LAMA, DU VIGNOBLE A LA VILLE

En mars 2016, le contrebassiste et activiste au sein de Yolk Sébastien Boisseau présentait le projet Musique au Salon (rencontre musicale chez l’habitant) sur le quartier des Dervallières, quartier où Yolk a posé ses valises à la Fabrique. Avant cela, cet habitant du vignoble initiait le LAMA (Les Autres Musiques Aujourd’hui), association qui propose des concerts chez l’habitant ou dans des lieux insolites. Mais c’est bien l’initiative de Musique au Salon qui a mené Sébastien à proposer ce tout premier LAMA aux Dervallières, satisfaisant ainsi l’envie des habitants du quartier de poursuivre l’aventure artistique. Rencontre avec Sébastien…


Visuel LAMA du Vignoble – Anatole Donarier (http://anatole-do.com/)
Visuel LAMA Dervallières – Roti (http://www.deveaugraphisme.com/)

 

 

Qu’est ce qui différencie le LAMA aux Dervallières au Salon que tu avais présenté il y a un peu plus d’un an ?
Plusieurs choses. Je ne suis pas au centre de l’aventure, nous sommes une équipe. Au Salon, c’est une alternance de passages musicaux et d’échanges avec le public, au LAMA on assiste à un concert. Le LAMA peut accueillir une centaine de personneS très différentes, alors que le Salon repose sur l’intimité d’un cercle qui souvent se connaît. Et surtout, le LAMA n’a pas d’esthétique artistique définie, il propose un voyage différent à chaque occasion …   
 
Comment vois-tu les habitants du vignoble et ceux des Dervallières dans leur appréhension du projet, dans leur collaboration ?
Comme un rassemblement de personnes qui s’approprient petit à petit les enjeux qui tournent autour de la question artistique; comment créer la rencontre avec l’oeuvre ? S’autoriser (à nouveau?) à participer même si on est pas un pro de la culture ou qu’on a pas les codes, créer un élan collectif ou une énergie en direction d’un moment unique le temps d’un concert, s’investir pour son propre plaisir, pour celui des voisins, des amis et des artistes reçus … Un peu comme avec un groupe de musique en fait, il s’agit d’emprunter un chemin, ça prend plus ou moins de temps, et aujourd’hui l’équipe des Dervallières est déjà bien opérationnelle ! Moi j’accompagne sur le chemin et je participe à mon niveau …
 
Comment  travaillez-vous la proposition artistique par rapport au potentiel public de ces territoires ?
Zéro différence ! Vignoble ou Dervallières, on recherche avant tout un lieu nouveau et si possible atypique à chaque fois, un lieu qui crée une combinaison particulière avec la musique choisie.
Le LAMA veut surprendre le public, le cueillir grâce au mystère, lui préparer le terrain de l’inattendu. Si la combinaison musique/lieu est réussie, le public se laisse aller. Vignoble ou Dervallières, c’est le potentiel d’un contexte que nous explorons, le potentiel du LAMA aussi.  
   
Ce 1er LAMA a une affiche surprise comme la dernière édition du festival Le Champ du Rock à Saffré. C’est risqué non ?
Le LAMA n’a pas peur ! Le LAMA ne fait pas peur ! Prenons des risques que diable ! Et puis franchement, risquer quoi au fond ?? De passer une heure de son temps en face de musiciens de qualité et à échanger avec d’autres sur ce qu’on s’était imaginé en regardant l’affiche, plutôt sympa non ? Personnellement je trouve qu’il y a plus de risques à tenter de répondre à des attentes du public, alors que notre objectif est de solliciter son intelligence et sa curiosité. Cela reviendrait à considérer le public comme un bloc homogène. Moi je suis convaincu qu’il faut l’envisager comme une somme. Le LAMA s’adresse aux curieux, aux frileux aussi (entourés de leurs amis), aux enfants, aux parents, aux amateurs occasionnels, aux fondus de musiques bien faites, aux aventuriers, aux citoyens quoi ! 
 
Est-ce que finalement, la meilleure des choses qui puissent arriver suite à ce LAMA aux Dervallières serait la création d’une asso de quartier qui pourrait porter la chose de A à Z ?
Je ne sais pas ? Ce n’est pas à moi de répondre à cette question. Les éleveurs du LAMA se la poseront en temps voulu. A ce jour, la meilleure chose qui puisse nous arriver, c’est un beau premier concert le 21 MAI qui donne envie à tout le monde d’organiser le LAMA n°2. VENEZ LE 21 !!!!

 

 
Vous bénéficiez d’un soutien de la Ville et du contrat de Ville, sans çà ce serait vraiment compliqué ?
Bien-sûr. Il y a un grand élan bénévole. C’est super. Il s’agit de créer un espace de contact entre le monde professionnel du spectacle et les habitants d’un territoire. Les compétences professionnelles mobilisées ont une valeur, elles ont un coût. Les musiciens qui viennent au LAMA sont des pros, souvent des artistes confirmés, les prestataires qui rendent l’organisation du concert possible le sont également. Tous s’investissent pour rendre cela possible, mais le travail des pros doit être rémunéré. Le soutien financier permet au LAMA de naître dans les meilleurs conditions, à ses éleveurs d’avoir les moyens de l’élever et de le faire grandir. Merci pour le soutien.  
 
Ce soutien du contrat de ville oriente clairement le projet sur une dimension collective du projet, de renfort de la cohésion sociale, de la construction d’un espace démocratique entre habitants, est-ce que c’est clairement l’idée que vous vous en faites et comment  cela peut-il évoluer (j’entends par là pérennisation) ?
Décomplexer, fabriquer ensemble, créer la rencontre, c’est effectivement l’ADN du LAMA, en y ajoutant aussi la dimension « d’utilité sociale des artistes”. Sortir des salles spécialisées et d’un rapport marchand, pour retrouver une autre fonction et un autre terrain de jeu dans l’espace social. C’est aussi un enjeu fort pour les musiciens qui y participent. De plus avec une adhésion à 2 euros pour les adultes, 1 euro pour les enfants, et une place de concert à 2 euros pour les adultes et la gratuité pour les enfants il s’agit d’ouvrir la porte en grand. Le soutien financier est là aussi pour ça !
Pour l’évolution : un troupeau de LAMA à Nantes !! A bon entendeur … 
Pour la pérennisation : nous prendre au sérieux en continuant à supporter et en amplifiant les initiatives portées par des artistes qui s’engagent pour de nouveaux modèles.
 
Qu’est ce qui a pu te surprendre au plus haut point dans le montage de ce projet et le début de sa production ?
Qu’il n’ y ait pas encore un LAMA par quartier à Nantes, et des dizaines d’autres dans la région !  Il est surprenant de constater à quel point nous sommes nombreux à avoir envie et besoin d’un rapport beaucoup plus simple aux artistes et aux oeuvres, si raffinées ou intenses soient-elles. Lorsque l’on décolle les étiquettes, que l’on fait appel à l’intelligence et à la confiance des gens, on retrouve du sens aux démarches artistiques, on les distingues des entreprises commerciales.      

Concert dimanche 21/05 – 16 h, 2 adulte, G pour les enfants.
Quartier Dervallières
Pôle Séquoia
1, rue Auguste-Lepère

Résa conseillée : lamaderv@gmail.com

 

Site LAMA 44

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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