LE DUB DANS TOUS SES ÉTATS

Basses qui tonnent, soleil tapant, foule ondulatoire : le dub dans tous ses états au Dub Camp 2015.

Toutes photos © Morgane Lesné
Dub ? Vous avez dit Dub ? Oui ! En effet, la programmation annoncée par l’équipe de Get Up n’a pas dérogé aux attentes des festivaliers : le Sound System dans sa version reggae from jamaica – mais pas que ! – avait la première place ce week-end sur le site de la Martinière, au Pellerin. Cette petite bourgade de bords de Loire se situe à quelques quarante minutes de Nantes (et non vingt comme présenté sur le flyer) et a reçu pour la seconde fois consécutive le Dub Camp Festival, ce deuxième week-end de juillet. Trois jours placés sous les auspices des sub, des haut et bas medium, des aigus, des sirènes et autres jouets musicaux, micros, etc… Modulations sonores et amplification des basses fréquences titanesques. La terre a tremblé, les pieds ont frappé le sol, nuages de poussières et vibrations au menu !

Dans un paysage national estival qui vient de perdre son festival-phare dans le monde du reggae – l’édition 2015 du Garance Reggae Festival n’aura pas lieu, la mairie de Bagnols-sur-Cèze qui accueillait cette institution depuis 2010 a décidé de ne pas réitérer l’expérience, le Dub Camp s’installe fraîchement comme le rendez-vous où sauter en cadence sur des rythmiques poussives et sur des riddim roots. Get Up s’est immiscé dans un créneau demandé, la niche est riche et le panel de crews conviés pour le week-end montre l’expérience et le réseau qu’ils ont su monté au fur et à mesure des années. C’est simple, les plus gros noms des Sound Systems dub européens était présents au Pellerin ces 10, 11 et 12 juillet 2015. Jah Shaka, Channel One, Blackboard Jungle, Stand High Patrol, Alpha&Oméga, Rubicalist, Mungo’s HiFi, Chalice, OBF, et bien d’autres encore… Beaucoup de moments forts, quelques points à revoir, et du Jah RastafarI « en veux-tu ?! En voilà ! »… Mais on va essayer de ne pas trop appuyer sur le trop-plein de prosélytisme rasta. Nous n’étions pas là pour ça.

Le site du festival s’étend tout en longueur : trois chapiteaux se partagent le gâteau, assez éloignés les uns des autres de telle sorte que le son de l’Outernational Arena n’empiète pas sur celui du Sound Meeting (central), ni sur celui du Dub Club (incarné sous le chap’ de l’association SweatLodge). Des espaces chill out – en mode détente à l’ombre – s’intercalent, non loin des bars et des stands de restauration. La terre est sèche, l’herbe est jaune, les festivaliers emplissent les arènes au fur et à mesure. Sachant que le pic de densité est atteint samedi soir entre 22h et 3h du matin. La jauge pour les trois jours est fixée à 15000, ce qui assure une proxémie très confortable. Un soleil de plomb, quelques vagues de vent salvateur, les éléments répondaient présents pour cette édition 2015 du Dub Camp.

 

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La réelle réussite de ce week-end s’est inscrite dans la prog’. Le dub a résonné sur les berges du canal de la Martinière et les diverses influences de ce style de musique ont pu se dévoiler aux différentes sensibilités auditives. Les sons roots, au BPM lent et aux mélodies à contretemps se calent en plein après-idi, de sorte que les festivaliers puissent se mettre tranquillement dans l’ambiance. Des effets ondulatoires se créent en douceur dans une foule parsemée, qui se rassemble face aux murs d’enceintes environnant la fosse des chapiteaux. Au niveau du chap’ rouge et central – le Sound Meeting Arena – deux Sound Systems se partagent l’espace, et encensent l’air de sons sous le mode Dubfidub, forme de battle entre deux crews qui décident de se renvoyer la balle, pendant plusieurs heures. Après Channel One et BlackboardJungle qui ont ouvert le bal vendredi, nous avons eu le droit ce samedi à 8 heures de session alternée entre le Stand High Patrol et Mungo’s HiFi, le tout en featuring avec Charlie P , MC anglais de renommée européenne, et l’italienne Marina P dont la voix est une référence dans cet univers occidental des Sound Systems dub. Puppajim – MC des Stand High – a animé les fréquences de ses ondes vocales de telle sorte que le dancefloor s’est enflammé graduellement au fil des séquences. Les trois chanteurs ont habillé les riddims avec ferveur. La luminosité extérieure s’amenuisant avec l’avancée nocturne, les sonorités se sont révélées être de plus en plus rapides, pêchues, dansantes !  Bpm accéléré, on remplace le roots de base par du dub davantage mécanique, certains le nomment robot – en raison peut-être des mouvements corporels saccadés que ce rythme induit. Quoi qu’il en soit, ce dub-là prend des facettes électro tout en maintenant les ambiances vaporeuses originelles. L’ensemble fonctionne à merveille. Les danseurs s’accrochent aux enceintes et dansent – sautent – de concert (tout en se déplaçant de mur en murs à chaque changement de crews).  De minuit à 3h, les aficionados des fréquences basses s’en donnent à coeur-joie, entonnent No matter how long it takes, chantent sur les trompettes ska du Mariage à l’italienne et frappent le sol en cadence si bien que la poussière du sol embrume l’atmosphère. Moments sensitifs mémorables.

