LE FEU : NÉ DE GRIBOUILLAGES

Jonathan Seilman levait le voile un certain jour de février 2006 avec un disque absolument bluffant qui révélait le talent hors-pair d’un jeune gars dont on n’avait jamais entendu parler auparavant. A l’époque, avant même de publier ce disque, il avait sorti une démo qui s’était  arrachée au magasin de disque Black&Noir. Les tenanciers du temple du disque de l’époque n’avaient jamais connu tel engouement pour une « pauv’ démo ». Ce n’était pas une « pauv’ démo », mais la première révélation d’un génie musical. Huit ans ont passé, le sobriquet a changé, l’expérience s’est enrichie, l’inspiration demeure intacte. Jonathan Seilman revient présenter ses propres compositions sous une nouvelle identité musicale : LE FEU. Co-signé par deux labels que sont Havalina et My Little Cab, « Playgrounds and battlefields » serait une chamaillerie tantôt sur la cour de récréation, tantôt sur un champ de bataille. Rencontre avec Jo, tête pensante de LE FEU.

Crédit-photo : Gregg Bréhin

D’où est né ce projet LE FEU ?

On pourrait dire que Le Feu est une suite logique à This Melodramatic Sauna, un ancien projet pour lequel, tout comme là, c’est moi qui écrivais les morceaux. Après la sortie de plusieurs démos, d’un 45 tours, et en 2006 d’un premier album, « …et les fleurs éclosent à l’ombre », enregistré avec la participation de pas mal de musiciens issus notamment du Collectif Effervescence, ça a fini par s’arrêter un peu comme ça. Enfin, disons plutôt que ça s’est mis en sommeil, car c’est aussi à cette époque que je me suis retrouvé à jouer entre autre dans le backing-band de ma soeur Faustine Seilman et pour The Patriotic Sunday, avec qui nous tournions pas mal. J’avais moins le temps de me concentrer là-dessus. Du coup, oui, sommeil pendant quelques temps, mais dès que j’en trouvais l’occasion, j’écrivais et j’enregistrais des choses dans mon coin. Le Feu, c’est donc ça, l’aboutissement de presque 8 ans de gribouillages.

Pourquoi ce nom ?

C’est vrai que j’aurais pu continuer sous le nom This Melodramatic Sauna, mais tout ça a pas mal évolué finalement et j’avais besoin de changement après tout ce temps. Comme pour marquer une rupture. Tourner la page. Affirmer un renouveau. Bien que ce nom ait une certaine poétique, les gens ne le retenaient pas facilement qui plus est. Là, Le Feu, en français, c’est simple, direct et ça parle aux gens tout de suite. Enfin, quand je suis amené à réfléchir à des noms de groupe pour les différents projets dans lesquels je joue, le côté parlé, visuel, imaginé sur une pochette de disque a son importance. Tout comme l’était This Melodramatic Sauna pour d’autres raisons, du fait de sa longueur etc, j’aime avoir « Le Feu » en bouche et le voir écrit. Et puis c’est un élément fort de sens. À la fois dangereux et chaleureux. C’est cette ambivalence là qui me plaît dans ce nom, ambivalence qui se retrouve également dans le titre de notre premier disque « Playgrounds & Battlefields », et certainement aussi dans notre musique.

Quel parti pris artistique tu défends ?

Écoute c’est assez dur de répondre à cette question, mais si je défends un truc, je crois que c’est tout simplement une certaine idée de la musique pop, tant dans la manière de composer que d’envisager les choses. Ayant joué ou jouant aujourd’hui avec des groupes comme Argument ou Seilman Bellinsky, c’est en partie le milieu rock DIY qui m’anime, et si Le Feu se veut plus abordable, plus pop (en tant que musique populaire), voire plus « mainstream » que ces projets là, c’est pourtant bien loin du mainstream que je construis les choses, de manière toute aussi indépendante et libre. Et puis il y a l’amour de l’écriture là-dedans. Pour moi qui vient d’une formation classique, faire un beau morceau pop avec couplet-refrain-couplet-pont-refrain-fin, bien arrangé et que l’on se prendra à chantonner plus tard, c’est un défi, et que cela intéresse un petit nombre d’aficionados ou mieux, j’espère que cela passera l’épreuve du temps.

Tu t’entoures de la crème des musiciens nantais. Un rêve exaucé ?

Eheh. On pourrait dire ça, oui. Mais ces musiciens sont surtout des amis que je fréquente et avec qui je bosse de près ou de loin depuis toujours. Des crèmes, oui ! Mais le rêve exaucé vient également par Vanille Fiaux, cette formidable comédienne à qui j’ai proposé de chanter sur le disque et qui continue l’aventure depuis. J’avais vraiment envie de ça depuis longtemps, d’une complice, d’une duettiste pour m’accompagner vocalement, et quand Vanille s’est mise à chanter en studio, je me suis juste dis « voilà, ça y est, j’ai trouvé ». En gros, ce qui n’était au premier abord qu’un simple featuring, au même titre que Carla Pallone de Mansfield TYA qui est venue poser ces violons sur trois morceaux, est finalement devenu l’essence même du Feu. À présent, je réfléchis le deuxième disque intégralement pour elle, avec elle, en duo.

Comment vous travaillez, sachant qu’il y a de sacrés auteurs compositeurs dans ton groupe ?

