LE MONDE DES BARONS PERCHES : PETITES FOURMIS DU SYSTEME

A l’origine basée en campagne sud-vendéeene, l’association « Le monde des barons perchés » pose ses valises et ses envies à Saint-Philbert de Grand Lieu il y a cinq ans. Campagne quand tu nous tiens ! Scénographie, spectacles, chapiteau, yourte, passion, bouts de ficelle, éthique, petits moyens, grandes envies… autant de mots qui vous serviraient pour un Taboo avec vos amis et faire deviner le nom de l’association. Autant de mots qui, plus sérieusement, la caractérise et la définit. L’association propose deux rendez-vous estivaux bien loin des logiques commerciales et touristiques. Il y est question d’humain, d’environnement, de passion. Rencontre avec un baron qui a les pieds sur terre : Renzo.

Le monde des Barons Perchés, d’où vient ce nom ?

L’association s’est créé en Vendée. Elle était domiciliée au Moulin de Coubaron, un moulin perché sur une colline. Un jour, une amie nous a parle de l’ouvrage « Le Baron Perché » d’Italo Calvino. Nous sommes plusieurs de l’asso à l’avoir lu et aimé la vision de l’auteur sur l’émancipation et la liberté, des choses fondamentales pour nous dans l’asso. On se retrouve bien dans ce nom.

 

Pourquoi ce « déménagement » ?

On a très vite eu envie de se professionnaliser et le contexte dans le Sud-Vendée ne nous a pas permis cela. Il y a sur ce territoire beaucoup de bénévoles, mais aucune structure qui en vive véritablement. On s’est battus trois ans, on a essayé de mobiliser des assos pour qu’elles travaillent ensemble mais sans succès. Nous nous sommes posés à St-Philbert pour rester en milieu rural, et en même temps, pour rester proches de structures qui nous accompagnent (Trempo, l’Atelier des initiatives…) et d’autres associations sur le bassin nantais. Notre siège social est à St-Philbert, nos ateliers de construction à Montbert et nos bureaux au Solilab à Nantes. Mais nos projets itinérant nous font aller plus loin.

 

Quels sont vos axes de travail ?

On est organisateurs d’évènements culturels avec une large part faite au social, à l’environnement et à l’éducation populaire. Le culturel reste l’alibi mais les autres éléments sont fondamentaux pour nous dans la vision globale de ce que l’on défend. Alors, on organise des spectacles, mais on fait de la scénographie façon DIY. On fabrique des décors, des structures comme une yourte de spectacle ou un bar itinérant, on propose du mobilier, des toilettes sèches, de la signalétique. Tout ceci nous permet de proposer aussi un univers, une ambiance pour nos propres évènements ou ceux des autres. On pense une création en se disant qu’elle servira à d’autres, et avec des matériaux revalorisés. La scénographie reste le poumon économique de l’asso, elle nous permet de rentrer un peu d’argent, sachant qu’il n’y a que quatre contrats aidés dans la structure. Par ailleurs, on créé aussi des spectacles comme par exemple un crieur public, Lazare, un spectacle autour de l’accueil toilettes sèches et un chœur pour un spectacle de lecture autour de notre librairie itinérante sous yourte qui s’appelle L’embouquineuse, librairie faite de récupération de bouquins et qui est proposée à différents évènements ou lieux, les nôtres mais pas seulement. On essaie d’avoir une cohérence et une complémentarité avec tous ces projets.

 

Tu considères que votre activité peut vous permettre d’autofinancer les postes ?

C’est notre objectif. L’activité scénographie nous permet d’atteindre 50% d’autofinancement. Mais il y a aussi des bénévoles, surtout sur la partie organisation, car la scéno demande des compétences professionnelles.

 

L’activité du monde des barons est croissante ?

Oui, mais pour nous le pari est bien de pouvoir répondre à la demande et continuer à mener des projets propres à l’asso. Nous sommes de plus en plus contactés, c’est sûr, mais nous ne nous appelons pas les Machines de l’Ile : nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas démarcher du tout. Nous arrivons au max de nos possibilités, donc l’idée serait de mettre en place quelques emplois, tout en restant une petite structure, car nous privilégions l’humain. Si notre projet a du sens, c’est qu’il repose sur l’humain et qu’il met en complémentarité la culture avec d’autres choses comme l’environnement, la dimension sociale. Le contexte ne nous permet pas de penser à des aides publiques supplémentaires. Il faut faire sans.

 

C’est une forme de militantisme ?