Au bout du terrain alloué au Dub Camp se trouve l’Outernational Arena, de manière plus intimiste les vibrations sous ce chapiteau se diffusent à petite échelle. Deux murs d’enceintes contre six sous le Sound Meeting ! La prog’ est largement tournée vers le reggae brut, originel. Zion gate Hifi tient la barre le vendredi. Y passent également Rootikal Warriah, Raggattack (DJ catalan dont le dub est décomplexé et agréablement fluide). Afrikan Simba, Murray Man, Martin Campbell délivrent leurs voix sur le son lourd, puissant, des Sound System jouant en boucle. L’ambiance y est peace&love et semble former le centre roots sans ambiguïté du festival. C’est sous ce chap’ que les derniers rayons de sunshine tapent, par ailleurs.

 

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Le Dub Club Arena, quant à lui, se situe à l’entrée même du site. Un peu en retrait du chemin, derrière barrières et arbres feuillus. Petite niche où vont et viennent les estivants fêtards, les festivaliers titubants, où s’assoient les groupes d’amis que la chaleur calme, tout en écoutant les grosses tunes qu’émettent en continu les enceintes. L’identité dub de ce chap’ est davantage éclectique. Les sons se suivent et ne se ressemblent pas, ce qui est très agréable également. Belles sessions dub ici-bas.. Du vif samedi, avec Alpha&Oméga sur lequel les steppers balancent leurs corps sans interruption. La vue de la fosse fait penser à une houle soutenue, suintante. Black Redemption joue à la nuit tombée et l’espace se remplit de jeunes individus infatigables, se mobilisant en rythme aux quatre coins de la piste. Intense presta de Jah Marshall dimanche après-midi, tenant le flot pour une fosse qui ne cesse jamais de sauter ! L’image forte, impressionnante survenue au Dub Club s’incarne dans la – les – prestation(s) d’OBF, posant du son à différentes heures et allant crescendo dans le développement du rythme. La piste du vendredi soir ressemble à une tempête humaine, presque en transe. « Du lourd ! On veut de la basse ! » s’exclame un jeune homme… Pour le coup, je crois qu’il a été servi – comme nous autres, et bienheureux de s’essouffler sur une terre qui pulse !

Au-dehors, les stands vendent leurs produits, beaucoup de vinyles et de fringues rasta ; un stand permet de se renseigner sur le fonctionnement – à proprement parlé – de la structure sonore des Sound Systems, on y voit des schémas retraçant les parcours du son : du disque au préamp, en passant par le MC et les sirènes. On peut même s’amuser à jouer avec les modulations produites par ces dernières, ce qui est très amusant !
Un coin en retrait sert d’espace de conférence. Certaines têtes d’affiches répondent aux questions des festivaliers, expliquent leur parcours. L’endroit est à la discussion et coupe avec le reste du site. Plus loin, des frites « bio » maison peuvent être dégustées au stand de restauration de Get Up. Du moins tant que le stock n’a pas été écoulé… Il semble que les prévisions aient été sous-estimées. Dimanche, le surgelé a remplacé le bio, et la communication sur ce point a été plus que tardive.
Le DubCamper peut alors se sustenter de bières – ou de jus de fruits – tout au long du week-end. Les férus de sons reggae dub passent de chap’ en chap’ tout en sautillant, alternant entre les sonorités calmes et les rythmes rapides. Les allers et venues entre les différents points du site ne cessent pas, notamment aux heures avancées de la nuit.

 

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Le manque principal du Dub Camp cette année s’inscrit dans la décoration des scènes et des chapiteaux. Peu de jeux de lumières, quelques symboles rastafari surannés, pas de quoi fouetter un chat. Il semble également que le retour vers le camping et le parking ait été éprouvant, non pas tant par la longue marche – environ deux bornes, mais plutôt par le manque totale de luminosité sur la majorité du chemin. On aurait aimé également voir des espaces de jeux, ou d’animations festives au-delà des arènes sonores.

Quant au coup de cœur – ou plutôt coup de foudre ! – de ce week-end sous le signe du dub, il s’incarne dans les dernières minutes de musique samedi soir sous le Sound Meeting Arena. Stand High Patrol pose Automatic Attack, la fosse s’enflamme, les personnes sont en furie. Suit un dubplate phare de Marina P avec Mungo’s HiFi, moment de joie partagée sous le grand chapiteau. Des sourires et des corps qui transpirent sous l’effet de ces basses puissantes ! Et coupure du son… En pleine montée d’adrénaline, les danseurs clament alors un rappel vertigineux : des sifflets à se boucher les oreilles (pourtant déjà bien engourdies par les dernières heures de grosses basses), un bourdonnement fort qui gonfle le chapiteau et apparaît interminable, des applaudissements endiablés. On attendait avec une foi certaine une dernière tune, à l’image de gamins victorieux ! Mais, non… La deadline temporaire a sonné. Dommage, nombreuses sont les personnes à avoir émis qu’elles n’avaient jamais vécu un rappel aussi intense. En tout cas, les enceintes ont vibré, les galettes ont tourné… Et les platine players nous ont rincés ! Merci à eux.

 

Site du Dub Camp

Rédactrice, amatrice de musiques électroniques et d'arts interactifs, je me passionne pour les pratiques culturelles émergentes de la société contemporaine.

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