Les Rencontres Européennes de l’ADAMI : trois questions à Bruno Boutleux

Les 2 et 3 avril prochains ont lieu les 15èmes Rencontres Européennes de l’Adami. Cet événement permet de se pencher durant deux  jours sur l’artiste interprète, son rôle, ses droits, à l’heure où les bouleversements du numérique et les volontés de réforme, aussi bien nationale qu’européenne, questionnent. Tohu Bohu sera présent sur ces rencontres et nous vous en parlerons… En attendant, nous avons profité de l’événement imminent pour poser 3 questions à Bruno Boutleux, le Directeur Général Gérant de l’ADAMI.

 

Qu’attendez-vous de ces Rencontres Européennes de l’Adami? Quel est le temps fort que vous attendez?
Il s’agit d’un moment privilégié de réflexions et de partage d’expériences. Ces rencontres permettent de dresser chaque année un état des lieux de la profession et d’être également un véritable laboratoire d’idées pour demain. Cette 15ème édition arrive à un moment particulier. En 2015, nous fêtons les 60 ans de l’Adami et les 30 ans de la Loi Lang qui a donné de nouveaux droits aux artistes interpètes. Cette année est également cruciale pour les artistes. Au plan national, la loi relative à la liberté de création promet de garantir une juste rémunération des artistes-interprètes sur Internet. Cet engagement sera-t-il tenu ? Au plan européen, deux sujets nous mobilisent : les déclarations de Jean-Claude Juncker appelant à « briser les barrières nationales en matière de réglementation du droit d’auteur » et l’inscription de la révision de la Directive 2001/29 à l’agenda du Parlement Européen (dans un contexte de négociation par la Commission Européenne du traité de partenariat transatlantique).

 

L’année dernière, vous avez eu une forte présence des artistes (80 sur 300 participants), pensez-vous que les artistes aient réellement une place dans le débat européen sur les droits d’auteurs?
Ils ont évidemment toute leur place et pour plusieurs raisons, dont une essentielle : les différentes prises de position de certains responsables européens montrent une grande méconnaissance du métier d’artiste, de sa rémunération et sa précarité. Se confronter au réel et établir un lien direct avec les artistes est une nécessité absolue. Ils apprendront notamment que 75% des artistes interpètes gagnent moins de 9000€ par an, que sur un abonnement streaming à 9.99€ l’ensemble des interprètes écoutés dans le mois doivent se partager 0.46€, et qu’il y un transfert de valeur de plusieurs centaines de millions d’euros de la création vers les grands groupes du net. Le problème est avant tout celui du juste partage.

 

Quelle est la position de l’ADAMI face aux déclarations de Jean-Claude Juncker sur l’harmonisation européenne du droit d’auteur en Europe ? 

L’économie numérique est pour les artistes une réelle opportunité d’atteindre un public plus large mais aussi un défi parce qu’elle crée d’importantes disparités et inégalités parmi les différentes parties prenantes. L’Adami soutient la nécessité d’adapter le corps législatif existant à l’ère du numérique afin d’assurer le respect des droits des artistes-interprètes et la mise en place de mécanismes d’une juste rémunération à leur égard. L’Adami souhaite que les droits des artistes-interprètes soient au centre des politiques de l’Union européenne, notamment numérique. Les intérêts des artistes-interprètes devraient être placés au centre de la révision du droit d’auteur et des politiques associées par l’Union européenne, afin d’assurer des emplois durables, une croissance et une rémunération dans un secteur de pointe de l’économie de l’Union européenne.

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Chloé Nataf, chargée de développement des musiques enregistrées. Spécialisée dans la distribution, commercialisation et le numérique. Passionnée par les changements du numérique sur notre société. Adore les pêches à la ligne, les vinyles, les bondieuseries, le kitsch. A ces heures perdues, le jour elle brode, la nuit elle mixe.

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