Le réseau atomique de la sonde électro Nantaise

Ça résonne comme un écho, qui se propage dans la ville et bien au-delà : le dynamisme nantais en matière de musiques électroniques nourrit le plateau culturel que la cité propose. Les soirées électro, techno, house s’enchaînent, en se superposant parfois, au fil des semaines sur une pente ascendante qui semble perdurer sereinement. Paradise, Goutez Electronique, Mini-BPMs, Scopitone, Get Horses, TeknoManiak et bien davantage : events récurrents ouvrant l’écoute aux nombreux styles que ce genre sonore a à offrir. Mais en-deçà d’un calendrier riche en rendez-vous festifs, l’abondance de soirées organisées par un panel bien fourni de collectifs habille Nantes de multiples visuels et donne aux citadins curieux une idée de l’intensité de la niche électro du coin. Affiches, flyers, en veux-tu ? En Voilà ! Doublées par le bouche-à-oreille, survolées par les réseaux sociaux numériques, infos, tuyaux et actualités circulent sans bride entre les usagers. A croire que l’atmosphère de la Loire-Atlantique est propice à la ferveur électro : évènements abondants, publics aux aguets, diversité des genres…

 

Sous cette effervescence s’agitent des collectifs composés de DJs, de producteurs de son, d’organisateurs, de graphistes, de tenanciers d’établissements, etc., dont la vocation est d’enrichir la scène nantaise, par passion. Comme autant d’électrons qui gravitent autour d’un noyau atomique, les structures (tels les labels Trickart, Fragil, Cpussy, Infinity Creation) se placent comme les incontournables dans ce milieu. Faisant le lien d’une part entre les DJs et les lieux, d’autre part entre l’histoire identitaire de la techno et son renouveau actuel, ils permettent à tous les aficionados de se retrouver à tel endroit tel soir, en cadrant l’espace-temps adéquat à la fête, au partage et à la danse. Fêtes qui se déplacent fréquemment dans des espaces off afin de pousser l’ivresse sonore jusqu’au bout. La niche d’individus passionnés est large, et on pourrait croire, de prime abord, que des concurrences ou des querelles pourraient miner les interrelations entre les acteurs du mouvement électro. Selon les dires des DJs locaux interviewés pour l’occasion, il n’en est rien, au contraire : tous s’accordent à dire que le respect et la bonne entente sont de mise, qu’ils évoluent en solo ou qu’ils soient intégrés à l’une des nombreuses structures associatives de l’agglomération nantaise. Les styles, les lieux, les publics sont divers ; les uns ne marchent pas sur les plates-bandes des autres. Ils semblent être animés par une même passion : faire découvrir de nouveaux morceaux, partager du son, sans que l’image du DJ ne prenne le pas sur sa musique. Une pratique à échelle humaine, ai-je entendu lors des entretiens réalisés, ce qui explique en partie la réponse active du public aux évènements électro, qu’il n’est pas rare de voir affichés complet en prévente.

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La techno est désormais âgée d’une trentaine d’année, mais elle ne fait pas son âge. Elle a su, en quelque sorte, faire la nique à la dominance généraliste et commerciale en laissant le champ libre au cours des années 2000, hibernant le temps d’une adaptation, pour mieux réapparaître à l’orée de cette deuxième décennie du 21ème siècle. La société a changé, des raves aux free des années 90, le mouvement s’est déplacé dans les clubs à proximité du centre-ville. Parallèlement, les frontières entre les styles se sont assouplies, et le son en est sorti enrichi. L’intégration dans les clubs de la techno ne semble plus considérée comme une trahison (snob ou ringarde) mais plutôt comme la victoire de pouvoir occuper une zone « officielle », pour une culture aux couleurs underground, sans pour autant perdre la qualité de l’écoute et des moments vécus. Créer des plateaux où se croisent des pointures, tel Kevin Saunderson de Détroit, et des locaux – nouvelle et ancienne générations – donne l’assise d’une richesse des styles et affine l’oreille d’un public de plus en plus curieux et averti. Impulsion apportée également par la création de soirées dont la réalisation se déroule en dehors des sentiers battus et légaux. Les fidèles de l’électro ont plusieurs visages, de la jeune vingtaine à la quarantaine passée, ils naviguent entre les évènements selon les DJs et les styles proposés. Môme Gormak, DJ résident et programmateur au Nid parle d’une « conscience collective de la force de la niche nantaise » pour tenter d’expliquer cette émulsion festive que l’on ressent au détour du LC Club, du CO², de l’Altercafé, des nombreux bars du centre de Nantes, ainsi qu’au sein de zones free et cachées : hangars, arrière-salles, clairières, etc… Les générations qui ont connu la naissance de la techno trouvent, dans la scène nantaise, les attraits culturels et identitaires du mouvement qu’ils ont participé à créer pendant les années 90 ; les nouvelles générations se sont nourries au son des mixtapes et podcasts existantes et accessibles via la toile numérique. Enrichissant fortement leur culture musicale, elles permettent à ce milieu électro de se re-créer sans tomber dans la médiation de masse et la culture dominante.

 

Le lien fort avec la culture underground est toujours palpable dans ce qui se passe dans le paysage électro nantais, bien que les structures d’accueil soient formelles – la plupart du temps, et les entrées payantes. Mais le spectacle qui émane des évènements en appelle à l’image de base, comme l’illustre l’engouement énorme qu’a provoqué l’organisation des soirées Trickart Palace dans l’ancienne prison de Nantes. L’importance de la mise en scène, la liberté créatrice, la recherche de l’insolite, la danse, l’amour et la qualité du son sont autant de signes qui assure d’une chose, cette vague électro Nantaise n’est pas prête de s’échouer.

 

Crédits photos: Morgane Lesné et Eddy Naulleau (soirée TeknoManiak 21/11/14 au LC Club)

Rédactrice, amatrice de musiques électroniques et d'arts interactifs, je me passionne pour les pratiques culturelles émergentes de la société contemporaine.

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