LFLF2015 : L’ART À LA MAISON

On a désormais l’habitude de voir annoncés des concerts chez l’habitant. Mais il existe aussi, de manière sans doute un peu plus clairsemée, les expos chez l’habitant. Basée à St-Malo de Guersac, l’association LFLF2015 (comprenez Laurence Fallot et Laurent Fallot, les deux piliers du projet) , s’inscrit dans cette alternative depuis 2015. Discussion avec Laurent autour du projet et de cette 3è édition qui présente les travaux de Mano Solo, Emilie Collet, Fred Mazère et Delphine Cadoré, soit 250 œuvres sur un espace de 120m2.

Visuel bandeau : Mano Solo

 

« Nous nous sommes volontairement installés ici, dans une maison beaucoup trop grande. Nous sommes tous les deux amateurs d’art voire collectionneurs de pièces, et nous soutenons les artistes qui ne sont pas dans des réseaux, pas repérés. C’est l’ADN de l’association. L’idée initiale était d’acquérir cette maison pour en faire plus tard quelque chose autour de l’art mais finalement, on s’est dit qu’il ne fallait pas attendre 10 ans pour çà, le temps que les enfants grandissent, mais plutôt amorcer quelque chose, une fois par an, quelque chose que l’on puisse assumer. »

 

 » (…) on a une posture très tranchée, un peu rebelle, à contre-courant (…) »

 

Avec une sérieuse connaissance en la matière, Laurence et Laurent ont démarré en 2015 avec une première expo autour de la céramique notamment autour du travail d’Emilie Collet, une céramiste et dessinatrice du sud-est de la France particulièrement appréciée. À la question sur la posture artistique de l’association, Laurent répond : « je crois qu’on a une posture très tranchée, un peu rebelle, à contre-courant, avec le principe que les artistes ne seront jamais mis à contribution financièrement. L’asso paie tout, le transport des œuvres, le vernissage, la communication, les assurances, et ne prend aucune comm sur la vente si vente il y a ».

 


Dessin Fred Mazère

 

Faisant le constat que la vie des artistes devenait compliquée, qu’il existe d’un côté quelques artistes largement reconnus (comme Buren par exemple) et de l’autre énormément d’artistes au RSA, et surtout que les artistes doivent payer pour exposer, l’association met l’accent sur cet aspect, et s’oppose à cette idée de fournir un travail gratuit, voire même de payer pour travailler. De fait, les artistes exposés sont ceux qui ont besoin du réseau associatif et qui ne sont pas en galerie. L’association se positionne comme soutien.

Quid de Mano Solo qui se trouve exposé pour cette 3è édition. « Il n’a effectivement pas besoin de nous. On se fait plaisir personnellement car on est tout les deux fans de son travail plastique et musical, et on lui adjoint trois artistes qui eux ont besoin d’exposer, et qui vont bénéficier de sa notoriété ».

 

« On est attirés par des plasticiens qui font un travail relativement sombre, qui vient des tripes, des choses assez dures »

 

L’association compte sur les cotisations de quelques 70 adhérents et une petite subvention de la ville, autant dire peu de moyens. Pour autant, la recherche est bien la même que celle des lieux plus conventionnels, la qualité. Cette mission revient à Laurence et Laurent. « On est attirés par des plasticiens qui font un travail relativement sombre, qui vient des tripes, des choses assez dures, dans l’humain, le ressenti. Au niveau du vecteur, tout est possible. On expose des céramiques, des toiles, du fil, peu importe, c’est bien le plasticien et ce qu’il a dans le ventre qui nous importe ». Le travail de recherche est conséquent, la vie un peu organisée autour de cela, au point que la destination pour les vacances est choisie en fonction d’expos organisées dans tel ou tel coin, plus ou moins reculé de France. « De cette façon, on a découvert l’Yonne via La Fabuloserie, on ne serait probablement jamais allés dans l’Yonne pour simplement y passer des vacances, on avait envie de découvrir cet endroit magique ».

 


Dessin Emilie Colet

 

Laurent Fallot a démarré sur des spectacles de danse et notamment à ONYX à l’époque de Christian Petit. Il travaille au Lieu Unique, pour la Compagnie Claude Brumachon en tant que régisseur lumière, pour le Voyage à Nantes, et développe depuis quelque temps des travaux de création notamment avec Fred Deb’ et la Compagnie Drapés Aériens, la Compagnie O sur le spectacle Fragile, çà ne se dit pas. Depuis un an, il travaille avec Olivier de Sagazan. « Tout se mélange pour moi. Je poursuis un travail de plasticien moi-même, j’éclaire le travail des autres, danse, théâtre, peu importe. La différence se fait plutôt entre ce qui est payé et ce qui ne l’est pas. »

La motivation pour montrer des oeuvres chez soi a surgi chez Les Fallot après la rencontre avec une femme de Quimperlé, qui, passionnée d’arts plastiques, expose dans sa maison qui est aussi une maison d’hôtes. « On y est allés plusieurs fois, on y trouve notre compte, on dort dans un chouette endroit et on passe 3h avec elle à parler d’arts plastiques, d’expos, de créateurs au petit déjeuner. On était un peu partis pour faire la même chose, mais finalement, on fait une expo et la chambre d’hôtes ne se fera peut-être jamais. Les choses évoluent, on se dit en ce moment qu’on ne va pas s’en tenir à une expo par an ».