Chacun de nous quatre perçoit 640€ net pour 20 heures officielles par semaine. Clairement, nous ne faisons pas ça pour l’argent. Les domaines différents de notre activité nous amènent aussi à nous former, nous informer, le secteur est compliqué d’un point de vue administratif, qui plus est quand on touche à plusieurs secteurs. Quand tu passes du niveau amateur au professionnel, il faut vraiment se former. Les contraintes qu’elles soient administratives, techniques, juridiques sont de plus en plus présentes.

 

Pour revenir au Rêve du Loup, un des deux événements que vous proposez, vous avez eu carte blanche au niveau artistique ?

Nous sommes partis des propositions faites par ANEF-Ferrer notamment, et nous avons complété avec des choses que nous connaissions mais qui rentraient dans le projet. Il faut savoir que nous avons monté le projet avec un financement possible de 300€ provenant de Super U. Les demandes ont été faites en octobre 2013, et nous avons eu les réponses il y a toute juste une semaine, des réponses de plusieurs fondations, comme le Fonds à l’Emergence de le Vie Associative par exemple. Nous avons pris le risque au début sans savoir si nous allions avoir l’argent demandé. Mais nous aimerions que ce projet perdure, avec des ateliers tout au long de l’année, et l’événement l’été. C’est un projet de quartier, sur une zone dite grise par les urbanistes, mais vraiment pas un projet touristique. Le projet est né de Yann Saligaut, ancien employé de la MAJ (Maison d’Accueil de Jour) qui faisait un constat d’isolement dans le quartier. Il souhaitait entreprendre un projet socio-culturel, et nous nous sommes rencontrés. Ce projet doit pouvoir ouvrir les portes, initier le dialogue, dédiaboliser la MAJ qui est souvent perçue comme un endroit où il n’y a que des zonards.

 

Alors, en parallèle, l’été du Monde des Barons, c’est aussi Le Champ des Barons ?

C’est bien le seul projet que nous portons seuls. Dans le cadre des Estivales, la mairie nous laisse une carte blanche sur un des samedis des Estivales. Nous proposons une journée et une soirée avec en tête que nous sommes sur du développement territorial : le public philibertin qui n’est pas en vacances, et le touriste lambda. Les propositions sont diverses : des concerts, des entresorts, la librairie… avec un budget global de 6500€. Autant dire rien ! C’est la 3è édition, nous espèrons des soutiens d’autres collectivités à l’avenir, sans trop y croire non plus.

 

Au vu de tout ce que tu as évoqué, quelle est ta vision des choses plus globalement dans le contexte actuel ?

Pour moi, le modèle de la culture financée à 100% est condamné à disparaître. On nous dit qu’on traverse une crise. Moi, je crois qu’on n’a jamais autant produit de richesses, mais qu’elles sont tout simplement mal distribuées. Alors, nous, dernier maillon de la chaîne, les petites fourmis du système, il faut de moins en moins regarder vers le haut, ce que l’on va nous donner, même si on est en droit de demander des aides aux collectivités publiques qui sont, en partie, là pour çà. Il faut plutôt regarder autour de nous, comment collaborer, mutualiser, se soutenir, crééer une activité qui nous permette une part d’autofinancement. Je ne crois pas trop au mécénat, en tous cas, nous n’avons pas, contrairement aux pays anglo-saxons, cette culture du prive et du privé de la culture. Cela viendra peut-être, mais dans l’urgence, nous essayons plutôt de jouer la carte du collectif pour réduire les coûts, et de crééer nous même. Nous nous intéressons aux fonds de dotation et aux financements participatifs. Et puis, encore une fois, essayons de produire nous même, de nous autofinancer au maximum.

 

Alors, c’est une vision positive ?

Oui. Nous restons motivés, même s’il y a de fortes périodes de fatigue. Oui à l’envie, oui à la nécessité de tout cela dans le contexte politique et social actuel. Nous pensons toujours à cela, nous luttons contre l’individualisme, mais nous avons besoin de gens pour cela, pour nous rassembler. Je crois que c’est très vrai en 2014, bien plus qu’il y a trente ans. Il faut que les gens prennent conscience de la nécessité de s’investir pour le collectif. Je sais que c’est compliqué, mais cela devient nécessaire. Avec l’association, nous essayons d’initier, et nous tenons presque à nous faire mettre dehors quand les projets sont lancés. C’est tout à fait possible à notre échelle, à la dimension qui nous convient, une dimension encore une fois humaine.

 

Affiche A3 lereveduloup

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le champ 2014

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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