« Life » de Keith Richards

Ouvrir une biographie d’artiste se révèle souvent un pari de lecture où le meilleur peut côtoyer le pire. L’autobiographie est un exercice encore plus délicat, l’auteur pouvant se décrire comme un pur génie ou s’auto flageller en nous laissant à penser que tout ce qui lui est arrivé relève d’une chance inouïe et qu’il ne mérite pas cet énorme succès populaire.

C’est dire si l’autobiographe de Keith Richards pouvait être suspecte de bien des travers au vu de la somme colossale d’info que nous avons déjà sur le mythe des Stones depuis maintenant plus de 50 ans. Et pourtant ! Cette autobiographie (accompagnée dans l’écriture par James Fox, journaliste britannique) est l’une des plus intéressantes du genre. On s’attend à une avalanche d’histoires et d’anecdotes plus ou moins « sex drug and rock&roll » version Amérique puritaine de la fin des sixties. On imagine des secrets révélés sur les rapports houleux entre Mick Jagger et Keith Richards, les multiples arrestations, les procès et violences dans les concerts (Altamont) et au final, rien de tout cela ! (Enfin un peu mais pas beaucoup…). Le sujet central de ce livre reste la musique. Et c’est ce qui fait tout son intérêt. Keith Richards nous parle de musique, de sa musique, et surtout de la façon dont il est devenu musicien, et comment, avec son copain Mick, qui possédait énormément de disques, ils ont passé des jours et des nuits entières à écouter, repiquer, essayer d’imiter ces musiciens fabuleux à leurs yeux, puis comment ils se sont emparés de toute cette matière pour créer la musique de ce futur groupe légendaire. C’est l’essence même de « Life ». Comment on devient un musicien de rock dans les années 60, comment ces gars là ont appris à jouer, se sont inspirés de leurs modèles jusqu’à tout faire pour les rencontrer. Pas pour avoir des autographes, mais pour choper des plans ou plus précisément leur piquer leur plan, leur riff et faire sonner la musique comme eux seuls le faisaient sur les disques pour mieux ensuite pouvoir fabriquer leur propre mixture. Intéressant également le petit passage sur les relations avec les Beatles avec qui ils s’échangeaient des plans (je te fais une compo, tu m’écris un texte…) loin des tensions fictives que l’industrie du disque avait créées à l’époque.

La musique est le fil rouge de cette autobiographie de la création du groupe jusqu’aux séances de studio (l’enregistrement de Sympathy for the Devil filmé par Godard !). Au final, ce bouquin s’apparente davantage à un manuel de pédagogie musicale qu’à un récit sur la vie d’un musicien génial.

Les disques, les concerts et les rencontres ont été les écoles de musique de toutes ces générations de musiciens.

C’est bien de nous le rappeler de temps en temps…

« Life » Keith Richards, édition Robert Laffont

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Ce livre est en consultation et empruntable en Centre Info de Trempolino ici

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Après avoir été musicien, Philippe Audubert a dirigé une structure de management puis s’est spécialisé dans les aspects réglementaires et juridiques du spectacle vivant. Il intervient comme formateur pour diverses structures régionales et nationales. Il est directeur adjoint et responsable des formations professionnelles à Trempolino, et l’auteur de Profession entrepreneur de spectacles, aux éditions IRMA.

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