Pour This Melodramatic Sauna, comme je l’évoquais un peu plus tôt, déjà à l’époque je composais quasiment tout, de la mélodie de base à l’arrangement plus complet, alors là on peut dire que c’est un peu la même. Chacun ayant un planning très compliqué, cela facilite également pas mal les choses. Du coup, je compose et j’enregistre beaucoup seul, ce qui me laisse le temps de réfléchir à mon rythme et d’essayer pas mal de trucs, tant au niveau du morceau en lui-même, que de l’arrangement, ou même de la production finale. Dans le fond, j’ai une idée assez précise de ce que je veux ou entends. Souvent je commence par du guitare-voix ou du clavier-voix, et puis je fabrique les choses peu à peu autour avec de la batterie, de la basse, une idée de voix féminine etc, avant d’envoyer le tout à mes comparses. Après, en répétition, les choses prennent forme différemment bien entendu, et c’est là où les qualités de chacun sont un atout considérable. On travaille en général assez vite. En session de 2-3 jours, enfermés chez moi. Mais j’aime garder la maîtrise sur la direction que prennent les choses. Sans ça, ça ne serait plus Le Feu mais un autre groupe. Enfin qui sait, les choses ne sont pas non plus figées.

« Playgrounds & Battlefields » sort sur Havalina/My Little Cab, c’est une sorte de coproduction ?

Tout-à-fait, mais pour l’histoire, c’est moi qui ai produit le disque avant d’aller chercher des aides financières pour pouvoir concrétiser la chose. J’avais vraiment envie de pouvoir démarcher avec un premier album fini et abouti. J’ai donc envoyé le master à plusieurs personnes et il se trouve que Laurent et Pierre, respectivement de Havalina et My Little Cab, ont tous deux été emballés par l’affaire, ce qui nous a conduit à faire ça en coproduction. Une belle rencontre et une belle aventure pour tout le monde je crois. Et puis pour Havalina, qui a toujours sorti des disques sans l’aide de personne, c’est une première ! En tous cas, on peut dire que Pierre et Laurent se sont bien trouvés quelque part, dans cette envie et cette sorte de calme qui les caractérise tous deux.

Comment tu qualifierais ces deux labels ?

C’est simple. Sur le site web d’Havalina, il y a cette phrase « No money, good records ». Je crois que tout est dit. Et pour My Little Cab c’est pareil. Ce sont deux labels menés de main de maître par deux passionnés. Les tirages sont peu conséquents mais ils s’attachent à faire de beaux objets, et je sais que s’ils se sont penchés sur Le Feu, c’est qu’ils voulaient vraiment défendre le truc. Après, ce qu’il faut savoir, c’est aussi que ce sont des labels qui n’ont pas beaucoup de sous mais qui se permettent de prendre des risques. Et ça c’est un vrai parti pris. Les recettes d’un disque serviront souvent à payer le suivant etc. Il y a un vrai amour de la musique là-dedans, et je suis plutôt super content d’avoir pu concrétiser la chose avec eux.

This Melodramatic ? C’est terminé ?

Je n’ai pas envie de dire ça, non. Bien que Le Feu soit dans la continuité et que je me concentre aujourd’hui là-dessus, j’ai pas mal de morceaux de côté qui, je sais, seraient plus « estampillés » This Melodramatic Sauna et que j’aimerais enregistrer plus proprement un jour. Je pense alors plutôt à une sortie web ou un objet un peu unique, sérigraphié… Rien de fait ceci dit !

Quelle(s) serai(en)t pour toi les différences fondamentales entre ces deux projets pour lesquels tu es lead ?

Je dirais que This Melodramatic Sauna était un projet très très introspectif et plutôt doué de mélancolie alors que Le Feu se veut ouvert et combattant. On parlait plus haut du pourquoi du changement de nom mais c’est aussi ça qui en ressort. Le Feu illumine contrairement à l’enfermement et à la moiteur du sauna. Pour cela, dans les textes, j’ai quasi lâché la 1ère personne du singulier pour n’utiliser que la 1ère personne du pluriel en laquelle j’ai trouvé un côté plus fédérateur et surtout plus joyeux. C’est souvent seul qu’on se larmoie mais grâce au groupe qu’on s’en sort, non ? Voilà la différence.

 

Sur le clip magnifique de « We all run », qui sont les protagonistes ?

Les protagonistes sur le clip sont mon cousin Nimal et sa mère Margie, la sœur aînée de mon père, qui sont tous deux originaires du Sri Lanka. C’est avec ma petite sœur Tamara, partie en voyage là-bas l’été dernier, que nous est venue cette idée d’en profiter pour faire ça avec eux et, à mon grand bonheur, ils se sont prêtés au jeu tout de suite. Je suis hyper content de leur participation à ça. On ne se voit jamais, sinon par les réseaux sociaux, et on a quand même pu concrétiser ce truc formidable ce qui est ultra cool. Mention spéciale à Benjamin Ferré qui s’est par la suite emparé des images de ma sœur pour en faire ce petit bijou décalé !

 

 

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Aller sur le site de LE FEU

Le Feu — Feather & Gills (Live Session) from Le Feu on Vimeo.

Le Feu — We Defy Your Winter (Live Session) from Le Feu on Vimeo.

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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