Le phénomène Sweatlodge

ALLIANCE DU JEU ET DU SON : PLATEFORME CIRCASSIENNE TECHNOÏDE, LA SWEATLODGE COMME UNE INCARNATION DES VALEURS POSTMODERNES – FÊTE – AMICALITÉ – SOUND SYSTEM !

Nous sommes tous des êtres du siècle 21. Certains traînent avec eux cette petite note de fin de 20ème que la génération des années 80 ne pourra jamais évincer de sa mémoire… Quelle grille de lecture adopter pour disserter sur les 20 dernières années ? Laps de temps de gestation à la suite de laquelle est née la SweatLodge et son panel de fééries et de forces symboliques… Une génération étendue qui se reconnaît davantage dans la mise en commun des énergies et des désirs d’existence que dans le tableau apaisant d’une vie sociale basique. Pas de travail-famille-télé ici. C’est comme une histoire, un conte aux allures d’épopées homériques, où les dieux ont l’allure de DJs, les bateaux ont cédé leur place aux semi-remorques et les sirènes qui résonnent sont celles de la gendarmerie ou celles des platinsplayers. Les années 90 en Europe de l’Ouest ont vu le phénomène Techno déferler comme une vague historique. Free parties, Teknivals, Raves, Sound Systems, et infoline : toute une sub-culture a vécu et a ancré de manière profonde ses valeurs dans la vie de ses acolytes, et à l’image d’une pierre lancé dans la mare, les effets de ce jet ont perturbé tout le calme alentour. L’électro actuelle est la fille de la techno. Elle s’est immiscée pour finalement envahir les lieux et les cultures diverses. S’est-elle légèrement diluée ? Certes. La société est une sorte de magma d’hydrogène liquide dans lequel les goûts et les couleurs fondent, si ils ne restent pas en marge… Sur ces abords où la température permet d’évoluer selon sa volonté propre.

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2005 – 2015. La plateforme de production SweatLodge, dédiée aux cultures circassiennes et Sound System, tourne depuis dix ans. Profitant du courant créé par la déferlante Techno des 90’s, elle s’est positionnée en catalyseur des volontés ayant pour objet les cultures d’arts de rue, de cirque, de teufs, de ces multiples espaces de liberté et de spectacle vivant. Les années 2000 annoncent un changement sociétal, les anciennes valeurs périclitent ; internet investit l’espace domestique et public avec l’avènement des réseaux sociaux ; la notion d’opposition à l’ordre sociétal capitaliste est désuète ; les nouvelles technologies de l’information et de la communication amenuisent l’espace et accélèrent le temps. Beau tableau ! On peut dire une seule chose véritable désormais : le monde qui nous entoure est complexe. Mais au travers de ces faits de société, on aperçoit un schéma d’actions qui s’éveille et perdure jusqu’ici : les individus cherchent des pratiques d’existence qui leurs sont propres, les êtres humains mettent le cap sur leur désir et entament la marche. L’époque des Free party a peut-être signé la dernière heure contre-culturelle, pour autant nombre d’énergies se déploient vers des modes d’existence et de fonctionnement autonomes. Non pas en opposition à la culture de masse, mais en parallèle à celle-ci. La SweatLodge semble être née sous cette étoile. Au sein d’une structure légale de production culturelle, les personnes qui ont monté le projet et qui s’y sont investies au cours des dix dernières années sont parvenues à créer des espaces-temps de liberté créative. On pense de facto à la T.A.Z. de Hakim Bey, la fameuse Zone Autonome Temporaire… Dont l’essence éphémère est une force plutôt qu’une faiblesse. Allier la musique – valeur phare – aux arts nomades, la culture Sound System à celle du cirque. Voilà l’intention de la SweatLodge. Volonté visible lors des évènements ponctuels organisés par l’association : les SweatLodge Party.

