais accrocheurs – nous invitant à entrer. Alors on entre !

Des playlists thématiques

playlistsrf8

Sur ce site, aucun moteur de recherche, aucun catalogue ou liste d’artistes, aucune catégorie de style musicaux. RF8 nous invite à découvrir la musique à travers des thématiques très variées comme « toute une montagne », « vol 370 malaysian airlines », « super héros », mais également autour des univers des programmes de Radio France. Les playlists sont concoctées en grande partie par les équipes existantes des radios, comme les programmateurs musiques, les animateurs d’émissions (l’Afrique Enchantée, Pop Corn… ), mais pas que !
RF8 s’appuie également sur une équipe éditoriale dédiée qui va agrémenter les playlists d’interviews, portraits, historique, extraits d’émissions radio, vidéos youtube ou liens bandcamp.

 

Agrégateur de contenus

Radio France n’a pas eu les autorisations pour héberger du contenu audio directement sur le site, les producteurs via leurs sociétés civiles ont refusé l’idée d’une licence globale comme pour les radios (voir l’article de l’express). RF8 est donc un agrégateur de contenus youtube, bandcamp… Cela pose des questions morales puisqu’un service public utilise et encourage le contenu proposé par google (propriétaire de youtube) qui ne participe pas assez activement à la fiscalité nationale (cf Taxe Google). Ceci dit, la navigation est très fluide, inutile de changer de site et d’aller sur youtube pour écouter les morceaux, c’est plutôt très bien fait. Les métadonnées des titres sont renseignées avec très souvent la possibilité de les acheter sur I-Tunes. Visibilité supplémentaire pour les artistes et gain de temps et d’argent certain pour RF8. Alors, l’un dans l’autre…

Des dossiers thématiques

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Ici appelé : les grands formats. Pour l’instant, il n’y en a que trois. Ce sont des mini-sites, dédiés à un mini-sujet comme l’album qui est un grand-album, « Prose Combat » de MC Solaar. Aucune nouveauté dans la façon de traiter le sujet car Arte propose régulièrement des mini-sites sur un sujet. Mais l’expérience est plutôt agréable. L’attention est concentrée sur le sujet avec un habillage spécifique. Il n’y a pas de pollution visuelle extérieure ce qui laisse la place à un récit narratif fait d’anecdotes : comme si on y était !


RF8 par radiofrance

Un virage numérique amorcé

Difficile pour une grosse machine comme Radio France d’opérer le virage numérique, qui était certes enclenché. Se targuant pourtant d’être défricheur et découvreur de jeunes talents, la société de service public n’avait pas encore expérimenté en matière numérique.
Son objectif est clair et a été réaffirmé ce mardi 6 mai sur France Inter par l’initiateur du projet, Joel Ronez (directeur des nouveaux médias chez Radio France et directeur du Mouv’):

L’objectif est de faire connaître les musiques, de les accompagner, de les éditorialiser et de proposer autre chose que ce qu’il y a aujourd’hui dans l’offre musicale. Sur Spotify, Deezer ou Youtube, vous avez plus de 40 millions de titres à écouter. Et bien nous, notre boulot c’est de proposer, c’est de montrer le choix dans cette multitude (…) et de faire découvrir de nouveaux artistes qui ne sont pas dictés par la force du marketing.

 

Une plateforme évolutive

Nous l’avons tous compris, l’idée de la plateforme est de faire découvrir de la musique d’une autre façon et de faire vivre une expérience à ses visiteurs. Cet objectif est plutôt bien rempli. On retrouve le plaisir que l’on pouvait avoir avec myspace : se ballader de page en en page instinctivement tout en se perdant et en écoutant de la musique. Mais RF8 souhaite aller plus loin.
Dans le communiqué de presse daté du 5 mai 2014, on nous annonce de futures fonctionnalités :

 

  • Une offre de webradios thématiques, qui proposeront des contenus d’accompagnement musical au long cours, à la carte, en fonction des goûts et des humeurs de chacun.
  • Un espace de contribution, dans lequel les internautes pourront proposer des playlists dans le cadre de concours thématiques.
  • L’actualité musicale des antennes (concerts et évènements spéciaux de l’ensemble des antennes ainsi que des formations musicales).
  • La mise en avant de l’ensemble des concerts et sessions enregistrés à la maison de la Radio.
  • RF8 permettra enfin à ses utilisateurs de s’abonner aux programmateurs, artistes ou genres qu’ils affectionnent, afin de personnaliser leur expérience. Ils reçoivent ainsi des alertes quand des contenus postés sur le site leur correspondent.

Bien plus qu’un agrégateur de playlists et de mini-sites, les ambitions de Radio France sont de fidéliser, créer un nouveau rapport à ses programmes et de créer la radio musicale interactive du futur. On leur souhaite bon courage dans cette aventure qui risque d’être passionnante et semée d’embûches.

Chloé Nataf, chargée de développement des musiques enregistrées. Spécialisée dans la distribution, commercialisation et le numérique. Passionnée par les changements du numérique sur notre société. Adore les pêches à la ligne, les vinyles, les bondieuseries, le kitsch. A ces heures perdues, le jour elle brode, la nuit elle mixe.

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