 


Dessin Delphine Cadoré

 

« Ce qui est présenté dans les lieux institutionnels est somme toute assez conceptuel, il n’y a pas de contre-pouvoir »

Comment se positionner par rapport aux lieux officiels, imagine-t-on quand on accueille et présente des œuvres chez soi être un peu prescripteur. Laurent fait le constat que les lieux officiels sont toujours dans les mêmes directions artistiques, parce que ce sont toujours les mêmes personnes qui programment. « Ce qui est dans les lieux institutionnels est somme toute assez conceptuel, il n’y a pas de contre-pouvoir, je crois que nous on le ramène, via les gens qu’on invite, via la manière d’organiser les choses. Et tout cela est complémentaire. L’art ne s’arrête pas à ce que montrent les institutions ».

 

Alors Mano Solo est à l’honneur de cette 3è exposition. Pourquoi Mano Solo ? Comment avoir pu approcher les ayants-droits de son travail plastique. « Dans la période la plus sombre de ma vie, dans les années 1995-96, les disques de Mano Solo n’ont pas quitté ma platine. J’ai découvert son travail de dessin via ses pochettes de disque, j’adore son trait. Laurence l’a aussi beaucoup écouté. On a toujours rêvé d’exposer Mano Solo, on est allé au bout de ce rêve. Je suis d’abord rentré en contact avec son amie, elle nous a orienté vers la famille qui avait récupéré ses œuvres, et j’ai écrit à sa sœur, Geneviève Hémard, qui m’a donné son feu vert de suite. Ce travail de dessins n’a jamais été exposé, ses dessins sont considérés comme pas finis, ce sont des croquis, des crayonnages ».

 


Dessin Mano Solo

 

L’opportunité de présenter les dessins de Mano Solo a conduit Laurent et Laurence à rester sur le support dessin. Les choix portés sur les trois autres artistes sont aussi en lien avec Mano Solo. « Emilie Collet m’a dit avoir deux grandes influences artistiques, Henri Collet son père et Mano Solo. C’était un beau cadeau à lui faire que d’exposer son travail à côté de celui de Mano. Pour ce qui est des deux autres, ils viennent compléter le travail de Mano, c’est à la fois proche et très différent. C’est décalé mais ça colle ».

Au-delà du simple fait de montrer des œuvres, Laurent ou Laurence se considèrent comme guides. À l’aise pour parler du travail des autres, ils proposent aux gens, souvent en groupe, de commenter l’expo, de manière totalement improvisée et libre, sans forcément suivre un ordre précis.
La scénographie imaginée en lien avec le côté un peu punk de Mano Solo et les moyens réduits sera basée sur de la palette et du matériel de récup’. Les œuvres seront accrochées sur de la palette. « Je travaille aussi pour moi beaucoup avec de la récup’, j’arrive à tirer beaucoup de choses de pas grand chose » avoue Laurent. « Mais pour ce qui est de l’accroche, je suis davantage convaincu par ce que propose Laurence ».

 


Dessin Mano Solo

 

Ce qui nous importe maintenant ce n’est pas tant de faire quelque chose dans notre maison que de soutenir les artistes contemporains

Quant à l’édition 2018, rien n’est encore réfléchi. « On n’est absolument pas décidés sur quoique ce soit, on ne sait même pas si ce sera une expo en juillet, ni même si elle aura lieu ici. On aimerait vraiment organiser des expos plus grosses et pourquoi pas sortir de Saint-Malo-de-Guersac. Tout cela est embryonnaire. Notre projet fait parler de lui, parle à des officiels, et de fait, il se peut qu’on ait des ouvertures en gardant quand même un pôle ici. Ce qui nous importe maintenant ce n’est pas tant de faire quelque chose dans notre maison que de soutenir les artistes contemporains… ».

 

Vernissage de l’exposition le Samedi 01 Juillet 2017 de 16H à 20H , au 56 Ile d’Errand à Saint-Malo-De-Guersac. 

Exposition ouverte du mercredi au dimanche de 16h à 20h

 

Facebook LFLF2015

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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