LE VANNEAU HUPPÉ, BONHEUR MUSICAL DANS LA VOLIÈRE

Une soirée ornithology-que au Pannonica pour la release party du CD de la grande formation du collectif Spatule…
Etaient-ce les mannes de Charlie Parker , Bird, qui hantaient ce haut lieu du jazz qui porte le nom de la logeuse des jazzmen de Manhattan ? Toujours est-il que de drôles d’oiseaux se sont posés sur la scène du Pannonica en cette Journée internationale du droit des femmes. D’ailleurs, des femmes il y en a dans la grande formation qui regroupe La Baronne bleue et Colunia au sein du collectif Spatule. Femmes de cordes vocales ou pincées (harpe) qui forment le quart du Vanneau huppé.

C’est Chloé Cailleton qui ouvre le concert par une communication encyclopédique qui permettra à tout un chacun de repartir plus savant quant à l’échassier totem. Cette ouverture, « Piouit » (cri de l’animal que la chanteuse reproduit étonnement bien) est le prélude au déchainement sonore qui ouvre Adhyâtma Murshida, une composition de Florian Chaigne. Cette anacrouse, où se mêlent le violoncelle, la guitare, la contrebasse, les fûts et les cymbales, la harpe et, survolant ce chaos primordial, le chant diphonique impérial de Gabor Turi, embarque immédiatement l’assistance dans le chaudron magique de cet ensemble atypique.

Si Adhyâtma Murshida, par ses coloration orientales, peut rappeler parfois Alice Coltrane (la présence de la harpe d’Emilie Chevillard y contribue), les autres compositions signées par Rémi Allain, Fabien Ewenczyk ou Pascal Vandenbulcke, proposent des matières très diverses à cet ensemble de solistes funambules. Ces écritures, riches, complexes et ludiques, offrent des terrains de jeux où, chacun leur tour les flûtes de Pascal Vandenbulcke, le violoncelle de Stéphane Oster, les guitares de Fabien Ewenzcyk, la contrebasse de Rémi Allain, la harpe d’Emilie Chevillard, les batteries de Gabor Turi et Florian Chaigne ou la voix de Chloé Cailleton s’élancent en se jouant de tous les idiomes à leur portée.

 

 

Pour La rédemption du singe, Florian Chaigne ouvre à l’archet sur un bol tibétain puis Chloé et Fabien tissent un chorus aventurier où voix et guitare fusent sans limite. A son tour, Gabor pose un solo dans un vocabulaire groovy original, avant d’en arriver au solo absolu, atonal et renversant de la harpe qui est un grand moment. Dans ce morceau, on peut entendre la maitrise et les ressources vocales de Chloé Cailleton qui s’aventure avec intrépidité (déclamation, glossolalies, feulement, scat) là où d’immenses solistes comme Laureen Newton ou Jay Clayton ont ouvert des voies. Cette pièce, qui n’est pas dans le disque dont on célèbre la sortie ce soir là, est un sommet du concert qui comportait d’autres cimes.

Pêle-mêle on retiendra les glossolalies voix/flûtes qui ouvrent Fabulous, une composition de F. Ewenczyk sur laquelle plane l’ombre d’Egberto Gismonti, mais aussi les « bendings » de harpe dans l’intro de 13 à table, une composition de P. Vandenbulcke pour laquelle celui-ci assume l’influence d’Hermeto Pascoal, ce génie de la musique brésilienne. Dans ce morceau, il faut souligner le moment où l’assistance à retenu son souffle pour suivre le double chorus haletant des deux batteurs, Florian Chaigne et Gabor Turi, un moment exceptionnel d’écoute réciproque, de fusion et de jubilation pour ces percussionnistes si différents et qui ont trouvé leurs complémentarités. Il faut encore mentionner les pentagones rythmiques superposés du Réminiscence de Fabien Ewenczyk sur lesquels Rémi Allain propulse sa contrebasse dans une improvisation zénithale qui s’envole au-dessus d’un orchestre déchainé.

Il faudrait encore détailler le fourmillement d’idées qui ne cesse pas de surprendre, les duos violoncelle/flûte en sol, guitare/harpe, violoncelle/contrebasse… La diversité des écritures, des timbres et des cultures musicales trouve une parfaite cohérence dans les pratiques de ce combo enthousiaste qui ne cache pas son plaisir du jeu collectif.

De la musique en « liberté structurée » qui a ravi l’auditoire du Pannonica, le propulsant sur des chemins escarpés et sans garde-fou. A suivre dès la prochaine apparition du volatile.

Toutes photos : Le Vanneau Huppé – DR

 

 

musicien, passeur et acteur associatif.

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