LE DUO ZEUGL POUR MOODOÏD

Comment donner à voir la musique ? Décryptage du artwork psyché du groupe Moodoïd réalisé par le duo ZEUGL (Paris). C’est Gabriel Wéber qui s’est chargé de répondre à nos questions accompagné de sa complice Lolita Do Peso Diogo.

Pouvez-vous présenter votre studio, vos champs d’action et votre « style » ?
Nous sommes deux : Lolita Do Peso Diogo et moi Gabriel Wéber. Nous avons choisi depuis peu « ZEUGL » pour désigner et formaliser notre duo, même si les gens nous connaissent plutôt par nos noms respectifs ou comme les graphistes du groupe Caandides, un groupe de musique — et d’amis — pour lequel nous travaillons depuis très longtemps. Nous n’avons pas de style prédéterminé, mais plutôt une démarche qui nous incite à explorer différentes esthétiques, différentes approches pour chaque projet. Nous tentons à chaque fois d’apporter une réponse visuelle adéquate, qui varie donc selon les spécificités de chaque requête, plutôt que de niveler l’ensemble de nos travaux avec une signature. Ce qui nous amène à entretenir une polyvalence technique en expérimentant divers média (vidéo, web, affiche, pochette, produits « dérivés ») et diverses compétences (illustration, animation, VJ, stop motion, dessin de logo, etc.). Pour le moment nous travaillons presque uniquement dans le milieu de la musique mais nous nous occuperons bientôt de l’identité visuelle d’une maison d’édition et peut-être de celle d’une bière.

Comment avez-vous rencontré le groupe ?
Nous avons rencontré Pablo Padovani (Moodoïd) grâce à Caandides. Pablo a d’abord réalisé un clip — auquel nous avons un peu participé — pour eux et leur titre « Winter IX« . Puis Pablo a demandé au chanteur de Caandides, Théo Schittulli, s’il connaissait un illustrateur pour réaliser la pochette de son premier EP : « Je suis la montagne ». Théo m’a alors recommandé et c’est ainsi que j’ai – avec Lolita – commencé à collaborer avec Pablo pour la construction et surtout la figuration imprimée de son univers visuel.

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Comment avez-vous travaillé pour lui faire des propositions d’artwork ?
Pablo avait déjà « édifié » un univers visuel assez singulier au travers notamment de ses clips avant de solliciter nos compétences. Il possédait donc en amont une volonté esthétique et une vision de ses futurs produits. Pour le premier EP « Je suis la montagne » par exemple, toutes les idées de composition, de mise en scène et même de couleur venaient de lui ; nous, n’ayant qu’exécuté ses requêtes et dirigé le graphisme « pragmatique » de la pochette (typographie, lisibilité des différents éléments, etc.). Pour « Le Monde Möö » il nous a soumis un concept plus général, moins dirigiste. Celui d’un monde mou et de son paysage, accompagné d’une multitude de qualificatifs et de références (dont celles de David Jien et des BD « Mordillo« ). En retour on lui a proposé un système de symbole iconique identifiant chaque chanson afin de nourrir son monde de figures concrètes et signifiantes, et non pas aléatoires ou arbitraires. Figures dont nous avons, tous ensemble, discuté de l’apparence et qui demeureraient idéalement, chacune, le symbole invariable de la chanson qui lui est associée. Puis après maintes conversations et plusieurs ébauches, nous sommes parvenus à déterminer la mise en forme et les composants du paysage (triptyque, parcours jalonné par les symboles pour dessiner la tracklist, portail-portrait, etc.). La technique des crayons de couleur a été retenue selon son accommodation avec le thème naïf et fantastique du paysage et de par son aisance d’utilisation. En somme, le tout résulte d’un travail collectif durant lequel Pablo n’a cessé de vérifier la cohérence et la qualité des images. Pablo étant même très exigeant et très attentif à la création de son monde, nous avons dû recommencer trois fois la finalisation de la pochette. Vous remarquerez que sur les pochettes de « La lune » et de « Les chemins de traverses » — que nous avons également réalisées — réapparaissent les symboles respectifs des chansons. Je me permets également d’ajouter que les choix relatifs à la pochette étaient subordonnés à – ou du moins dépendants de – l’ensemble de l’identité visuelle que nous avons progressivement générée (logo paradoxalement discret, charte graphique, chaussettes, pin’s, tote bag, etc.).

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Les artworks dans la musique qui vous influencent ?
Énormément d’artistes nous influencent, mais ils ne travaillent pas forcément pour la musique. De plus, s’il est difficile de ne citer que quelques artistes qui nous influencent, il l’est plus encore de choisir d’évoquer des œuvres en particulier. Nous ne nous risquerons donc qu’à désigner deux studios dont nous aimons le travail, mais qui n’ont que peu de conséquences – nous croyons – sur le nôtre : Megaforce pour ses clips pour Is Tropical (« The Greek » et « Dancing anymore« ) et Dent de Cuir pour tous leurs clips. Sinon il y a aussi la série des leporellos édités par Nobrow que nous apprécions et qui nous a d’ailleurs inspiré le triptyque pour « Le Monde Möö ». Pour ma part, pour la coquetterie, je mentionnerai tout de même trois œuvres que j’apprécie beaucoup : « The works of Geoffrey Chaucer » édité par William Morris avec ses ornementations et les illustrations d’Edward Burne-Jones ; « Akira » de Katsuhiro Otomo et « Acme Novelty Library » de Chris Ware.

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Lolita souhaite citer Barney Bubbles, pour sa versatilité esthétique et conceptuelle ; Jane Eastlight, pour son audace relative ; les clips d’Oneothrix Point Never et elle est intriguée par tout ce qui est constitué de motifs abstraits. Mais, de nos jours, nous voyons tellement de choses qu’il est presque impossible de trier ce qui nous plait simplement de ce qui nous intéresse plus profondément. Et c’est toujours injuste de ne retenir que quelques influences au détriment d’autres toutes aussi importantes mais momentanément absentes de notre mémoire.


Ce clip a été réalisé par Marion Dupas.

Moodoïd sera en concert à Stereolux (Nantes) le 8 octobre (infos et résa) !

Le site de ZEUGL

Aux confins des générations X et Y, j'ai orienté ma formation très tôt vers le journalisme. Pour exercer aujourd'hui le métier de chargé de communication dans le spectacle vivant & les musiques actuelles. En veille permanente, je travaille évidemment avec les outils numériques mais aussi, toujours, avec le bon vieux papier. Avec un intérêt grandissant pour le design et les nouvelles formes de communication sociale & intuitive.

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