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C’est au sein de ces soirées que les différentes compagnies d’arts, d’entresorts et de techniques sweatlodgiennes se collectivisent, et assurent leur pérennité financière. C’est également l’occasion de partager deux leitmotivs accrochés à la SweatLodge : le vivre-ensemble et le lâcher-prise. En dix ans, les êtres et les structures ont évolué, certains sont partis, d’autres ont embarqués dans cet univers vibratoire particulier. Parmi les compagnies qui tournent actuellement, on retrouve TotoBlack et ses entresorts burlesco-forains. Au sein de carlingues métalliques ou de caravanes emboutiquées, les TotoBlacks alpaguent les curieux et les font jouer : lance-pierres contre icônes télévisées, sérigraphies en direct sur fond de musique des nineties, peintures faciales et tuning corporel histoire de renforcer le délire carnavalesque des SWL Party ainsi que d’autres évènements festivaliers du coin (Quai des Chaps par exemple)… Dans une ambiance sonore électropicale, nous trouvons ici également Les Fantastiks, en duo, trio ou quatuor, cette formation de DJs déjantée balance du groove et de la sauce dansante quelque soit l’environnement au sein duquel ils turbinent, déguisés en anti-super-héros à paillettes – ou pas – les loustics emmènent les dancefloorers jusqu’au petit matin avec rythme et dextérité… On reste dans le son et le rythme : Redux fait partie de ceux qui construisent la SweatLodge depuis le début. Le DJ anime ses sets d’une techno acid et brute, dont le BPM élevé met le danseur en transe… Et en sueur ! Objectif atteint sous les chapiteaux du SweatLodge Crew ! Un nombre impressionnant de personnes et de structures gravite en parallèle de l’association, une liste exhaustive serait délicate à déballer tant les entrecroisements, les liens semblent enchevêtrés. Au final, une sacrée énergie se déploie au contact de ces compagnies mobiles et créatrices.

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Le monde créé au travers de cette impulsion sweatlodgienne – monde au sens de mundus, lieu fertile de concentration dans les cités antiques – développe un nombre ahurissants d’idées et de concepts. Création. Feelings. Solidarité mécanique. Jeux. Convivialité. Arts nomades. Arts vivants. Arts sonores. Tout n’est potentiellement pas aussi rose dans le quotidien des troupes de la Sweatlodge, pour autant le flot balancé par cette plateforme donne envie à l’être humain lambda de se re-créer. Voir des centaines de personnes, issus des centre-villes urbains, sauter de concert sur une terre nue, faisant se soulever des nuages de poussières… Des êtres délaisser leur dignité pour rire un max et abandonner le contrôle qu’une certaine société leur impose au quotidien… Ou simplement des humains faire corps ensemble, le temps d’une soirée sur un espace free-che… À ce moment de perception, on parvient à se dire que l’ère du lisse, du bien et du pur est en train de laisser place à une autre époque : celle du sauvage, du sensible, du vivant. Kenneth White écrit « Notre temps manque singulièrement d’espace et de respiration. {…} L’esprit étouffe » en 1987 dans L’Esprit nomade. Tandis que Michel Maffesoli indique que « l’époque attend sa propre apocalypse. {…} Faire de sa vie une œuvre d’art, ne plus perdre sa vie à la gagner, mettre l’accent sur le qualitatif de l’existence » en 2009. Une ère placé sous le signe de Dionysos, symbole divin des arts et de la fête. L’utopie créative s’incarne dans ces actes que promeuvent les êtres constituant la SweatLodge. Et le spectacle ne tient pas seulement ici dans la représentation donnée par les artistes, mais dans l’ensemble de leurs modes d’existence et de fonctionnement. Pour utiliser une image circassienne par excellence, le trapéziste ne s’amuse pas simplement à jouer l’équilibriste sur scène et à remballer le costume dès que son tour est terminé. Il vit son art au jour le jour. Sa pratique dépasse le support. Il en est de même pour le comédien, le bonimenteur, la danseuse et la contorsionniste. Ainsi que pour les autres… Ce qui transpire réellement au travers de cette plateforme associative et organisatrice d’évènements, c’est la mise en pratique d’un mode de vie tourné vers la création. Désir hautement compréhensible et fort courageux, « vouloir libère » disait Friedrich Nietzsche… Eh bien, le mélange de volonté, de désir, de liberté et d’arts palpable aux abords de la SweatLodge provoque du rêve, et cela vaut sincèrement le détour !

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Rédactrice, amatrice de musiques électroniques et d'arts interactifs, je me passionne pour les pratiques culturelles émergentes de la société contemporaine.

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