LE POLE ETUDIANT EN MUSIQUE : DEFRICHAGE ET AFFICHES SUBTILISEES

Pour certains, c’est cet espace avec des tables où ils dégustent leurs pizzas à la pause de midi. Pour d’autres, c’est un lieu de vie culturelle où l’on peut à la fois participer à un débat et visionner un film oublié. Et pour beaucoup, c’est un endroit associé à la découverte et au plaisir sonore, avec des claques musicales qui nous feraient presque oublier qu’on est bien sur un campus de l’Université de Nantes. Cela fait déjà 10 ans que le Pôle étudiant nous permet tout ça. Rencontre avec le majeur responsable, Alexandre Labbé, chargé de mission programmation et production au Pôle.

Photo-bandeau © Boris Jakobek


Le Pôle étudiant fête ses 10 ans cette année… Quand as-tu rejoint cette structure? Et quelles idées avais-tu en tête à ton arrivée?

Je l’ai rejoint il y a 8 ans, un peu par hasard. J’ai quitté mon emploi précédent pour raisons personnelles. Je pensais revenir sur Nantes et chercher un emploi, en prenant mon temps J’ai postulé au Pôle étudiant, qui m’a fait l’honneur de m’accepter. Je n’avais pas d’idées précises à vrai dire, si ce n’est l’envie de revenir sur Nantes, après une expérience de programmateur et coordinateur d’1 an et ½ dans un petit festival en Mayenne.

Toutes les universités de France n’ont pas la chance d’avoir des lieux comme le Pôle étudiant, avec des rendez-vous incontournables telle que la soirée en partenariat avec Scopitone. La programmation musicale y est parfois digne d’une SMAC… Comment penses-tu cette programmation?
Le Pôle étudiant est effectivement un lieu qui a peu d’équivalent en France, même si de plus en plus d’universités se dotent de ce type d’outil. Notre objectif est de mettre en avant des initiatives étudiantes, mais aussi certaines cultures alternatives. Nous proposons une programmation musicale avec nos moyens, en essayant de soutenir des artistes singuliers dans des styles divers comme le rock, le hip-hop, l’électro et autres. Modestement, nous souhaitons suivre la ligne intellectuelle de l’Université : culture, découverte, ouverture sur le monde. Nous développons également de nombreux partenariats depuis quelques années avec des structures comme le lieu uniqueStereoluxle Pannonicala Folle Journéeles Utopiales, et bien d’autres encore.

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D’ailleurs, avec l’organisation de tels concerts en accès gratuit, on ne vous a jamais accusé de faire de la concurrence déloyale?
C’est rarement arrivé, mais ce temps est révolu. Notre objectif n’est pas de concurrencer mais bien de faire découvrir des cultures alternatives, en particulier aux étudiants (au passage, le Pôle étudiant est ouvert à tous, étudiant ou non). Il arrive que certains artistes puissent prétendre jouer dans des SMAC. Mais d’une part, pour des questions financières et temporelles, tous les groupes ne peuvent pas jouer dans les salles dites conventionnelles. Et nous nous positionnons comme une scène complémentaire de l’offre nantaise, avec en moyenne un concert par mois. Nous communiquons régulièrement sur nos propositions aux autres programmateurs, pour éviter tout quiproquo, et toute concurrence. Je crois que notre rapport aux autres salles est sain, en tout cas je l’espère.

En dehors de ton poste à l’Université, tu es également programmateur du Festival SOY avec Pierre Templé. Comment s’articulent ces deux facettes pour toi?
Elles sont forcément liées, même si j’essaie de créer une ligne entre les deux. Les groupes que je peux programmer à Soy et au Pôle étudiant sont parfois proches, c’est vrai. L’objectif de découverte est similaire. Mais la façon de structurer les soirées ne l’est pas. Ce que je propose avec Soy est souvent plus « expérimental ». Mon travail au Pôle étudiant n’est pas de programmer juste des groupes. Je dois proposer des soirées cohérentes, et faire en sorte que les étudiants et autres publics se fassent surprendre. Y proposer des choses trop « ardues » aurait un sens limité. Pour finir, l’avantage de cette « double facette » est clair en terme de réseau et de négociation.

Question difficile: est-ce qu’il y aurait un artiste/un groupe que tu aurais été particulièrement fier de programmer au Pôle, si tu avais pu ?
Vraiment, j’aurais aimé avoir Holy Fuck, mais c’est probablement trop tard. Om aussi, mais c’est difficile. Beaucoup d’autres, forcément, mais tout ne me vient pas à l’esprit. La capacité d’accueil et technique du Pôle étudiant est limitée, tout ne passera pas ici ! Mais malgré tout, nous réussissons, je crois, à avoir de belles choses. L’offre musicale est vaste, rappelons-le.

Colin Stetson (en Take Away Show pour la Blogothèque)


Autre question difficile: un souvenir musical, bon ou mauvais, à nous livrer sur ces 10 années de Pôle étudiant…

En toute subjectivité, je retiens de très bonnes choses. The ThingColin StetsonFuck Buttons, Beans, Lumerians. Il y a eu des déceptions parfois, c’est évident, mais c’est la règle. La satisfaction ultime, c’est de voir des étudiants revenir vers nous et nous dire qu’ils ont découvert des groupes fantastiques grâce à l’Université, et j’insiste bien sur le terme « Université », car ce qui se passe ici, c’est le fruit d’un long travail d’équipe, qui a commencé bien avant mon arrivée.

Les visuels associés aux concerts du Pôle étudiant sont souvent très soignés, avec une identité forte. Avez qui travailles-tu pour élaborer ces affiches ?
Plusieurs graphistes, de Nantes ou d’ailleurs. Benjamin Ferré, Boris Jakobek, Angélique Bidault, Maquillage et Crustacés, et d’autres qui m’excuseront de ne pas les avoir cité. Des graphistes à l’univers fort. Je marche à la confiance. Ils ont une quasi carte blanche. Le résultat : très souvent, nous n’avons pas à retirer les affiches du Pôle après les concerts. Les étudiants les ont subtilisées. Nous ne voulons pas faire d’affiches racoleuses, qui sous-entendraient simplement une soirée festive, juste pour attirer un maximum de public. Ce serait mentir et notre image en pâtirait. Nous essayons tout simplement de travailler avec une vision « globale » et cohérente.

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Pour clore ce grand anniversaire, il y a « La grande soirée des 10 ans » ce jeudi 15 octobre. Avec à l’affiche: Zombie ZombieKGContainerCities Aviv et Lakker. Est-ce que tu as adapté cette programmation en fonction de l’événement ?

Zombie Zombie a joué en 2008, au tout début du groupe, au Pôle étudiant. Le groupe marche très bien depuis, et c’est largement mérité. Les lives du groupes sont à mon modeste avis dans le top ten de ce que l’on peut voir en France. Leur tourneur n’a pas hésité à accepter quand je lui ai demandé si le groupe pouvait venir jouer pour les 10 ans. Je l’en remercie. Les autres groupes ? Des découvertes, des groupes nouveaux ou qui commencent à marcher. Des lives explosifs (Container, mon chouchou absolu depuis 3 ans). J’ai voulu proposer un peu de nostalgie, mais surtout montrer qu’avant tout, nous allons continuer notre travail de défrichage.

Comment vois-tu la programmation du Pôle évoluer pour les 10 prochaines années? 

Très honnêtement, je n’en sais rien. Nous travaillons à court et moyen terme ici, avec les mêmes objectifs : la découverte, l’ouverture d’esprit et le plaisir offert au public.

Welcome Party / Soirée d'accueil des étudiants étrangers

La grande soirée des 10 ans du Pôle étudiant sur Facebook

Gribouille aussi un peu pour Bigre. Rigole souvent au micro de Boum Bomo sur Radio Prun'. Possède un enthousiasme musical qui va de la pop au hip hop, des légendaires ABBA aux moins connus beatmakers, en passant par la variété française des années 60/70/80. Cultive rencontres, découvertes et danses singulières.

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